Tous mes voeux pour 2019 et 2020

Cher électeur du Rassemblement National,

Je te présente tous mes vœux pour les années 2019 et 2020. Je réitère l’exercice depuis plusieurs années désormais et ça marche très bien pour toi à chaque fois. Je te porte bonheur, tu dois le reconnaître.

Deux nouveautés cette année. Tu t’appelles maintenant « électeur du Rassemblement National ». Tu dois l’avouer, ce changement de nom ne t’inspirait rien de bon. Pourquoi changer ? C’était à coup sûr pour dévier de la sainte ligne tracée par l’illustre fondateur. Ça, tu ne peux pas l’accepter. Finalement, le bilan de la mutation sémantique n’est pas si mauvais. Le Front National avait fini par être associé à l’horrible Philippot. Ça te permet de l’oublier. Tous les partis ayant changé de nom, il fallait suivre le mouvement. Il faut en passer par là, c’est indispensable. Seuls Lutte Ouvrière et le Parti Socialiste n’ont pas changé. Et eux, tu ne les vois pas gagnants dans un proche avenir. Enfin, RN, ça fait Route Nationale.

C’est ta nouvelle philosophie : avancer en père tranquille, sans se presser, comme du temps des départs en vacances le long de la Nationale 7. D’où l’autre nouveauté, des vœux pour les deux années à venir. RN, c’est une bonne vieille Renault bien française et bien robuste qui avance doucement mais sûrement sur une bonne vielle Nationale, extrêmement droitement vers la victoire. Ça t’évoque la force tranquille de Mitterrand mais tu ne peux quand même pas le dire.

La métaphore automobile te sied aujourd’hui à merveille. Tu t’arrêtes contemplatif à un rond-point. Les braseros des palettes des gilets jaunes brûlent pour toi. C’est tout bon ça. Tu restes un peu à l’écart du feu, mais tu te frottes tellement les mains que tu n’as pas froid.

Les gilets jaunes, c’est des gens de gauche et de droite. Tu le sais pertinemment. Ça va profiter à toutes les forces de contestation. Et pour toi, c’est génial. Comme tous les contestataires auront le même bonus, qui finira en tête à la fin ? Toi et tes potes, parce que vous étiez en tête au début. Imparable. Le petit Philippot et Dupont-Aignan récupèrent aussi ? C’est formidable. Dans sa position actuelle, le petit Philippot te plaît beaucoup plus. Tu peux exprimer sans limite la haine profonde qu’il t’inspire, il n’est plus de chez vous. Ces nombreuses défaites à venir ne seront pas les tiennes mais l’imaginer en slip en train de faire la quête pour rembourser ses frais de campagne te réjouit au plus haut point. Il est outsider, il est donc toléré qu’il utilise les plus grosses ficelles qui soient pour se faire remarquer, comme déposer le nom « gilets jaunes ». Si ta Marine l’avait fait, elle serait passée pour une opportuniste. Lui, il est forcé de le faire. Lui et Dupont, c’est même ton nouvel espoir. C’est la réserve de voix que vous n’avez jamais eue et qui vous a toujours fait défaut au 2e tour. Là, ils récoltent de nouvelles voix qu’ils t’apporteront sur un plateau. Le vent va souffler dans ton sens. Ils sont obligés de vous rallier à la fin. Ils sont géniaux.

Ces gilets jaunes, c’est l’opportunité que tu n’espérais même pas en rêve. Les dégueulasseries antisémites et racistes ? Ce n’est plus vous, c’est des gilets jaunes. La castagne, c’est des gilets jaunes. Et ils vont te permettre de mettre fin au cordon sanitaire entourant l’extrême droite, qui vous a toujours fait obstacle jusque-là. Les gilets jaunes, c’est la fin du clivage gauche/droite. Plus de gauche, plus de droite, plus d’extrême-droite, plus de barrage à l’extrême-droite. C’est comme Wauquiez et Philippot, mais en mille fois plus efficace. Ta seule présence lointaine et le fort vent dans le dos qui t’accompagne en ce moment attise les braises du feu de rond-point. Ça réchauffe ton petit cœur, il est sur le point de s’embraser.

Le calendrier électoral est parfait. Les Européennes ? Du gâteau depuis la nuit des temps. Les municipales ? Tout à gagner. Vous avez une douzaine de villes actuellement, vous ne pouvez que faire mieux, largement. Vous en perdrez certaines ? Même pas sûr, mais ce sera un problème de personnes. Ménard ? Ce n’est pas vous, sauf quand il gagne. Engelmann ? Fâché avec tout le monde, c’est sa faute. Les autres ? Dans des communes toutes rikiki. Et puis, avec la baraka qui vous accompagne en ce moment, vous n’allez pas les perdre. La composition des listes ? Trop facile. Chacun pour sa pomme, pas besoin de passer des alliances. Il suffira de développer le discours du vote utile dans les dix derniers jours de campagne pour franchir les 30% des voix (et 5% des inscrits, mais ça tu t’en fous royalement). Comme vos élus européens démissionneront dans les deux ans pour être maires, conseillers régionaux ou députés, personne ne se bat vraiment pour ce poste à la con de député européen. Et en plus, vous êtes en cohérence avec votre discours. Merveilleux.

Un seul nuage au tableau : Jean-Marie. Le 20 juin dernier, tu as pensé très fort à lui. 90 bougies. Respect. Quelle endurance ! Une longévité cinq fois supérieure aux prisonniers du FLN côtoyés dans sa jeunesse. C’est un signe. Le 25 septembre, tu as appris que Jean-Marie était à l’hôpital. Tu t’inquiètes. Cramponne-toi Jean-Marie, accroche-toi aux rebords de la baignoire, comme les Algériens en leur temps. Reste en vie, pour que le baiser de réconciliation entre ta fille et ta petite file survienne au moment propice, pour créer un clivage bienvenu entre ceux qui auront salué ta mémoire alors qu’ils n’avaient pas à le faire et les autres.

2019, 2020, de bonnes années en perspective pour toi, assurément.

 

 

             

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