Chronique de la vie quotidienne #1

Jeudi soir, 18h30, dans un square pour enfants du 7e arrondissement de Lyon.

En sortant du boulot, je rejoins souvent mon conjoint, ma fille de 2 ans et demi et ses petits copains de la crèche, accompagnés de leurs parents dans un des squares de notre quartier. Ce jeudi donc, je me retrouve au square entourée d’enfants qui jouent, de parents, de nounous… et d’une famille de Roms. Ils ont l’air un peu perdus à dormir sur des bancs et à fumer leurs clopes mais ils ne dérangent très clairement pas les riverains. Ma fille joue même avec une petite fille de cette famille. Elles ne parlent pas la même langue mais n’en ont pas besoin.

Soudain, de nulle part, dans la poussière, comme dans une case de Lucky Luke, les cowboys débarquent, à savoir des policiers municipaux. Et leurs flashballs. Dans un square pour enfants. En bons citoyens que nous sommes, nous avons bien entendu eu une prise de becs avec ces charmants policiers, venus nous rassurer, flashballs à la main, que nous ne craignions rien, qu’ils nous protègeraient de cette famille venus nous déranger dans notre quotidien. Nous avons, en position de parents, eu du mal à leur faire comprendre que leurs flashballs faisaient davantage peur aux enfants qu’une famille de Roms.

policeparcEt surtout, il a fallu du temps pour leur faire comprendre que nous connaissons leurs missions. Et que virer une famille de roms d’un square flashballs à la main n’en est pas une. Du coup, j’avais envie de faire un peu de pédagogie. Les missions de la Police municipale sont les suivantes :

En vertu de l’article L. 2212-5 du CGCT, les agents de police municipale, sans préjudice de la compétence générale de la police nationale et de la gendarmerie nationale, exécutent, dans la limite de leurs attributions et sous l’autorité du maire, les tâches que ce dernier leur confie en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques (exécution des arrêtés de police du maire, constatation, par procès-verbaux, des infractions à ces arrêtés). Les missions des policiers municipaux en matière de surveillance générale de la voie et des lieux publics s’inscrivent dans le cadre d’une police de proximité, ce qui nécessite une étroite coordination, formalisée dans une convention, avec les services de la police et de la gendarmerie nationales.

Prévention et surveillance. Pas cowboys et flashballs. Le métier de policier municipal est de prévenir le bruit par exemple, de faire traverser les enfants devant les écoles, d’indiquer la route aux citoyens perdus, de signaler aux autorités compétentes les infractions et agir en tout dernier recours. Bref, surveiller et renseigner. Gérard Collomb a décidé, après les attentats de novembre, d’armer les policiers municipaux volontaires. Leur première mission a été de surveiller la fan zone. Dans un article du Progrès du 11 juin 2016, au sujet des armes, Jean-François Alarcon, le patron du Groupe Opérationnel Mobile, disait : « C’est juste un outil de travail. Cela peut permettre de régler certaines situations par la dissuasion. » Hier, les personnes qui sont parties, qui ont été dissuadées, ont été les parents, ceux qui refusent de faire grandir leurs enfants dans la violence, pas cette famille de Roms. Un de ces policiers armés nous a dit : « Toutes les polices du monde sont armées. » Ce à quoi mon conjoint lui a répondu que c’était bien ça le problème.

Personnellement, la sécurité, je la ressens dans le dialogue, pas flashballs à la main. Je ne ferai pas d’angélisme, j’ai conscience des problèmes d’intégration des migrants roms, mais ce n’est pas le sujet. Une seule question reste :

À quel moment nous avons dérapé au point d’avoir des policiers municipaux, flashballs à la main, dans nos squares pour enfants ?

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