Et ma main dans ta gueule ?

fessee

Cela fait un moment que je cherche mes mots pour écrire cet article, que je réfléchis au bon angle, celui qui percutera le lecteur, qui donnera peut-être un regard différent sur ce sujet. Et puis, il y a peu de temps, je profitais de ma pause déjeuner pour lire quelques articles, regarder une vidéo mise de côté… Et je tombe sur le blog Et pourquoi pas Coline, que je suis depuis presque le début. Ça cause mode, beauté, bref des trucs assez futiles. Et puis, aujourd’hui, une nouvelle rubrique : Raconte moi une histoire, espace ouvert à tout le monde. Le but : chacune et chacun, enfin surtout chacune, peut faire publier une histoire, un témoignage, un texte auquel elle ou il tient. Et donc, un premier article d’une jeune femme qui décrit la galère de maman le matin avec les enfants, la voiture, l’école…, et deux phrases qui me choquent, à quelques paragraphes d’écart :

« Oups celle ci est partie un peu vite… trop tard! »

« Ce n’est pas encore aujourd’hui que je pourrais discuter avec cette très chère madame François à propos de ce petit salopard de Louis qui a encore fichu une baffe à mon fils. »

Et une envie de pleurer devant mon écran. Parce que, visiblement, ça ne choque pas.

Alors, j’ai décidé d’arrêter de chercher le bon angle. Et de sortir, un peu brut de pommes comme à mon habitude, ce que je pense de la fessée, de la baffe, de la claque que tu n’as pas volée, de la violence éducative.

C’est marrant, je n’avais jamais remarqué, avant d’être maman, que j’étais autant entourée de connards qui frappent leurs enfants. Et c’est marrant parce que tout le monde en parle, cela passe aussi bien par « on s’est déjà tous pris une tarte et on n’en est pas mort », « c’est parti tout seul », j’en passe et des meilleures de ces conneries. Et on te pose la question : « tu lui as jamais mis de fessée à ta fille ? » (on parle bien de ma fille de 18 mois, 81 cm et 11kg, pour replacer dans le contexte) ? Je réponds « non ». Et on enchaîne sur un : « t’es contre ? » Bêtement, je réponds « oui ».

Mais, honnêtement, on peut vraiment être pour la fessée sur les enfants. Non, parce que je les écoute les histoires, celles notamment de mes collègues, et en général, ça tourne plus autour de « je n’ai pas pu faire autrement » que « il l’a bien mérité ». Et je m’interroge sur la notion de ne pas pouvoir faire autrement que frapper son enfant. Parce que moi aussi, tous les jours, au même passage piéton, j’aimerais ne pas pouvoir faire autrement que sortir une batte de baseball et défoncer le pare-brise de la voiture qui ne respecte pas ce principe de base du code de la route. Et pourtant, je ne le fais pas. Alors, quoi, c’est plus facile de se retenir sur un adulte que sur un enfant ? C’est quoi ? De la lâcheté, de la peur de se prendre un coup en retour ?

Et puis, il y a ceux qui m’ont expliqué très sérieusement que la fessée est la seule chose que leur enfant comprend. Et putain, ça doit bien marcher comme méthode éducative si tu dois le faire tous les jours.

Alors, j’arrête d’écouter mes collègues (et ce magnifique « ma femme m’a engueulé parce que ça lui a laissé une trace quand je lui ai mis une fessée ») et je pense à ces enfants. Certainement en colère, certainement dépassés par leurs émotions, leurs peurs, leurs joies, en train de grandir, de comprendre le monde qui les entourent, en train de se construire avec les limites qu’il faut constamment poser. Et qui n’ont comme réponse que la main qui se lève et le bruit d’un coup.

Et surtout, j’ai envie de gueuler : « mais, putain, pourquoi t’as fait des enfants ? ». Oui, un enfant, c’est chiant, oui, il faut répéter inlassablement les mêmes choses, oui, il faut réussir à prendre le temps d’expliquer, même quand tu es pressé, même quand tu es en retard, même quand tu as passé une journée de merde. Non, on ne fait pas des enfants pour être tranquille, on n’est jamais tranquille avec des enfants. Oui, ça énerve quand ta fille écrit au feutre sur le canapé, le chat, son cheval à bascule pendant les 10 secondes où tu as tourné la tête. Oui, ça énerve quand tu as répété 5 fois de ranger ces p***** de chaussures (et on ne dit pas putain devant ses enfants !). Est-ce que ça mérite une baffe, une fessée ? Et quand tu dois expliquer à ton enfant qu’on ne tape pas le chat (oui, c’est mon cheval de bataille en ce moment), qu’on ne tape pas ses copains, qu’on ne tape pas l’auxiliaire de crèche, ça va marcher, à ton avis, avec une tarte dans la gueule ?

Et pour finir, je rêve de courage politique, je rêve qu’un gouvernement dise enfin : « non, on ne lève pas la main sur un enfant, c’est de la maltraitance et c’est puni par la loi ». Oui, on intervient dans l’éducation de vos enfants. Et alors ? On parle quand même de violence.

Mais je finis juste par penser : « Je n’ai jamais pris de coup par mes parents et j’en suis pas morte, merci. »

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