Tous mes vœux pour 2016

Cher électeur du Front National, par la présente, je t’adresse tous mes vœux pour l’année 2016. A toi et à tes 6 millions de semblables d’ailleurs.

2015 fut une année trépidante pour toi. 2016 risque d’être plus monotone. Pas la moindre élection en vue, pas la moindre primaire à suspense à se mettre sous la dent. Enfin, il faut relativiser. Certes les élections départementales et régionales t’ont plu, mais il n’y avait pas non plus un suspense de folie. Tu as réussi à faire plein de petits élus FN, aux conseils départementaux et encore plus aux conseils régionaux. Tu étais tout content. Mais tu n’as pas décroché la grosse timbale, un département ou mieux une très grosse région du nord ou du sud-est. Peu importe, ce n’est pas plus mal pour toi : pas besoin de refaire le discours. Le pouvoir est toujours mauvais, corrompu, faible et avec nous la prochaine fois, ça va changer. A ces élections de 2015, tu gagnais à tous les coups, soit le gros lot, soit le rôle de la force montante mais malchanceuse et persécutée qui attend pour mieux triompher plus tard. C’était trop facile.

2016 ? ça ne te dit trop rien. Une année à fantasmer sur avril 2017, en rêvant de ta Marine toute nue, uniquement revêtue de l’écharpe tricolore et du grand collier de la Présidence, son balai à la main droite pour chasser tous les nuisibles. Par contre, pas la moindre expédition vers le bureau de vote pour t’exprimer en perspective. Pas de soirée électorale à l’horizon pour scruter ton écran de télévision se remplir de bleu foncé. 2016 morne plaine, vivement 2017. Et vivement 2017 tu risques de t’en lasser. Ta Marine, c’est en 2012 qu’elle a lancé le slogan. Au bout de quatre ans, ça fait long. D’autant que toi, c’est l’action que tu aimes. Tu le dis tout le temps, il faut que ça change, plus vite que ça, plus fort. Dehors tous ces mous du genou et ces faibles. Tu n’es pas de cette race-là, toi. Tu es un sanguin, tu ne te laisses pas faire. Et là, pas d’action en perspective. A Pâques, tu ponctueras le repas de famille chez belle-maman de l’irrésistible « c’est Marine qu’il faut ». Mais ça fait trois ans que tu le fais. Et puis tonton et tata t’ont rejoint sur la rive extrême de la droite. C’est beaucoup moins excitant qu’au début. Plus le moindre « Oh ! C’est pas possible, pas lui ». Tu persistes et signes, tu n’es plus innovant. Ils sont tellement nombreux maintenant à t’avoir rejoint à l’avant-garde de la politique extrême que tu n’as plus rien d’original. Et comme tu as foi en ta Marine, ce n’est pas maintenant que tu vas oser le « ce François Hollande, il a quand même un bon bilan. Moi, j’y crois ». Ça c’est transgressif, au plus haut point même, mais tu ne t’en es pas pris plein la gueule avec tes idées frontistes pendant autant de temps pour changer de bord au moment de récolter les fruits de ton engagement lepéniste.

Il faut dire qu’au Front National, la vie politique n’est pas trépidante : aucune réunion de section, pas d’université d’été interminable ni le moindre noyautage de l’ordre des avocats ou du Rotary Club. Le vote et basta. Tu y vas bien de ta petite sortie « tous pourris », « c’est la faute aux arabes » de temps en temps au marché ou au café, mais ça ne nourrit pas son homme d’action tout de même.

Tout se perd, y compris Jean-Marie. Lui, c’est l’agitateur en chef. Il est vieux, embarrassant mais rigolo aussi. Finalement tu l’aimes bien et puis quel père et quel grand-père. Mais fin 2015, ce n’est déjà plus trop ça1. Alors, 2016, tu ne crois plus trop en lui et en ses sorties racistes. D’une, il a déjà tout dit, il ne peut que se répéter. De deux, plus grand monde ne l’écoute. 87 balais le pater familias, il ne faut plus attendre monts et merveille à cet âge canonique. Il est capable de remettre en route la gégène sur les racailles du « neuf-trois ». Mais, tu te dis quand même qu’à son âge, il va avoir du mal à les courser. Pas de sprint, pas d’électricité mon lieutenant.

Alors tu vas regarder la télé. Les autres tu en as plus que marre. Tu ne les écoutes plus, même quand ils s’adressent à toi. Quand certains te disent que tu es en colère mais que tu dois retrouver ton calme et revenir à ta famille naturelle, les Républicains, tu sens l’arnaque. A toi, on ne la fait pas. Une tentative aussi grossière de réduire ton champ de pensée, ça te révulse. Tu éructes et tu es sûr à 300 % que tu voteras Marine en 2017. Quand d’autres t’expliquent que le vote FN est inadmissible parce que ce sont des racistes, là aussi, tu repères la supercherie. Tu ne peux pas être raciste puisque tu as raison, et que toi tu sais que as raison. Raaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaison putain de bordel de merde y en a marre des bougnoules.

Du coup, à la télé, tu écoutes surtout le petit Philippot. Et là aussi tu en as marre. Comme c’est le seul frontiste autorisé à parler, il est en boucle sur toutes les radios et les télés. C’est son sacerdoce les interviews. Cinq par jour minimum. Même toi tu satures. Trop c’est trop et puis le petit Philippot, il est bon à baiser (tu as lu Closer aussi) et à répondre aux journalistes mais pas à mener la révolution nationale. Du sang, du nerf, de l’insulte, diantre. Là aussi tu t’ennuies.

C’est la fin de cette missive. 2016 à peine commencée et c’est déjà l’ennui. Je ne peux pas te souhaiter une bonne année puisqu’il n’y a rien qui va te réjouir en 2016. C’est ballot. Passer tout de suite à 2017, quelque chose me dit que quoi qu’il arrive, tu seras déçu. Chaque chose en son temps mon frontiste. Et le temps ne va pas passer très vite pour toi ces prochains mois. Au moins, tu pourras réfléchir de façon approfondie.

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