Le diable touche le RSA

Récemment, à la télévision, un reportage montrait une réunion de militants UMP célébrant le quatrième anniversaire de l’élection de Nicolas Sarkozy, placée sous le signe de la célébration des multiples réformes entreprises durant cette période. Le journaliste s’amusait donc à demander aux participants de citer trois de ces réformes. Le résultat fut éloquent. A l’exception de l’évidente réforme des retraites, aucune des personnes interrogées n’était en mesure de citer une des actions phares de ce gouvernement. [1]

 

Beaucoup de bruit pour rien

On peut en effet se demander combien des mesures de ce gouvernement entreront dans l’Histoire et dans quelle mesure ce sentiment de mouvement perpétuel de l’hyper-président à vider de son sens l’action gouvernementale. Une grande partie des lois votées par le parlement furent des énièmes lois techniques, sans visibilité aucune pour le commun des mortels. Les réformes de la justice, de l’éducation nationale, des armées, de la santé ne comportent aucune mesure capable de marquer l’histoire, elles ne sont que des mesurettes destinées  à des économies de bout de ficelle. N’oublions les multiples lois émotionnelles sans lendemain et sans la moindre possibilité de mise en place décidées après chaque fait divers. Ni les réformes clientélistes sans aucun impact positif pour l’économie (bouclier fiscal, TVA dans la restauration).

Cependant, ce gouvernement peut, selon moi, s’enorgueillir de trois réformes. La réforme des retraites, qui, à défaut d’être juste, sociale et égalitaire, eût le mérite d’être une réforme courageuse. Cette décision représente un sacré tournant dans l’Histoire puisque pour la première fois, un acquis social vole en éclats. La réforme des collectivités locales mérite aussi d’être retenue. S’il est dommage que d’un point de départ intéressant, il ne reste que quelques miettes, elle aura au moins eu le mérite de lancer le mouvement. La disparation de l’échelon départemental est engagée, c’est déjà ça. Malheureusement, la suppression de la taxe professionnelle et le manque d’ambition limitent considérablement la portée de la réforme.

 

Get away from her, you Bitch!

Il reste une grande réforme. La seule réforme qui aujourd’hui n’est pas attaquée par la gauche. La seule réforme dont l’impact dans la population fut à la fois réel et positif. Le Revenu de Solidarité Active, plus connu sous le nom de RSA constitue à lui seul l’ensemble du crédit social du gouvernement. C’est pourtant cette réforme-là que Laurent Wauquiez, fondateur du club la droite sociale, ancien secrétaire d’état chargé de l’emploi, ayant participé à sa mise en place, a décidé d’attaquer récemment.

 

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Sympa ta lampe à deux RSA, laurent !

 

Pourtant, personne n’a forcé Nicolas Sarkozy à engager cette réforme. Personne ne lui a imposé Martin Hirsch. Aucune promesse électorale n’engageait le président à ce niveau. Aucune réelle critique n’a été émise par les professionnels chargés de la mise en place. Les résultats montre une réelle amélioration par rapport au RMI et aux différentes aides que le RSA remplace. En effet, il ne constitue pas seulement un revenu minimum pour les personnes les plus fragiles en France, mais un vrai moteur pour la recherche d’emploi et de formation et son fonctionnement forfaitaire permet d’accompagner durablement le retour dans le monde du travail. Voyant au quotidien défiler sur mon lieu de travail les bénéficiaires du RSA pour leurs entretiens obligatoires et les objectifs qui sont imposés par le département à mes collègues en charge du dossier, on est très loin de l’assistanat et d’un revenu d’oisiveté.

 

La dialectique peut-elle casser des briques ?

Cela, Laurent Wauquiez le sait bien, puisqu’il a eu le dossier en charge. Pourquoi alors sa sortie répétée sur le sujet ? Pourquoi s’attaquer à la seule réforme sociale d’un gouvernement dont il a toujours fait partie ?

C’est là que je suis en désaccord avec mon acolyte et néanmoins ami[2], la sémantique et  le choix des mots sont des actes politiques. Posséder le vocabulaire, c’est avoir le pouvoir. Il suffit de relire mon article. J’ai accepté, bien malgré moi, d’utiliser le terme réforme pour parler des lois de ce gouvernement. La droite a réussi, à force de matraquage à faire croire que réformer voulait dire changer, éliminant la notion de progrès social portée par ce substantif.

Revenons à nos moutons. Finalement, dans la sortie de Laurent Wauquiez, ce n’est pas le RSA l’important, c’est les mots choisis : cancer de la société française, dérives de l’assistanat, service social… Et c’est encore plus frappant quand il se justifie J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas.[3] Le vocabulaire n’est pas nouveau, il est même (directement pour la dernière phrase) issu de la sémantique du Front National. Si on lie tout cela à la dérive identitaire du début de l’année de Claude Guéant et la présence toujours plus forte de Patrick Buisson[4] auprès du président, on peut commencer à trouver que tout ça sent franchement mauvais.

 

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Retour vers le futur

En 2007, Nicolas Sarkozy, sur les conseils de son puant de communiquant, avait réussi à siphonner l’électorat du FN. Buisson est conscient qu’en 2012 cela s’annonce bien plus difficile. Et c’est pour ça que sa stratégie semble avoir changé, qu’il ne veut plus les voix de l’extrême-droite mais bien un nouveau 21 avril. Un FN fort qui élimine la gauche dès le premier tour. Le malaise des centristes, de Jean-Louis Borloo à Yves Jégo témoigne de l’ambiance qui règne actuellement dans le parti majoritaire.

Cette stratégie est risquée. Avec l’éclatement de la droite et le Front National trop haut, c’est bien le président sortant qui pourrait être éliminé dès le premier tour. Même s’il compte surfer sur une prétendue reprise économique et une croissance en trompe l’œil[5] pour sauver son bilan, sa marge de manœuvre reste mince. Surtout que la récente affaire qui secoue le monde politique pourrait en réalité profiter aux candidats modérés et modestes comme François Hollande.

Il n’en reste pas moins que cette campagne s’annonce comme la troisième placée sous le signe écœurant de la surenchère sécuritaire, de l’amalgame autour de l’immigration et des promesses économiquement intenables à destination des classes moyennes. Eliminant une fois encore les vraies difficultés que traverse notre pays. L’accroissement des inégalités, la santé, le logement, le chômage,  la faiblesse de l’investissement et des salaires, l’inflation… Et surtout la dette de l’Etat qui empêche toute politique de relance. Aucun président ne sera jamais élu sur un programme de rigueur qui sera pourtant un jour ou l’autre inévitable. Une raison de plus de mettre un terme au présidentialisme.

 

 

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