« Quand on est le meilleur on veut le meilleur »

Vous, personnes de classe moyenne, valeureux self made men, dignes héritiers de l’entreprise familiale, ingénieux hommes d’affaires, astucieux managers, brillants carreleurs, courageux boulangers, esthètes bouchers, vous en avez marre que l’on vous tue à petit feu, que l’on vous étouffe, que l’on vous spolie.

Et comme je vous comprends mes amis. Ce vil État pour lequel la plèbe a voté ponctionne sans vergogne vos deniers. À quel titre ? Celui de la répartition. Mais qu’en est-il de votre mérite personnel me direz-vous ? Je répondrai sans détour : gaspillé dans le cloaque de la vilenie.

L’Homme a toujours dû lutter pour sa pitance. C’est encore vrai aujourd’hui. C’est peut-être pour cela qu’Il est si peu différent du porc. Amis lésés ! Glorifions nous de ces oripeaux !

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Au boulot les minions!

Goinfrons-nous, quitte à en crever, dans l’auge de la Consommation et n’en laissons point la moindre miette aux porcelets, aux truies, aux malades, aux tarés. Ce nectar, dont notre groin se délecte, nous l’avons bien mérité. C’est vrai, n’est-ce pas à notre physique, à notre vivacité d’esprit, à notre génotype indéniablement supérieur, que nous devons notre part méritée autour de l’auge ? Or, certains mauvais prêcheurs voudraient que nous sacrifions notre bâfrerie durement gagné pour partager avec ceux qui n’y ont accès ? Honte à eux !

Leurs arguments sont hélas connus. Quantité n’est pas synonyme de qualité nous disent-ils. Oublient-ils, ces naïfs, que c’est peine perdue de donner de la confiture aux cochons ? Par ailleurs, savent-ils vraiment ce qu’est la quantité ces misérables ? Bien sûr que non ! Sinon, eux-mêmes ne pourraient soutenir ce discours, bien évidemment ! Ils nous disent également que la vie et le bonheur ne sauraient se résumer au simple amour-propre et à l’avidité. Pensent-ils réellement que nous avons le temps de lever les yeux de notre pitance, nous porcs pressés ? Leur sentimentalisme crasse et leur misérabilisme forcené ne sauraient nous détourner de notre Loi et de ce que nous savons être bon pour nous et qui, par conséquent, l’est pour l’humanité. Le paroxysme de cet esprit délétère se concentre dans la déclaration suivante « tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs ». Mensonge que cela ! Si nous étions envers et contre tous égaux, quelle serait la valeur du mérite ?

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Pierrot en a ras le cul de vos jérémiades.

Conscient de cette injustice, je me présente aujourd’hui à vous, pour représenter vos idées et surtout garantir vos profits. Certains diront que mon programme est simpliste, mais n’oublions pas que la complexité est la tenue d’apparat des faibles.

Tout d’abord, je propose l’abolition pure et simple de l’impôt et de tout prélèvement obligatoire au 10 % d’entre nous les plus méritants. Par compensation, les autres verront ces mêmes impôts et prélèvements obligatoires augmenter de 3 %. En effet, les plus méritants d’entre nous ne sauraient être assujettis à pareilles bassesses. N’est-ce pas eux finalement qui sont les plus punis de leur mérite dans cette société ? Pour cela, je vous propose de choisir les vertus de votre choix pour définir le Mérite pour ainsi élire nos champions. Les critères peuvent être divers : ascension sociale, fortune personnelle, renommée, nombre de relations sexuelles par an, nombre de résidence secondaires etc bref tout facteur capable de prouver votre mérite sera bon à prendre.

Ensuite, s’il est vrai que nous représentons l’élite, admettons que l’existence des miséreux nous révulse et nous empêche d’accéder à un brillant avenir. Je propose donc de nous débarrasser des 10 % les plus parasitaires de notre population. Pour cela de la même façon que nous avons définis les critères de mérite nous choisirons des critères de démérite : nombre de divorce, mois passés en touchant le RSA, sommes mensuelles versées par la CAF, obésité, etc. Bref, et encore une fois, tout ce qui nous permettra au mieux de discriminer ce que nous nous devons d’appeler la fange sociale. Chacun d’entre nous devra, en revanche, éliminer personnellement au moins un de ces pestiférés par ces propres mains ou au moyen d’un couteau. Notre grandeur sait faire preuve de pitié envers les faibles que notre Raison et notre sens aigu de la Justice ont condamnés. Cela montrera également la profondeur de notre engagement pour un avenir meilleur.

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Enfin, n’oublions pas notre principal mérite, celui d’avoir su naître au bon endroit, d’avoir su tenter la chance, d’avoir su nous élever. Mes très chers amis, ne trouvez-vous pas injustes que d’autres moins méritants que nous aient le droit d’avoir des enfants bien portants ou pire en meilleure santé que les nôtres, issus de nos fluides corporels de qualité supérieure ? Cette idée m’est insupportable. Aussi ma dernière proposition s’articule-t-elle autour de deux axes. Premièrement, nous assurer de la supériorité de nos chérubins. Pour cela, je propose de mutiler les enfants mal nés. Cette mesure n’est pas si épineuse qu’il ne le paraît : une simple aiguille à tricoter judicieusement insérée dans un fœtus au huitième mois de grossesse suffirait à assurer à nos descendants une supériorité due à un incontestable mérite dont ils sont au final les dignes héritiers. Deuxièmement, n’ayons pas la faiblesse de fermer les yeux sur les tares de notre propre progéniture. Dame Nature est capricieuse et certains d’entre nous se sont vus affublés d’enfants idiots, handicapés ou pire : trisomiques. Un programme de sélection des gênes jugés favorables me semblent donc plus que nécessaire et pour cela je propose donc de commencer des expérimentations sur des êtres humains. N’ayons pas peur que nos enfants soient beaux, intelligents et en pleine santé !

Donnons une chance aux plus méritants de vivre pleinement et de créer un avenir meilleur.

Amis spoliés, je vous aime.

P.S : mais, me direz vous, si nous supprimons 10 % de la population la plus parasitaire, qu’est-ce qui nous garantit que les mêmes problèmes ne vont pas resurgir ? Vous avez tout à fait raison. C’est pourquoi, je vous propose de reproduire ce programme tous les cinq ans. Si un jour, nos enfants venaient à choisir de nous éliminer alors, mes amis, nous pourrons nous targuer d’avoir construit un monde meilleur.


Photo de Pierrot Gattaz: Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons – cc-by-sa-3.0, CC BY-SA 3.0
Les autres atroces photos de cet article ont été piochées dans une banque d’image. Chouette, non ? La prochaine fois, tu te la fais tout seul, ta mise en page !

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