50 nuances de haines

La cartographie de 2018 – Cliquez sur l’image l’agrandir

Comme chaque année, le site antifasciste La Horde publie sa cartographie de l’extrême droite française. Cette étude est particulièrement riche d’enseignements car elle permet de suivre l’évolution de ces mouvements qui, par leur caractère souvent groupusculaires et autoritaires, sont en permanence agités de soubresauts, alliances, trahisons… mais aussi d’évolutions profondes, comme l’émergence récente des complotistes, des médias de « réinformation » ou le renouveau de l’intégrisme catholique depuis les manifestations contre le mariage pour tous.

C’est aussi l’occasion de voir comment se situent les groupes antifascistes. En effet, ce mouvement étant, par définition, une opposition, il est intéressant d’observer ce qu’il définit comme ennemi, et donc, comme fasciste. Ainsi, cette année, Les Républicains, pourtant situés au centre-droit de l’échiquier politique par la plupart des analystes, apparaissent sur la carte avec la photo de leur président.

Mais c’est surtout une absence qui pose question et qui symbolise un débat qui traverse le mouvement antifasciste et l’ensemble de la pensée de gauche en ce moment : celle des mouvements islamistes et de leurs officines officielles, par exemple, l’UOIF, désormais appelé Musulmans de France (ce qui devrait quand même nous alarmer sur la volonté hégémonique de cette association rattachée aux Frères Musulmans) ou le Parti des Indigènes de la République.

Il suffit d’aller voir les commentaires sous l’article de La Horde pour se rendre compte que le débat est vif autour de cette absence. Surtout que l’intégrisme catholique, même le plus groupusculaire, est bien représenté sur l’infographie. De même, il y a encore quelques années, le site n’hésitait pas à mettre la Ligue de Défense Juive au milieu de cette carte et son absence tient plus à sa disparition réelle du terrain, malgré son happening à la marche contre l’antisémitisme du 28 mars, qu’à un changement de ligne politique.

Il est bien entendu peu évident d’indiquer les groupes islamistes les plus radicaux, car ceux-ci sont pour la plupart clandestins, inconnus et sans structuration visible. Cependant, la décision d’exclure ceux qui entretiennent l’illusion de la respectabilité pose clairement question. Car c’est le reflet d’un malaise de tout une partie de l’extrême gauche face au soupçon d’islamophobie.

 

Un combat sémantique pour un combat idéologique

Ce sujet est sensible, car la critique de l’islamisme sert réellement de masque à un certain nombre de mouvements d’extrême droite, nationalistes ou identitaires pour faire avancer leur idéologie raciste. Le fait qu’un groupuscule raciste ose s’appeler « riposte laïque » montre bien à quel point le combat sémantique est essentiel et qu’il est fondamental de ne pas se laisser dicter le vocabulaire par l’ennemi. La laïcité est probablement la plus belle valeur de la République Française et la meilleure protection contre le communautarisme. Que l’on puisse laisser l’extrême droite salir ce mot, en dénaturer le sens et rendre le combat laïc inaudible est impardonnable.

De même, il est essentiel de refuser le concept même d’islamophobie. En effet, la critique, même sévère et blasphématoire, d’une religion, l’islam comme toutes les autres, est non seulement parfaitement légale en France, mais également bienvenue à mes yeux. Ce qui est inacceptable, ce sont les attaques contre les personnes et les discriminations contre les croyants. Ce qui s’appelle tout simplement du racisme. Ou de la haine antimusulmans.

Il y a actuellement une confusion, savamment entretenus par les racistes et les islamistes, entre des concepts pourtant clairement différents. Une personne originaire d’un pays du monde arabo-musulman n’est pas forcément musulmane. Un musulman n’est pas forcément pratiquant. Et encore moins un islamiste. Mieux, un islamiste n’est pas forcément un jihadiste ou un terroriste.

Pour faire simple, il est parfaitement inadmissible de s’en prendre à quelqu’un pour son appartenance, réelle ou supposée, à une origine, une ethnie ou une religion. Et la société française doit tout faire pour combattre le racisme et toute forme de discrimination. Le combat contre le jihadisme et le terrorisme, quant à lui, relève lui de la justice, de la police, voire de l’armée.

 

L’islamisme, entendu comme l’application politique de l’Islam, est un fascisme.

 

Le combat contre l’islamisme relève du combat d’idées. Et il doit être mené radicalement. Parce que l’islamisme, entendu comme l’application politique de l’islam, est un fascisme. Parce que les islamistes représentent un vrai danger pour une partie de la population. Pas pour les petits blancs des centres-villes et des campagnes comme essayent de le propager les identitaires et l’extrême droite traditionnelle, mais bien pour les populations d’origine maghrébine dans les quartiers populaires et périphériques des centres-villes.

Il est insupportable de lire des personnes qui n’ont visiblement jamais mis les pieds dans une cité populaire parler d’islamophobie dès que l’on critique les islamistes.

Il y aura toujours quelques idiots utiles pour servir de caution intellectuelle à cette confusion. Ce sont les mêmes qui justifiaient les pires dictatures avant la chute du bloc soviétique par un tiers-mondisme à la sauce culturaliste. Ils sont quantité négligeable, surtout sur le terrain, malgré une présence virtuelle impressionnante. Ce qui est inquiétant, c’est la réticence de militants, pourtant largement radicaux par ailleurs, à comprendre que ces mouvements ne sont pas les porte-parole d’une population exploitée, mais bien des exploiteurs et des ennemis du peuple.

Regardez les gamins qui se font insulter parce qu’ils écoutent de la musique et les gamines qui doivent se couvrir pour sortir dans la rue. Venez voir autour des collèges les « associations culturelles » qui distribuent des livres créationnistes et des manuels pour encourager les enfants à désapprendre ce que l’école enseigne. Allez voir les vidéos Youtube qui expliquent tout par le Coran, y compris la génétique et l’homosexualité… Regardez le nombre de vues. Regardez comment l’islamisme prétend régler l’ensemble de la vie quotidienne des croyants.

 

Défendre les victimes, pas les bourreaux

Regardez qui agresse les couples homosexuels ou les personnes transgenres. Regardez qui jette de l’acide au visage des jeunes filles… Et surtout regardez les victimes. Combattre l’islamisme, ce n’est pas combattre les musulmans, puisque ce sont eux les cibles et premières victimes.

Cela fait 15 ans que je travaille dans l’éducation et la formation dans les quartiers de la périphérie lyonnaise. 15 ans que j’alerte mon entourage sur la montée des théories complotistes, sur une fracture chaque jour plus grande avec les centres-villes, sur la frustration sexuelle, qui est le moteur du fascisme selon Reich.

Je travaillais dans le collège Mermoz quand une très jeune fille s’est fait jeter des pierres parce qu’elle mangeait pendant le Ramadan. J’ai vu l’horreur des professionnels de terrain face à cette situation. J’ai surtout vu un principal battre en retraite pour éviter le conflit et peut-être bien protéger sa petite carrière. J’ai vu la presse de gauche et l’ensemble de  la société minimiser les faits. Cette affaire était pourtant symptomatique. Il est bien évident que les jeunes agresseurs n’étaient pas des islamistes et qu’ils n’étaient pas en train d’appliquer la charia. Mais il fallait bien voir dans cette situation le résultat d’un encerclement du collège par les islamistes. Au sens figuré comme au sens propre, puisque ceux-ci s’étaient installés à quelques dizaines de mètres du collège pour pouvoir interpeller les jeunes sur le chemin. Il aurait fallu avoir le courage de révéler qu’une partie de la classe politique leur avait abandonné le terrain, en leur cédant des locaux publics et en leur donnant pignon sur rue, en échange d’une vague paix sociale.

J’étais avec des jeunes de La Duchère pendant le débat du Mariage pour Tous. C’était un torrent de haine. Une homophobie glaçante, froide et sans aucun état d’âme. J’étais au même endroit le lendemain du 7 janvier 2015, à déjà devoir argumenter sur les théories du complot et combattre le « ils l’ont quand même bien cherché ». Ces mêmes jeunes qui me racontaient leur désarroi de ne pas être des bons musulmans puisqu’ils écoutaient de la musique, allaient au cinéma ou fumaient des pétards.

 

Fermer les yeux sur le travail de sape des islamistes, tout aussi identitaires que nos crânes rasés, c’est abandonner cette jeunesse et cette population au désespoir, à la frustration et au mal-être, terreaux sur lesquels se construisent toutes les dérives politiques.

 

Fermer les yeux sur le travail de sape des islamistes, tout aussi identitaires que nos crânes rasés, c’est abandonner cette jeunesse et cette population au désespoir, à la frustration et au mal-être, terreaux sur lesquels se construisent toutes les dérives politiques. Non, tout ne s’explique pas par des causes sociales (ou alors dans ce cas, on justifie les identitaires dans le Nord et en Lorraine ?), même si elles sont évidemment des facteurs aggravants. Il est essentiel d’outiller les enseignants, les formateurs, les éducateurs, les parents pour avoir des outils intellectuels contre ces idées. On a besoin des militants d’extrême gauche et des militants LGBT dans ce combat et il est totalement impensable que ceux-ci soient aux côtés de ceux qui les haïssent.

Il y a un combat idéologique à mener contre l’islamisme. Et pas pour défendre l’Europe chrétienne. Pour défendre cette jeunesse que les islamistes veulent éduquer à la haine et à l’ignorance. Ce qui est le propre du fascisme.

 

 

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