[Sortie ciné] 120 battements par minute de Robin Campillo

Ce mercredi sort en salles le Grand Prix du Festival de Cannes, le film dont on parle depuis des mois, le film qui émeut toutes les générations, de celle qui a vécu la création d’Act Up, de celle qui a vécu les années 90 racontées dans le film, de celle qui a oublié ce qu’était Act Up. Vous n’avez certainement pas besoin de Pichenettes pour vous conseiller d’aller voir 120 battements par minute, si ce n’est déjà fait. Mais la charge émotionnelle du film est si forte que, comme tout le monde, j’ai envie de vous en parler et de me raconter et de vous raconter un peu mes 120 battements par minute.

La première fois que j’ai entendu parler du VIH, cela doit remonter à 1993 à peu près, j’avais 8 ans, et la mère d’une copine, amie de mes parents, en était atteinte, je me souviens d’avoir entendu parler de prostitution, mais je n’ai jamais posé de questions (même des années plus tard, quand j’ai compris que ma copine ne savait pas ce qu’était le VIH et que personne ne lui avait expliqué). Elle est morte en 1994 dans mes souvenirs, quelques mois après son mariage, dans une robe de princesse qu’elle ne parvenait pas à porter tellement elle était faible. Des histoires comme ça, ça vous marque, profondément. En 5e, quand mes camarades rigolaient des cours de prévention, j’enregistrais toutes les informations possibles sur les préservatifs. À 15 ans, quand un mec m’a dit qu’il n’y arrivait pas avec une capote et que ça craignait rien, je l’ai envoyé se faire voir (et je me suis pris le premier, et seul, coup de poing de ma vie). Au lycée, je me suis promenée avec des capotes dans mon sac en soirée pour mes potes qui pensaient que ce n’était pas utile. À 20 ans, je me suis renseignée sur les moyens de protection féminins (ah, le découpage de cellophane) après une ultime soirée au Marais, boîte de nuit lesbienne lyonnaise, où j’ai dansé comme dans 120 battements par minute sur Bronski Beat. Je n’ai étrangement jamais fait de lien entre homosexualité et VIH. J’étais trop jeune dans les années racontées par 120 battements par minute pour entendre et comprendre la mise au ban d’une partie de la société et pour me rendre compte de l’impact des actions de Act Up.

120 battements par minute, c’est une rencontre avec l’histoire, avec un petit h. Celle de quelques militant-e-s, celle de quelques couples, celle de quelques vies. Mais aussi une rencontre avec une lutte qui n’est pas finie, la lutte contre le VIH. Une lutte médicale mais aussi sociétale. On ne guérit toujours pas du VIH, et on continue à exclure les personnes séropositives. Mais ce n’est visiblement plus le sujet. Si 120 battements par minute permet de rouvrir les débats, de délier les langues et de renouer avec le combat, ce film sera alors un très grand film. Dans le cinéma, pour une avant-première lyonnaise, j’ai beaucoup pleuré. Pas seulement les morts, que j’ai connus ou non, mais j’ai pleuré ces militant-e-s qui ont tout donné, j’ai pleuré ces amours d’un soir ou d’une vie, touchés ou non par la maladie.

S’il y avait une seule raison d’aller voir 120 battements par minute, ce serait pour les vivants, pour celles et ceux qui sont restés et pour qui nous devrions continuer la lutte.

Laisser un commentaire