Changer le regard sur la banlieue

Réfléchir la banlieue, c’est avant tout sortir des sentiers battus, sortir des idées reçues. De toutes les idées reçues. La banlieue française n’est pas le nouveau Chicago de la prohibition. Les caves des Minguettes ou de la cité des 4000 ne sont pas remplies de Kalachnikovs. La drogue n’enrichit que quelques truands, qui vivent souvent loin des cités. Les coupés sport et les grosses BMW viennent plus souvent des emprunts Cofidis que de trafics en tout genre.

Mais il faut aussi être conscient des réalités sociales et humaines. Conscient que l’antiracisme s’est transformé en relativisme culturel et social. Conscient que la bête rampante de l’islamisme est en train de prendre de plus en plus de place et qu’elle met en danger les populations concernées. Conscient que la situation des femmes y est inquiétante, conscient que ce ne sont pas des terrains de football qui résoudront le problème.

 

Sortir du Discours Sécuritaire

Depuis plus de 10 ans, le discours politique autour de la banlieue vire obligatoirement au sécuritaire. Caméras de vidéosurveillance, arsenal policier et judiciaire, Taser, Flash-Ball, peines planchers… Notre société est en train de renoncer, pour quelques grammes de discutable sécurité, à ses libertés fondamentales. Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre. Thomas Jefferson nous prévenait déjà il y a 200 ans. Nous sommes en effet en train de perdre nos libertés, sans que personne n’ait le sentiment de gagner en sécurité, entrainant toujours plus de surenchère et toujours moins de liberté. Christian Estrosi et Gérard Collomb, presque main dans la main, nous assure que les honnêtes gens n’ont rien à craindre de la vidéoprotection (vidéosurveillance en novlangue) tel Big Brother assurant que le télécran ne recherche que les ennemis de l’Angsoc.

 

Ce discours est doublement dangereux. D’abord parce qu’il démontre que le gouvernement n’a qu’une vision policière de la société, faite de contrôles, de fichiers et de justice expéditive. Ensuite, parce qu’il est justement un discours. Qui entretient le mythe et qui, bien entendu, fait les affaires du Front National. Le gouvernement fait bien d’autres choses que du sécuritaire. Le RSA est un réel progrès, la formation professionnelle, les chantiers d’insertion, les expérimentations éducatives se développent… Les effectifs de police sont d’ailleurs en baisse depuis cinq ans[1] ! Maintenir l’angoisse sécuritaire pour couper l’herbe sous le pied de la gauche, mal à l’aise sur ce point.

Et pourtant, c’est si simple d’être clair. La police doit arrêter les vilains, les brigands, les voleurs, les criminels. Elle doit s’occuper des trafiquants, des mafias et des violences. Elle doit cesser les contrôles au faciès inutiles qui maintiennent une tension permanente entre eux et la population. Elle doit cesser de jouer aux cow-boys, notamment la BAC (qui devrait se souvenir que sa mission est de lutter contre la criminalité) et la police municipale (qui devrait se souvenir que sa mission est de garder les squares), elle doit se souvenir qu’elle est au service des citoyens, de tous les citoyens, qu’elle doit, par sa mission de représentation de l’Etat, le respect des droits et des minimas de politesse conventionnelle.

Elle n’a pas vocation à être un service social. La police est, par définition, un outil de répression. Il y a des milliers de professionnels du travail social. Cependant, elle a une mission d’apaisement, d’information, qui nécessite une présence quotidienne des policiers en uniforme dans tous les quartiers. Cela nécessite bien sûr de la formation et une certaine cohérence dans la mutation des effectifs. Il faut en finir (et pas seulement dans la police) avec la mutation des nouveaux arrivants directement dans les quartiers sensibles.

 

Une politique de sécurité est bien entendu nécessaire, mais pourquoi devrait-elle être anxiogène ? Est-ce pour que, quand deux préadolescents se chamaillent dans le métro, les gens les regardent amusés et un brin condescendant, alors que les regards se transforment en peur et mépris si ces jeunes ont la peau bronzée ? La théorie du complot n’est pas mon truc, j’en resterai donc à une utilité purement électorale. Cependant, l’intérêt électoraliste peut se retourner contre ceux qui jouent avec le feu. Singer le discours du FN, c’est prendre le risque que les gens votent pour l’original et non plus pour la copie. Il faut cesser le jeu de l’émotion à tout rompre. Et n’accusons pas les médias, ça serait trop simple. TF1 sait faire autant d’émotion sur un petit vieux à la maison brûlée, que sur une famille de Rom expulsée manu militari alors que les enfants sortent de l’école. Ce sont les politiques qui sont la seule et unique cause de cette surenchère de la peur.

 

Sortir de l’antiracisme

Abandonner le tout sécuritaire, reprendre ses esprits et dépassionner le débat sur la banlieue ne signifie pas angélisme. Il n’est pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. La banlieue souffre de multiples difficultés : pression sociale et de l’environnement, frustration sexuelle, agressivité récurrente, cloisonnement des individus… Sans parler de la montée de l’extrémisme religieux. L’antiracisme est devenu une barrière empêchant toute critique, tout commentaire sur cette situation, mettant dans le sac du racisme ceux qui se battent pour changer les choses.

 

Quel travailleur social n’a pas entendu la réponse mais c’est parce que vous êtes raciste à la moindre critique ? Jusqu’à devenir une justification à la moindre difficulté à l’embauche, au moindre refus d’une fille de donner son numéro, à la moindre sanction scolaire… Plus grave, émettre une critique sur une pratique sociale inacceptable en France, devient une remarque raciste si elle est adressée à une personne d’origine maghrébine.

Le débat sur le voile fut symbolique à bien des égards du populisme de la droite, qui a osé axer ce débat sur la laïcité et la religion et de la passivité de la gauche, incapable d’assumer l’interdiction du voile (intégral ou non) au nom du respect des droits des femmes (note pour M. Ramadan, le droit à l’exploitation n’en est pas un). Critiquer une pratique d’une religion n’est pas critiquer une croyance. Le délire va tellement loin qu’une certaine partie de la gauche a réalisé une alliance objective avec l’islamisme, de la présence de femmes voilées sur les listes du NPA jusqu’à des journaux ou des groupes de réflexion, qui n’hésitent parfois pas à utiliser les pires armes de la calomnie et de la diffamation pour trainer dans la boue ceux qui osent dénoncer le danger de l’islamisme[2]. Entre ces gens-là et la dérive fascisante d’autres[3], la marge de manœuvre s’amincit. Pauvre laïcité…

Pourtant, critiquer la montée de l’islamisme, ce n’est pas protéger la France de l’invasion, ce n’est pas monter les peuples les uns contre les autres, ce n’est pas défendre l’identité nationale, car la France ne risque rien. Ceux qui sont en danger, ce sont les jeunes issus du l’immigration maghrébine et subsaharienne, régions où l’islam est historiquement tolérant et dont les parents ne sont parfois même pas pratiquants ou croyants. Que la France ose leur renvoyer comme seule identité leur religion est intolérable et inacceptable. Quand Nadine Morano parle des jeunes musulmans[4], quand Nicolas Sarkozy nomme un préfet musulman, quand on associe une population à son origine et à sa religion supposée, quand on développe un concept aussi délirant que l’islamophobie (depuis quand est-il interdit en France de s’attaquer à une religion ?), on fait le jeu du Front National et des islamistes.

 

L’islamisme en banlieue pèse un lourd poids sur les épaules des jeunes, mais malheureusement, il n’est pas le seul.

On a laissé s’installer, volontairement, la politique des grands frères, censée permettre la surveillance des plus jeunes, et qui se résume bien souvent à une pression sociale sur les rapports amoureux. La frustration sexuelle de la banlieue est frappante. Ces groupes de jeunes qui errent en centre-ville à la recherche d’une fille facile sont le fruit de cette pression, qui empêche, jusque dans les cours d’école, les jeux de séduction et de découverte de l’autre. L’éducation à la sexualité ne se fait plus que par le porno et les clips, où la moindre mini-jupe signifie salope.

On a osé citer en exemple d’intégration des footballeurs et autres sportifs, laissant entendre, à grands coups de construction de stades et de terrains de sports, que seul l’exceptionnel permettrait de s’en sortir. Que seul l’argent comptait. Que seule l’image comptait. Ce n’est pas Scarface qui est responsable de ce mythe de banlieue, mais bien l’absence de courage des responsables politiques.

 

Néanmoins, la banlieue n’est pas un lieu qui se résume à tout cela. Dans un pays où la moitié de la population vit en banlieue (populaire ou non), dans un pays qui a tendance à voir l’avenir en gris, il est primordial d’imaginer que c’est des cités que le vent nouveau peut venir. Bien sûr, il va falloir investir : dans les transports publics, dans l’éducation et la formation, dans l’habitat, dans les infrastructures publiques, dans le travail… Et puis ? La banlieue qui (re)démarre, c’est combien de points de croissance ? Combien d’argent public économisé à l’avenir ? Combien d’emplois et de richesses créés ?

Ne laissons plus ces sujets à la droite. L’immigration, la banlieue, l’intégration, la mixité ethnique sont des forces de la France. Nicolas Sarkozy a dit le 4 mars sans identité, il n’y a pas de diversité. Tel un maître de la novlangue (la guerre, c’est la paix), il mélange les concepts pour mieux nous tromper.

 

Sans diversité, il n’y a pas d’identité.

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