[Pichenettes Ciné-club] Les Mondes futurs (1936)

Projection du mercredi 24 avril 2019 au Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon), en partenariat avec AOA, dans le cadre du Festival Les Intergalactiques

Noël 1940. Bien que M. Passworthy tente, par la performative, d’empêcher la guerre d’éclater, celle-ci se manifeste par le bombardement de la ville anglaise d’Everytown, qui pourrait, comme son nom l’indique, être n’importe quel bled, mais qui nous fait quand même bien penser à Londres. Une guerre éclate donc, et une du genre globale, dans laquelle sont utilisées des armes chimiques, notamment un gaz qui provoque la maladie de l’errance, zombifiant et décimant la population. L’humanité ne se relève pas de cette épidémie et, en moins de 30 ans, la voilà qui sombre dans la société post-apocalyptique la plus primaire. Heureusement, des hommes de bonnes volontés tentent de redresser la barre, et rêvent, à bord de leurs avions du futur, d’un ordre nouveau, d’un homme nouveau, d’une civilisation nouvelle, tandis que nous, spectateurs, rêvons plutôt que le protagoniste finisse enfin son grandiloquent monologue…

Bienvenue dans Les Mondes futurs, ou Things to come en anglais, film britannique de 1936 réalisé par William Cameron Menzies, un brillant décorateur et réalisateur moyen, sur un scénario d’H G Wells, tiré de son roman La Forme des choses à venir (The Shape of things to come). Un film qui, comme son nom l’indique, nous projette dans le futur (avec une acuité parfois déroutante). Comme beaucoup de gens au début des années trente, H G Wells sent bien que ça va encore finir par péter en Europe… C’est sur ce conflit futur mais imminent qu’il pose les bases de son histoire. Le film fait durer la guerre jusqu’en 1966 date à laquelle on retrouve Evertown en ruines, où règne désormais le « Boss », une sorte de méchant à la Mad Max, qui veut à tout prix conserver sa « souveraineté nationale » (sic), quitte à faire s’éterniser une guerre déjà bien longue. Ce second acte étant le cœur du film, nous n’en dévoilerons pas plus, pour ne pas divulgâcher. Sachez toutefois que le film est également composé d’un troisième acte, qui nous propulse en 2036, où l’on verra que, même dans le turfu, les progressistes auront encore maille à partir avec des passéistes invétérés, fussent-ils habillés avec une magnifique combi cape-épaulettes-short blanc, qui utiliseront les réseaux sociaux rétro-futuristes (la radio, quoi !) pour dégueuler leur envie de sécurité face aux aspirations de conquêtes spatiales des héros.

Sur le plan esthétique, la réalisation en elle-même n’a rien de surprenant ni de mémorable mais il apparaît clairement que Things to come est avant tout le film d’un décorateur. Les effets spéciaux sont plus que convaincants, les bâtiments, les explosions, les escadrilles de bombardiers sont magnifiques. Le savoir-faire de Menzies et surtout sa capacité à avoir su garder une cohérence entre les trois époques pourtant très différentes que traverse le film sont à saluer. On pourra à la limite pinailler sur quelques creux au niveau des dialogues, parfois longs, souvent surjoués, toujours moralisateurs, mais Things to come s’en sort très bien si on le compare à la production de l’époque. Ceci dit, comme souvent avec les films tirés d’un roman, on sent que l’intrigue a été pressée pour n’en plus garder que la moelle, et pas forcément la substantifique. Things to come est ce genre de film qui donne surtout envie de lire le bouquin.

C’est toute la pensée et les aspirations d’H G Wells qui se trouvent condensées, et hélas parfois simplifiées dans ce film. Ce cher Herbert George était d’obédience socialiste, et rêvait d’un grand Etat-monde, une société des sciences, débarrassée des nationalismes. Un vœu resté pieux qu’il crut pourtant toucher du doigt lorsque fut créée la Société des Nations. Mais cette organisation n’empêcha pas la Seconde Guerre mondiale d’advenir, ainsi que Wells l’avait tristement prophétisé. Un coup dur pour l’utopiste, qui lui fera dire, à la fin de sa vie : « Tenter de décrire une fois encore La Forme des choses à venir serait vain, il n’y a plus de choses à venir. » Putain, bonjour l’ambiance !

Frrnt

Dessinateur, permis B, nul aux échecs!

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