Mon jour de gloire… par Jean-Louis Masson

Je suis Jean-Louis Masson. Je vais vous raconter mon jour de gloire, le mardi 13 octobre 2015. Tout d’abord, je me présente.

Je suis une tête, je dois l’avouer. Polytechnicien, ingénieur des mines, je suis tellement intelligent que je n’ai plus eu besoin d’ouvrir un livre depuis la fin de mes études. Je suis un grand homme politique aussi. J’ai mené ma carrière tambour battant, ce qui fait que je n’ai jamais eu le temps d’ouvrir un livre depuis.

J’ai commencé par un coup de maître. J’ai battu à plates coutures Alice Saunier-Seïté pour devenir député de la Moselle. Alice Saunier-Seïté, la ministre des universités en fonction qui était soutenue par le président Giscard d’Estaing en personne. Ça pose un homme comme on dit et explique pourquoi je suis toujours aussi important1. Aujourd’hui, je suis sénateur de la Moselle.

J’appartiens à la réunion administrative des Sénateurs ne figurant sur la liste d’aucun groupe avec Philippe Adnot (un rigolo), Robert Navarro (exclu du PS puisqu’allié de Georges Frêche, non réintégré par le PS puisque mis en examen pour abus de confiance), Alex Türk (sans intérêt), David Rachline et Stéphane Ravier (puisque le FN n’a pas encore de groupe au sénat). Avec mes compères, nous galérons pour avoir la parole. J’ai mis au point un astucieux tableau Excel pour vérifier les tours de parole. Grâce à ma trouvaille, j’obtiens le droit de monter à la tribune du sénat pour enfin m’exprimer. C’est le grand jour, mardi 13 octobre 2015.

 

Je m’avance. C’est l’heure. Après tant d’attente, ils vont m’entendre, tous. Ils vont se rappeler quel orateur je suis. A côté de moi, Cicéron, c’est Michel Houellebecq. J’ai tout prévu, petite fiche, cravate neuve et moderne pour immortaliser l’instant. J’ai même mis un costume trop large pour rappeler que je suis un grand homme. En avant Jean-Louis, la France est à tes pieds. Qu’est-ce que je vais balancer. Cash.

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Je combats la pensée unique. Je vais le marteler, comme je l’ai fait aux répétitions dimanche avec mes enfants. Et c’est parti sur le seul sujet qui intéresse la France aujourd’hui, l’immigration.

Je suis un homme libre. J’ai des idées moi, et qui méritent d’être dites à toute la France. J’attaque d’emblée, sans ambages, avec mon idée forte : « je le dis très clairement, je suis hostile à l’immigration ». La vache. Tu l’as sentie passer celle-là. Une franchise sans faille au service d’une pensée puissante. Le respect s’impose tout de suite. Ils sont estomaqués les sénateurs. Je ne perds pas mon fil : « on n’arrive même plus à s’exprimer, c’est honteux ». Non mais. Je parle là. Et c’est important ce que je dis. La veuve d’agriculteur qui touche moins que l’immigré, si c’est pas scandaleux ça. « Il ne faut pas s’étonner du résultat des élections ». Votez Jean-Louis.

Ça y est, je suis lancé, rien ne peut m’arrêter. Je suis Jean-Louis Masson et vous allez voir de quel bois je me chauffe. Il faut le dire quoi. Eh président Larcher, fais les taire, c’est quand même moi qui parle là, et c’est pas des conneries ce que je dis. J’enchaîne, inarrêtable, porté par le vent de l’histoire. Allez y gueulez, ça me transcende, et quand Jean-Louis est en transe, ça déménage.

« Actuellement, avec les gens qui viennent d’autres endroits, ce ne sont ni les premiers de la classe ». Comment osent-ils me couper la parole ? Cicéron assassiné. Si ce n’est pas lamentable ça. Et les deux du Front National au fond qui jubilent et sont épatés par tant d’audace, c’est pas eux qui l’auraient dite celle-là. C’est Jean-Louis le patron. Mais oui mais oui. Je monte en pression. Attention Jean-Louis est chaud bouillant. Tous aux abris. Plus rien ne me résiste. Et les deux gonzesses qui gueulent là, vous faites plus de bruit avec Jean-Louis qu’avec vos maris, mal baisées.

Aucune limite le Jean-Louis. Immigration=Mohamed Merah et Coulibaly. Echec et mat. Le jour de gloire est arrivé !

A se repasser en boucle : http://videos.senat.fr/video/videos/2015/video30232.html

1 il faut oublier l’accusation d’avoir fait rédiger un tract diffamatoire anonyme contre moi-même de 1983 afin de discréditer mon adversaire et l’annulation de mon élection de 1997 pour avoir financé la campagne d’un concurrent, afin d’affaiblir ma rivale centriste.

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