[Pichenettes Ciné-club] Seder-masochism, Nina Paley (2018)

Projection du lundi 13 mai, au Périscope (Lyon 2)

Le Séder est un des nombreux rituels de la Pessa’h, la Pâque juive, durant lequel on se refait les différents épisodes qui composent l’Exode, depuis le départ de Moïse et des Hébreux d’Egypte jusqu’à l’arrivée en Terre sainte. Un mythe fondateur donc, qu’a choisi comme base Nina Paley pour son second long-métrage, Seder-masochism.

Dans Sita sings the blues, Nina Paley mettait en parallèle une légende indienne avec sa situation amoureuse personnelle. De la même manière, la légende de l’Exode permet ici à Nina Paley à questionner son rapport à la tradition juive, à l’autorité paternelle, sans oublier, comme pour Sita, d’évoquer la place de la femme dans la société. Toutefois, même si le point de départ du film est une entrevue enregistrée avec son père, qu’elle grime ici sous les traits d’un Dieu dont le visage a été taillé dans un billet de banque américain, Nina Paley semble vouloir dépasser le simple cadre de l’introspection pour livrer une vision se voulant peut-être plus « universelle » : le but ici est en effet de littéralement défoncer les religions monothéistes.

Il y a un avant l’Exode, celui de la religion de la Nature, de la vénération de la Femme, incarnée dans le film par ces Vénus préhistoriques dansantes et un après, celui de la religion du Dieu patriarcal, guerrier, destructeur et asservisseur, qui met des burqas aux donzelles qui se promenaient les nibards à l’air dans le plan précédent. Une vision certes fantasmée et simplifiée – j’ai du mal à imaginer le bassin méditerranéen antique comme un conglomérat féministe –, d’une sorte d’âge d’or halluciné qu’on retrouve dans les conneries New Age des livres de bien-être et des articles pseudo-scientifiques, mais qui ont le mérite de donner des séquences absolument magnifiques. Et puis, il faut bien le dire, la structure même du film ne permet pas d’approfondir vraiment la question du « qui qu’a commencé à asservir la femme ». Dans de nombreux articles glanés sur le web, Seder-Masochism est comparé à La Vie de Brian et, selon moi, à juste titre : le propos de Seder-Masochism n’est pas de réhabiliter une quelconque religion druidique imaginaire mais bien de critiquer le sexisme des religions abrahamiques, en les tournant en ridicule.

A chaque épisode de l’Exode sa chanson, chantée par Moïse, par Pharaon, par le peuple hébreu en exil, par Mère Nature, des séquences parfois très belles, souvent très drôles. Les chansons choisies sont détournées de leur sens premier, à l’instar de « Paroles, Paroles » de Dalida, qui sert ici à insister sur le caractère écrit des religions monothéistes qui ont scellé pour des siècles la condition de la femme. Un détournement brillant, qui vous fait sourire, rire jaune… Il y a aussi la séquence finale, véritable apothéose qui concentre tout ce que ce film a de grandiose, et dont nous nous garderons bien de dévoiler le contenu ici, même si Nina Paley l’avait déjà rendue public, bien avant de sortir son film. Autrement dit, il y a des chances que vous l’ayez déjà vu, pour peu que vous suiviez le travail de cette autrice.

D’ailleurs, on ne l’a pas encore évoqué dans cet article, mais les films de Nina Paley sont entièrement libres de droits, et donc gratuits. Militante de l’art libre, Nina Paley s’en explique dans plusieurs interviews et conférences, notamment une qu’elle a réalisée pour TED, à voir ici.

Un dernier mot sur les techniques employées dans le film ? Non. J’y connais rien en méthodes d’animation. C’est juste bien fait. Point.

Frrnt

Dessinateur, permis B, nul aux échecs!

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