Chacun cherche sa route

nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux

Je n’écris pas souvent pour parler politique et j’ai davantage l’habitude de « faire tourner » des informations sur Facebook, bien souvent par flemme et par manque de temps.

De toutes les causes pour lesquelles je m’énerve, je m’emballe, s’il y en a bien une qui prime sur les autres, c’est bien le combat quotidien contre le sexisme ordinaire. Qu’est-ce que j’appelle le sexisme ordinaire ? Ce sont toutes ces petites attaques quotidiennes, qui sont souvent dites sans penser à mal mais qui font mal justement à ma féminité. Ce sont toutes ces remarques du « c’est normal d’être sensible, t’es une femme (et en plus, tu es enceinte)» au « c’est pas beau une femme qui boit (parce qu’un homme qui boit ?)», en passant par « arrêtes de regarder les vitrines, tu as trop de chaussures » ou encore « le burger pour les filles avec un tout petit steak et plein de salade (parce qu’une fille, c’est forcément au régime) »,  je ne citerai pas trop d’exemples, ça vous donnerai des idées. Et puis, avec le temps et les journées chargées, on oublie. Et on arrête de s’indigner de la mesquinerie quotidienne.

Aujourd’hui, des blogueuses BDs font signer des pétitions contre le chalutage profond, le dernier reportage sur le saumon fait causer dans les cantines et on s’offusque d’une une de Minute, qui, je le rappelle, est un journal lu par 200 personnes et écrit par deux pauvres journalistes signant sous des pseudos différents.

Et pendant ce temps-là, on laisse éditer cette phrase : « Avortement (…) Si la loi permet cet acte, elle ne le rend pas pour autant juste ou moral. L’avortement reste un acte grave qui pose des questions sur la valeur que l’on donne à la vie humaine ».

Elles sont extraites du Dico des filles, édition 2014, édité chez Fleurus, maison d’édition catho, il convient de le préciser.

Bien entendu, l’entrée sur l’avortement est peut-être celle qui choque le plus, avec son morceau de choix :  « Les autorités morales et les grandes familles religieuses ont leur mot à dire dans cette affaire parce que c’est leur rôle d’énoncer des principes destinés à guider l’action humaine ».

Mais je citerai quand même l’entrée sur l’homosexualité : « C’est vrai qu’il existe des couples homosexuels stables. Mais souvent, les relations sont éphémères, instables et les homosexuels ont du mal à se projeter dans l’avenir ».

Ou encore, l’entrée Complexes : »Vous avez une poitrine qui vous encombre (…) Il faut peut-être envisager à la fin de l’adolescence d’avoir recours à la chirurgie esthétique »

Sans même parler de la section Caresse  et de son : « On peut avoir envie de caresses sans forcément vouloir aller plus loin. L’important, c’est de le savoir et de le dire, mais aussi de ne pas laisser le garçon s’embarquer trop loin dans le désir pour dire « stop » au dernier moment. Un garçon ne fonctionne pas comme une fille et il ne comprendra pas forcément que vous passiez des heures à vous laisser cajoler sur un lit si ce n’est pas pour avoir une relation sexuelle. ».

Je ne prendrai pas la peine de vous décrire la section égalité homme/femme, ça ferai trop mal.

Donc voilà, le joli cadeau que vont avoir les jeunes filles à Noël et quel livre elles pourront emprunter au CDI.

Mais la grande question que je me pose, et le véritable but de cet article, est la suivante : qu’est-ce qui a bien pu se passer pour reculer à ce point sur les idées ? Je pense très honnêtement que le débat sur le mariage gay est la cause de tout cela. Je ne servirai très certainement pas le discours « Les Français n’étaient pas prêt » et autres conneries de ce type. Mais j’aimerai bien savoir à quel moment les politiques et les médias ont jeté l’éponge de la pédagogie et ont laissé la voie libre à toutes les idées néfastes et aux fascismes de tout bord.

Aujourd’hui, on ne s’offusque plus que 343 connards, non seulement détournent un des plus bel acte pour les femmes (et une blague de Charlie Hebdo au passage), mais en plus, osent faire passer pour libertaire le soi-disant droit de payer pour humilier.

On ne s’offusque plus de voir sur nos écrans les leaders de tous les groupuscules d’extrême-droite se faire passer pour le commerçant du coin, encore faudrait-il prendre le temps d’expliquer et même de savoir ce que ce sont les Jeunesses Identitaires.

On laisse n’importe quel animateur et essayiste à deux ronds parler en 5 minutes d’Alain Soral sans expliquer ni qui est cette personne, ni ce qu’il fait.

On laisse n’importe quel mouvement populaire aux mains des extrêmes sans en expliquer le moindre signe évident, parce que, oui, même avec un bonnet rouge, un sweat Lonsdale et une pancarte Hollande Demission ne fera jamais de toi un gentil breton en colère.

Donc, oui, le débat sur le mariage gay a fait descendre des milliers ( ?) de français dans la rue pour défendre leur vision du mariage, et grand bien leur fassent, j’ai moi-même manifesté pour défendre la mienne. Mais était-on obligés de laisser parler tous les extrêmes à ce moment-là, était-on obligés de mettre la ménagère catho et le skin abreuvé d’alcool à 90 dans le même panier ? Parce qu’aujourd’hui, on en paie les conséquences dont la plus grave à mon avis : on ne s’étonne plus de rien. Ni les médias, ni les politiques, ni mes amis d’ailleurs. Et ça m’attriste.

Je n’ai aucune réponse à mes questions malheureusement et la période dans laquelle nous vivons de m’en apportera pas plus je pense. Je retourne donc dans ma bulle où le monde est moins gris, où être une femme ne signifie pas passer sa vie à la cuisine. Et je vous laisse à vos pétitions sur les dauphins, parce que c’est important, les dauphins.

Et pour finir sur ce fameux dico, je me souviens l’avoir eu entre les mains ado, je ne me souviens pas néanmoins de ce type de phrase, mais peu importe. Je me souviens surtout que ce dico est disponible dans les CDI des tous les collèges et lycées, contrairement à Minute.

CW

P.S. : le titre est une citation de Louise Michel et l’image est creditée à la Fédération Anarchiste.

Un commentaire

  1. Alors d’une part, les chaussures c’est effectivement superflu. C’est étiqueté « gonzesse » et ok, la plupart du temps les mecs qui font remarquer ça le font parce qu’ils sont bêtes. Néanmoins, c’est un vrai problème de consommation; c’est comme les produits apple. Pourquoi racheter des choses qu’on a déjà? Bon mais bref. Pas la peine de s’attarder là-dessus, j’ai probablement les flancs ouverts à une contre-attaque.

    Je suis d’accord avec toi (ce qui en soi n’est pas franchement surprenant) sur l’essentiel, mais je suis plus pessimiste que toi sur les cibles à abattre. Oui, que des Sorals s’affichent avec des Naulleaus et fassent les kakous dans la presse, c’est insupportable. Que les nazis fassent de l’agit-prop qui ait de la répercussion à grande échelle, c’est flippant. Mais finalement, le problème ce n’est pas leur existence (on savait déjà qu’ils étaient cons) ni le fait qu’ils aient une audience (ils en ont toujours eu une). Non le vrai truc chelou dans cette histoire c’est que les journaleux marchent dedans. Ces professionnels censés être l’avant garde éclairée de la pensée avec les profs sont pas foutus d’avoir un regard critique et de lire en finesse un discours politique quand ils en voient un. Ca leur a bien servi de faire science po à ces branques!

    (Notez que je ne tiens pas à mettre tout le monde dans un même panier – je ne suis pas de ceux qui crient contre Lémédias et glorifient « l’alternatif ». C’est juste que j’ai pas envie de faire une dissertation Trois parties Trois sous-partie sur la complexité du PAF. Il y a de vrais analystes, ils sont juste sous-médiatisés (CQFD).
    En revanche je déteste Science-Po, ça oui.)

    Non mais en fait j’aime de moins en moins les gens.

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