Le promeneur de la place de la République

Samedi soir, Alain Finkielkraut est parti en balade dans Paris. Il a déambulé dans les rues de la capitale. Et il s’est retrouvé place de la République. Nuit debout occupait l’endroit. Alain s’est montré curieux. Il a écouté, essayé de s’intéresser. Et puis ce fut :

« Fasciste !

– Facho ! »

Les vidéos ont tourné en boucle sur Internet. Pas besoin de s’étendre sur ce pataquès.

Alain Finkielkraut est philosophe. Parmi les écoles de philosophie, on trouve la philosophie péripatéticienne. C’est la philosophie d’Aristote, qui donnait ses leçons en marchant. Alain Finkielkraut a voulu nous faire réfléchir avec sa petite balade du samedi soir. Que peut-on retenir de cette leçon ?

Qu’Alain Finkielkraut était désœuvré et qu’il lui fallait de l’action. Sans aucun doute. Il vient d’entrer à l’Académie française. Il est perspicace, il va s’y ennuyer à mourir. Désormais il peut être qualifié d’immortel, c’est dire si l’ennui s’éternisera pour lui.finkielkraut_310

Que notre philosophe n’est pas le bienvenu à Nuit debout. Nuit debout regroupe des gens d’opinions différentes. Finkielkraut a quand même passé une heure tranquille sur la place de la République. Puis le ton est monté. Certains participants de Nuit debout ne connaissent donc pas Finkie. Bien leur en fasse. D’autres sont persuadés qu’il faut se montrer tolérants et accepter la participation de tous ou du plus grand nombre. D’autres enfin ont exprimé leur souhait que Finkie « se casse ». Pour la tolérance, on repassera. Les beaux principes de débat ouvert, apaisé et constructif sont bafoués. Alain Finkielkraut venait en curieux et non pas pour convaincre tous les participants de Nuit debout de rejoindre son avis. Il n’a pas été empêché de discourir puisqu’il ne venait pas pour parler mais pour observer.

Enfin, notre philosophe n’est pas comme Kant un promeneur acharné et quotidien. Il y a belle lurette qu’il ne fréquente plus les manifestations passant par la place de la République. S’il s’est rendu à Nuit debout, c’est qu’il avait bien une petite idée derrière la tête. Finkielkraut n’est pas le Front National ou l’extrême droite assurément. Mais Finkielkraut est un homme de droite. D’ailleurs, il a réservé son intervention post-  « gnagnagnagna pauvre conne ! » au quotidien de référence de la droite le Figaro. Et il gonfle l’affaire dès le titre : « Ma réponse à ceux qui m’ont expulsé de Nuit debout ». De deux choses l’une. Ou bien Finkie agissait en homme de droite voulant montrer les limites des beaux principes de démocratie transparente affichés par la gauche. En ce sens, c’est réussi. Mais que la droite agisse pour critiquer la gauche, il n’y a pas à s’en étonner. Rien de plus classique. Passons à autre chose, et vite.
Ou bien Finkie agit selon sa lecture du monde qui relève plus du choc de civilisation que de la lutte des classes. Dès lors, Finkie venait pour brouiller les lignes et dissocier Nuit debout de la gauche. Il s’agissait d’annexer Nuit debout à la grande contestation anti-système, qui, comme le dit l’extrême droite, doit dépasser le clivage droite-gauche. Finkie a pu montrer que la société était violente, du moins verbalement, à travers les invectives. Vu sa réaction, ça ne l’a pas trop contrarié et il s’est complu dans la castagne oratoire.

EXTRAIT-Alain-Finkielkraut-Dieudonne-n-a-que-les-juifs-en-teteEt si notre aventurier du samedi soir n’était pas si audacieux que ça ? Trois issues se présentaient à sa balade :

  • Personne ne le reconnaissait, ce qui faillit arriver. La blessure d’égo eut été immense. Heureusement pour notre promeneur, après une longue attente, le « casse-toi » tant espéré a retenti.
  •  Il lui était plus ou moins gentiment demandé de déguerpir. C’est ce qui a été construit dans les médias. Nuit debout devient alors l’intolérance et la tartufferie. La gauche est ainsi critiquée et atteinte. Avec le spectacle et la vulgarité en plus, histoire de plaire aux médias qui n’attendaient que ça. En montant l’affaire en épingle de cette façon, Finkie était sûr de l’emporter. Même si la victoire reste minuscule.
  • Il passait sa soirée peinard, à l’abri du froid dans son manteau trois-quart. Il faisait un ou deux selfies pour immortaliser l’instant et publiait sa petite chronique la semaine suivante « Ma soirée à Nuit debout » pour montrer le rassemblement de la gauche et de la droite de contestation. Le clivage droite-gauche serait dépassé, place à l’essentiel, la défense de la civilisation face à toutes ces menaces qui nous entourent. Et ça, le peuple rassemblé place de la République l’aurait bien compris. Dans ce cas-là aussi, la victoire ne pouvait échapper à Finkie.

Que retenir de la promenade nocturne de notre grand homme ? Rien de neuf. Et pourtant, le piège ne fait que commencer à se refermer sur la gauche. Comment monter un mouvement de contestation ouvert et inclusif tout en évitant de se faire dépasser par la droite de contestation qui veut transformer une lutte sociale en une lutte civilisationnelle qui ne peut que déboucher sur le conservatisme social dont Finkie est l’un des plus beaux emblèmes ?

finkie

 

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