Intégration, Piège à cons !

Le modèle d’intégration français fonctionne. Il faut l’affirmer, le marteler, ne cesser de le répéter dès que quelqu’un s’en prend à cette valeur fondamentale de la République.

Quand David Cameron ou Angela Merkel déclare l’échec  du multiculturalisme, c’est avec une volonté affichée de s’inspirer du modèle français. En France, les nouveaux arrivants apprennent la langue rapidement, les formations FLE (Français Langues Etrangères) ne désemplissent pas, ils s’investissent dans la vie sociale et ne souhaitent qu’une seule chose, s’intégrer dans le modèle républicain.

On me répondra sur les violences dans les cités, sur l’islamisme, sur le repli identitaire ou sur toutes les histoires marginales (prière dans la rue, fraude aux aides sociales, polygamie…) ! Ces symptômes existent, je ne les nie pas. Mais ils sont le fruit de la crise économique et sociale que traverse la France presque sans discontinuer depuis 40 ans ! 40 ans que le plein emploi a pris fin. 40 ans que le robinet de l’immigration a été coupé. 40 ans de croissance molle et surtout de croissance inégalitaire. 40 ans que les populations qu’on a installé dans des cités HLM, leurs promettant un avenir radieux pour leurs enfants. 40 ans que ces enfants ne voient comme horizon que le béton.


Il y a 28 ans, Renaud chantait le désarroi de cette jeunesse  dans une chanson au titre évocateur Deuxième génération. Traité de démago par la gauche, d’incendiaire par la droite, il décrivait le quotidien d’un jeune désabusé, coincé chez ses parents, avec pour horizon la délinquance, la drogue, la rue, la solitude ou la prison. Aujourd’hui, les rappeurs racontent les mêmes histoires, mais pour ceux de la troisième ou de la quatrième génération…

Ces jeunes sont français, et ils vivent leur misère ensemble, sans distinction de couleur, de religion ou d’origine. Ils se rattachent vaguement à un pays d’origine dont ils ne connaissent souvent rien, pas même la langue ou la culture. Intégrés, ils le sont, sans solution. Ils sont attachés à leurs quartiers, leurs tours, leurs blocs, car c’est la seule identité qu’on leur offre.

 

La banlieue souffre de misère, d’isolement et de frustration. Les mêmes douleurs que la campagne profonde. Les mêmes symptômes et les mêmes maux que la jeunesse désœuvrée des petits villages. La petite délinquance, la zone, l’alcool et la défonce, le repli identitaire, la frustration sexuelle, les bastons en soirée, les guerres de clochers… Viendrait-il l’idée à quelqu’un de remettre en cause l’intégration à la France de la jeunesse rurale ?

Quand Fabius proclama que le Front National apportait de mauvaises réponses aux bonnes questions, il ouvrit la boite de Pandore. Car les réponses du Front National sont bonnes. Si le problème de la France résidait dans son identité, dans l’intégration des populations immigrées et dans le laxisme de l’état vis-à-vis de la délinquance, le Front National aurait raison. Mais, je l’ai déjà dit, et je ne cesserai de l’affirmer, ce ne sont pas les bonnes questions.

 

La gauche a une mission fondamentale aujourd’hui : réinventer la réflexion sur la banlieue. Sortir de l’antiracisme bien-pensant des années 80, qui a fait plus de mal que de bien à tous ceux qui travaillent dans les cités au quotidien. Sortir du débat sécuritaire, pour proposer une politique de sécurité qui ne mette pas en danger les libertés individuelles. Renforcer la laïcité, renforcer le pacte social, inventer un pacte éducatif à destination de tous… La route sera longue, mais elle vaut le coup d’être empruntée.

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