Le logement pour tous

Ca y est, il fait froid.

Généralement, quand l’hiver arrive, on a le droit à un enchaînement de marronniers journalistiques avec, dans l’ordre, les stations de ski qui n’ont pas assez puis trop de neige, les automobilistes coincés sur la route, les consignes pour éviter de consommer trop et enfin, quand le thermomètre affiche un chiffre négatif, les sans-abris qui meurent de froid. On vous parle alors de mise à l’abri, de couvertures distribuées… Quelques fois, on donne la parole à quelques travailleurs sociaux, mais on ne sort jamais de l’image d’Epinal issue de la mythologie de l’hiver 54.

 

Le Plan Froid

Chaque année, le 1er novembre, se met en place le plan froid qui consiste en un accroissement du nombre de places en centres d’hébergement d’urgence et en une augmentation de l’activité des Samu Sociaux et autres structures de soutien aux personnes à la rue.
Bien entendu, le corolaire de cet accroissement temporaire, c’est que le 31 mars, ces dispositifs exceptionnels prennent fin et que les associations participantes et les pouvoirs publics sont donc contraints de (re)mettre les personnes à la rue malgré l’illégalité de cette pratique depuis 2009 :

Toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation.

Article L345-2-3 du Code de l’Action sociale et des familles, créé par la loi du 25 mars 2009 – art. 73

 

Quand il fait très froid, genre cette semaine, l’Etat peut mettre en place le Plan Grand Froid, qui permet l’ouverture de gymnases et autres réjouissances dans ce genre.

Ces mesures, et leurs traitements dans les médias, posent plusieurs questions. La première, c’est évidemment celle de la mise à l’abri des personnes. Si ouvrir un gymnase permet certainement d’éviter la mort d’une centaine de personnes dans l’immédiat, cela ne résout rien, même dans mieux qu’un local où doivent cohabiter plusieurs dizaines de personnes potentiellement violentes, alcoolisées, malades.

 

Héberger, plutôt que mettre à l’abri

Est-ce la rue qui déclenche la souffrance psychique ou l’inverse ? Probablement les deux, mon capitaine, mais ce n’est pas l’important, même si les différentes études sur ce sujet sont alarmantes. L’important, c’est que cela veut dire qu’héberger quelqu’un, c’est l’accompagner. C’est permettre à des travailleurs sociaux de le soutenir dans son cheminement vers l’autonomie et l’insertion sociale et professionnelle. C’est aussi permettre à ceux qui n’ont plus les moyens et les capacités de l’autonomie de vivre dignement dans des structures adaptées. Il ne suffit pas de fracturer une porte pour héberger quelqu’un, il faut aussi lui permettre d’habiter l’endroit.

Héberger coûte cher. Mais ne pas héberger coûte encore plus. Moralement, dans un premier temps. Comment une société qui laisse les gens mourir dans la rue, et il est important de rappeler ici que plus de personnes meurent dans la rue en été qu’en hiver, est une société qui devrait se cacher de honte. Mais le coût est aussi financier, social, économique. Une place dans un foyer d’urgence ou dans un hôtel réquisitionné coûte 4 à 5 fois plus cher qu’un logement durable. Je ne parle même pas des coûts de soin, de police…

Mais le mal-logement, ce n’est pas que les personnes à la rue. C’est aussi les millions de gens qui vivent dans des conditions dégradées, parfois honteuses, pour des loyers exorbitants, représentant parfois plus de la moitié de leurs revenus. Et il y a évidemment la double peine économique, puisque ces logements sont aussi, par voie de conséquence, les plus gourmands en énergie, ceux où vivre est le plus ingrat, le moins confortable.

 

Mettre le logement au centre du débat

A la fin de l’année 2006, les Enfants de Don Quichotte ont réussi à mettre le thème du logement au centre de la campagne électorale, par le moyen de l’occupation des berges du canal St Martin avec leurs célèbres tentes. Une loi, qui a certes changé des choses, est héritée de leur mouvement, mais il y a quand même toujours plus de sans-abris et de mal-logés.

La crise économique, les réfugiés, la fermeture des squats et le démantèlement des bidonvilles mettent chaque jour plus de personnes à la rue et surchargent les structures d’accueil. Et le cercle vicieux peut commencer car la saturation des logements d’urgence entraîne la saturation des dispositifs d’insertion et des logements sociaux.

Il est incompréhensible pour moi que ce sujet ne soit pas au centre des combats de la gauche pour la future élection. Le logement décent pour tous est un combat essentiel, au centre des préoccupations quotidiennes. Plutôt qu’un hypothétique revenu universel, serpent de mer dont la mise en place pose toujours autant de questions, il est temps de prendre conscience que le logement peut être un moyen de régler, non seulement cette crise humaine, mais aussi de rendre du pouvoir d’achat aux classes populaires et moyennes en faisant baisser les loyers. Plus encore, un vrai travail de réhabilitation des logements, de mise aux normes du développement durable et de la transition énergétique serait aussi un moyen de lancer un chantier susceptible de créer des milliers d’emplois.

Construire des logements sociaux, lutter contre la politique des grands propriétaires fonciers qui préfèrent laisser des logements en jachère pour maintenir des prix élevés, développer des logements alternatifs aux centres d’hébergement d’urgence pour créer un vrai appel d’air. Il nous reste quelques mois pour rappeler qu’une politique sociale, c’est agir sur le logement, la santé et l’éducation en arrêtant l’esbroufe sur des sujets où l’impact politique est inexistant.

 

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