Les Anglais se sont débarqués

Je n’ai pas l’habitude que tout le monde soit d’accord avec moi. C’est très nouveau, et comme on dit dans les élites quand on essaye de placer quelqu’un sans trop en faire, c’est rafraîchissant.

On pourrait croire que je me réjouis de la sortie des Anglais de l’Europe. Détrompez-vous. Je suis extrêmement partagée. J’aurais tant voulu qu’un nouvel Empire vienne balayer cette île malfaisante, et voilà qu’ils se débrouillent pour venir gâcher ce plaisir en se sabordant eux-mêmes. Pour vous donner un ordre de comparaison qui conviendra à vos vies minables, c’est comme quand quelqu’un d’autre que vous défait le papier autour de votre cadeau. C’est toute une part de l’intérêt qui s’envole.

Néanmoins, il est rafraîchissant de constater que tout le monde s’accorde désormais à dire que les Anglais sont des cons.

Il est dommage que cette constatation soit faite à contre-sens. Le vote par référendum est la pire invention de la démocratie représentative. Le fait que les Anglais, parlementaristes patentés, n’aient toujours pas compris que le principal intérêt de la représentativité est d’empêcher le pauvre lambda de prendre une décision est une nouvelle preuve de leur bêtise politique. Vous croyez franchement qu’il aurait été pertinent pour mon caporal préféré d’organiser un référendum pour demander au petit peuple son avis sur le placement de l’artillerie à Iéna ? Voilà tout le problème des élites au pouvoir : ils n’assument pas qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes. J’entends déjà la presse réformiste crier au génie politique de David Cameron se défilant en laissant le soin à son successeur d’appliquer l’article 50. Personne pour rappeler que cette lâcheté est la conséquence de son choix désastreux d’utiliser le référendum comme chantage à l’Europe pour assurer son élection. Jamais l’expression « filer à l’anglaise » n’aura été plus juste. Qu’il s’étouffe avec du pudding.

La conséquence est regrettable pour les démocraties représentatives européennes. Maintenant que le braillard moyen est persuadé qu’il suffit qu’il râle suffisamment fort pour qu’on l’écoute, il va exiger d’être consulté en permanence. Il est temps que les élites fassent cesser ces jacqueries et déposent leurs attributs sur les tables. Las ! j’ai beau être toujours présente aux galas organisés par le 1er régiment d’Artillerie, je n’arrive pas à y voir d’officier valable pour raviver la flamme impériale. Je n’ai cessé de tâter chaque recrue, ces jeunes gens sont aussi flasques que leurs aînés.

Heureusement que les Anglais n’en ratent pas une pour nous rappeler que ce sont des cons. Vive l’Empereur !

Emeline de la Tour, Marquise, rédactrice en chef-chef.

Émeline De La Tour

Rédactrice en chef-chef.

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