Le grand replacement…

Les élections présidentielles, c’est tous les cinq ans, et tous les cinq ans, beaucoup de débats, de promesses, d’intentions sont émises pour mieux vous séduire…

Il y a même des candidats qui vous appellent sur votre téléphone personnel avec un message enregistré… « Bonjour, c’est E.M, je voudrais vous parler, pour continuer à écouter mon message appuyez sur la touche 1 de votre téléphone ».

Les configurations politiques sont souvent à même de changer votre vision du monde. Autant un ouvrier déclaré et affiché, qu’un berger, ou une travailleuse émettent une idée sur ce que sont leurs compétences dans leurs métiers respectifs, autant d’anciens énarques, habitués des cabinets ministériels, ou un maire ne vous donneront pas d’idée précise de leurs spécialités. Passer d’un ministère à un autre, d’un cabinet à un autre, que ce soit la pêche, les anciens combattants ou la recherche ne vous donne comme crédit que celui d’être bien placé pour avoir ce poste.

Être bien « Placé » pour éviter de se déplacer

À chaque élection, vous êtes embourbés dans l’utilité d’un vote « moral », « pragmatique », « réaliste ». Pourquoi dans ce cas se plaindre que le pays s’abstienne massivement si des votes contraires seraient inutiles ? À quoi cela sert de voter l’inutilité ? Pourquoi voter quand les arguments de certains ne sont que des anathèmes tels : « autoritaires », « idéalistes » ? Le berger n’appelle pas ses brebis, elles viennent à lui parce qu’il est bien accompagné et qu’elles ont confiance. Il est vrai que l’accompagnement peut faire une belle assiette, en est-elle pour autant digeste ? En est-elle pour autant nutritive ? Vous permet-elle d’atteindre la satiété qui vous permettra d’avancer ?

L’opportunisme ne légitime pas un programme, il permet d’acquérir les faveurs d’une autorité morale.

Si une grande figure vous inspire, c’est que vous lui faite confiance, que vous lui souhaitez de belles choses. Vous avez alors tout le loisir pour lui offrir vos services ou des costumes taillés sur pièces sans aucune arrière-pensée. Aucune intention malhonnête par ailleurs, vous rendez service ! Vous n’imaginez pas à quel point votre désintéressement semble incliner toute l’attention qu’il vous porte ! Peu vous importe vos engagements passés, ceux de votre organisation, ou de vos semblables, vous suivez votre protecteur et espérez une carrière toute tracée. Votre investissement vous donnera un poste à votre guise, à la hauteur de votre placement.

Le grand replacement

Le mouvement est en place. Il marche vers une victoire évidente, souriante. Tous les grands soutiens moraux sont présents, du vote utile au pragmatisme, du réalisme à l’humanisme. La direction semble être inéluctable, prise depuis un moment, évidente. Tous les candidats se mettent en place. Ils s’installent des rangées de tablées avec champagne pour fêter dignement leur affichage. Ils daignent même parfois descendre dans la rue accompagner les floqués de leur candidat déifié. Tout recommencer avec les mêmes orientations, tout continuer avec la sensation que du jeune, du neuf adviendra des anciennes gloires éthérées. L’attentiste habile se permet de placer ses pions sur cette voie dorée, d’y mener quelques idées afin de rendre les  échelons visibles. Qu’importe la lisibilité, qu’importent les idéaux poussiéreux ! Il est nécessaire de rendre compte que de la jeunesse on s’en arroge l’énergie de faire, l’énergie d’agir. Il vaut mieux bien accompagner la jeune pousse que la laisser libre de ses errements. Il vaut mieux être massivement attentif à son égarement qu’être un spectateur impuissant.

Le questionnaire semble être une force, il n’est qu’une intubation en règle.

L’opinion décide ! Vous irez voter ceci ou cela, vous pensez ceci, ou cela… D’une frange limitée, une généralité s’impose. Une vision se détache de votre écran, celle de la question posée, celle du pourcentage déployé. Le chiffre, toujours le chiffre, celui qui donne une légitimité, celui qui défait une autorité. Quand une surprise arrive, très souvent, une mauvaise, c’est celle qui plonge le progressisme dans un abîme. Enfin, progressisme, celui-là, pas l’autre, enfin, pas celui qui est réaliste, enfin si mais pas celui pragmatique, enfin si mais pas celui qui est humaniste… m’enfin !

Les mots importent

Ils s’emportent. C’est à celui qui aura la plus belle collection de belles expressions, qui s’en arrogera l’utilisation de sorte qu’il soit le seul à les posséder légitimement. Le pragmatisme est-il du côté du progrès social ou de la sobriété économique ? L’humanisme est-il dans l’accueil et la fraternité ou les privilèges alloués à quelques personnes ? Le progressisme est-il dans la liberté individuelle de -tout- faire ou dans le progrès collectif humain ?

Une intention, un programme ne sont ni progressistes, ni humanistes, ni pragmatiques par défaut, puisque n’importe quelle promesse aura pour but d’améliorer les conditions de vie. Les programmes peuvent être plus libéraux, plus étatistes, plus fraternels, plus égalitaires ou plus équitables, ce ne seront que des directions qui voudront aller dans un but plus heureux. Même les partis prônant des idées contre tout ou partie des intérêts d’une population parlent d’amélioration des conditions de vie, de travail.

Casser les outils collectifs, est-ce cela l’horizon indépassable, pragmatique, réaliste, progressiste ? Rendre les personnes indépendantes les unes des autres est-ce cela penser une société fraternelle et soucieuse des autres ? La marche n’a de sens que lorsqu’elle donne une direction concertée et collectivement bénéfique à tous. Si elle ne bénéficie qu’à des replacés, elle ne fera que recommencer la même voie destructrice pour ceux qui ne souhaitent pas prendre le même cheminement.

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