Touche-moi encore, Vernon

[Chronique littéraire]

9782246713517-XVernon Subutex ne ressemble pas à ce qu’on s’attend à y trouver. « Rentrée littéraire », « polémique », « tableau de la France », « provoc’ », écartons les fatigants attributs dont on l’a lesté dès sa sortie. Le roman raconte l’errance de Vernon, ex-disquaire resté sur le carreau quand le monde a continué de tourner sans lui, ou s’est arrêté brusquement pour la plupart de ses proches.

Le décès de l’un de ses anciens amis, improbable star du rock adulée par le grand public et l’expulsion de Vernon à un mois du début de la trêve hivernale sont le point de départ d’une fresque incroyable où s’entrecroisent ex-stars du porno et croyants convaincus, laïcs militants et petits cons fascisants, bobos fatigués et trentenaires qui se la pètent, homo-hétéro-trans-gauchos, hommes, femmes, enfants et même chiens de notre époque (spoiler : ça manque de chat à défaut de manquer de chattes).
Tous sont là, les nantis et les autres, surtout ceux-là, ceux qui sont sûrs d’eux, ceux qui ne croient à rien, ceux qui votent FN, ceux dont la nostalgie ronge les os, ceux qui s’en branlent et font la fête, ceux qui comptent leur monnaie au Franprix et ceux qui attendent, encore et encore.

Il y a plus d’humanité dans ce livre que dans des dizaines de ceux que nous avons eus à lire ces derniers mois, ces dernières années. Une humanité déchirante, qui tord le ventre à la manière des reportages de Florence Aubenas. Toujours sur la corde, des destins qui ne tiennent qu’à un fil se télescopent, un peu comme dans la Ronde de Schnitzler.
Virginie Despentes dissèque les tics de l’époque, eBay, Facebook, la coke, H&M, rien ne sonne faux et la langue est souvent belle tout en ne lâchant rien sur la déglingue.

Vernon Subutex, c’est aussi une histoire du rock, un livre à B.O. intégrée, où chacun a son son, et du bon. Où on retrouve les concerts des années 90 et début 2000, les lieux sombres, la bière et la sueur des inconnus qui réchauffe le cœur. Et Vernon enfin, qui dans sa déchéance nous susurre à l’oreille que nous ne sommes pas à l’abri, que nous sommes tous un peu Subutex et que si nous n’y prenons garde, c’est notre société tout entière qui s’engouffrera dans sa chute.

Vernon Subutex est un livre magistral qui ferait chialer un cosaque. Et il n’est pas larmoyant pour autant. On dit qu’il y aura d’autres tomes, 3 en tout peut-être ? Virginie Despentes, que l’on a connue paumée, gueularde, qui il y a quelques semaines encore tenait des propos qui hérissaient certains d’entre nous – moi – suite aux assassinats à Charlie, Viginie Despentes peut être si tendre et si pénétrée (sans mauvais jeu de mot, les mecs) qu’on les attend avec impatience.

Vernon Subutex, t. 1, Grasset, 2015, 400 p.

 

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