Sonic, mon amour

IMG_20151220_000900

Reverand Beat-Man au Sonic et nos cœurs débordent d’amour.

Jeudi 14 avril, la Préfecture du Rhône a prononcé une décision de fermeture administrative de 15 jours à l’encontre du Sonic, l’une de nos salles préférées de Lyon. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, il s’agit d’une péniche amarrée au quai des Étroits sur la Saône, qui depuis dix ans tout juste anime nos nuits par sa programmation rock inespérée. Pichenettes aime le Sonic, et trouve important de le dire !

Le différend émane du voisinage ; on a pu lire ailleurs, et l’ironie nous a plu, qu’il était paradoxal que des personnes décidant volontairement de venir vivre au bord d’une autoroute soient subitement sensibles au bruit. Pour fréquenter plus qu’assidûment le Sonic depuis une décennie, nous n’avons jamais constaté les débordements évoqués par les riverains. C’est une salle qui offre une parenthèse enchantée dans nos quotidiens, des découvertes musicales inouïes et la sensation d’appartenir à un lieu familier, où s’entrecroisent ceux qui, de Lyon et de plus loin, se reconnaissent dans le bon gros son maison. C’est également le travail de trois passionnés mais aussi de toute une galaxie (Sonic, galaxie, vous l’avez ?) d’organisateurs de concerts dont on adore le travail, qui donnent de leur temps et de leur énergie pour faire vivre une culture indépendante, de qualité, festive et responsable, n’en déplaise aux fâcheux.

L’instant émotion

Pour moi, le Sonic, c’est aussi l’endroit où j’ai entendu certains des meilleurs concerts de ces dernières années (voire de ma vie, n’ayons peur de rien).
C’est l’endroit où refaire le monde avec les vieux amis, c’est l’endroit où croiser les nouveaux en plein report pour Indie Music.
C’est l’endroit où j’ai toujours cru que le barman était aussi le guitariste de Ta gueule, mais en fait non (j’ai fini par lui demander pour en avoir le cœur net). D’ailleurs le barman n’est pas non plus l’ingé son.
C’est l’endroit où Thurston Moore m’a touché les fesses et où j’ai dit à mon compagnon d’infortune de la soirée : « T’as vu comme ce mec est GRAND ? » (je ne suis vraiment pas connue pour mes talents de physionomiste).
C’est l’endroit où Lydia Lunch m’a fait pleurer toutes les larmes de mon corps.
C’est l’endroit où boire du (très) bon vin avec Wine & Noise et redonner sa chance au Carignan.
C’est l’endroit du « concert d’après » les attentats.
C’est l’endroit où on a pu danser sur Viet Cong avant qu’ils ne deviennent Preoccupations – sérieusement ?
C’est l’endroit où j’ai empêché le chanteur de Cult of Youth d’aller faire pipi pendant de très longues minutes parce que je croyais qu’il y avait du monde (vous vous en doutez : c’était un malencontreux malentendu).
C’est l’endroit où on s’est retrouvé à parler histoires d’amour hantées, tatouage home made et Death in June avec Noir Boy George.
C’est l’endroit où on peut acheter les disques de SK Records en faisant les midinettes, où certain rédacteur de Pichenettes refait sa garde-robe au merch, l’endroit où j’ai renversé un nombre incalculable de bières, où on en a bu plus encore, et sans lequel on ne conçoit pas nos soirées lyonnaises.

Pour le reste, nos arguments ne différeront guère de ce que vous aurez pu lire ailleurs : comment Lyon peut-elle se prévaloir de son titre de « ville nocturne française » si elle ne soutient pas sa propre diversité culturelle ? On respecte le travail de l’équipe des Nuits Sonores mais force est de constater qu’elle paraît avoir un peu pris la grosse tête avec le succès, pour le dire trivialement, quand il reste une véritable honnêteté intellectuelle dans la démarche du Sonic. Qui n’en fait pas moins partie des places to be citées l’été dernier dans l’article-du-Guardian-mais-si-t’as-vu.

Et puis surtout, c’est tout de même le seul lieu nocturne de Lyon qui a pu ajouter du Club Maté à sa carte sans perdre en crédibilité rock’n’roll, et ça n’est pas peu dire.

Et après ?

Quinze jours, cela ne paraît pas énorme de l’extérieur, mais comme l’explique Stéphane Bony, l’homme au bateau, dans le reportage de France 3 Rhône-Alpes consacré à l’anniversaire amer, ce sont près de 15 000 € de manque à gagner. Ainsi que des frais déjà engagés par les organisateurs de concerts et des groupes qui se sont retrouvés le bec dans l’eau en étant déjà arrivés à Lyon, comme Saroos, programmé samedi dernier. Cela signifie enfin continuer avec une épée de Damoclès au-dessus du pont quant à la suite.

À Pichenettes, on ne sait pas trop quoi penser de la proposition de Romain Blachier, élu du 7e arrondissement, qui propose d’accueillir le Sonic sur ses terres. Enfin plutôt sur ses voies fluviales. D’un côté, c’est une proposition qui nous plaît car elle met en lumière la situation du Sonic, et nous n’avons objectivement pas plus d’affinités que cela avec le 5e arrondissement. Nous ne doutons pas de l’intérêt sincère de Monsieur Blachier pour la culture locale et pour le dynamisme de son arrondissement, comme il l’a à de nombreuses reprises prouvé, et récemment encore dans son livre (pour tout dire, il y cite notre dessinateur dans ses autres œuvres, musicales celles-ci ; il a aussi plusieurs fois relayé nos manifestations). Néanmoins, nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur la possibilité d’un sursaut d’opportunisme politicien, d’une petite flatterie populiste qui nous retient de crier d’enthousiasme. Concrètement, que peut bien faire un élu municipal pour déplacer le Sonic et surtout lui assurer de bonnes conditions d’exercice et des relations sereines avec la Préfecture ? On vous laisse vous faire votre propre opinion.

Il faut enfin mentionner la solidarité locale qui a permis à certaines dates de ne pas être annulées, notamment grâce au Croiseur dont l’activisme DIY de ces derniers mois et l’accueil de programmation bruyante nous plaisent de plus en plus. Lyon la nuit, ça n’est pas encore fini !

Mais alors, amis des nuits en rouge et noir, on fait quoi ?

Screenshot - 21042016 - 17:07:20Une pétition a été lancée il y a quelques jours par la solide fanbase du Sonic AKA Bertrand, et a déjà réuni plus de 7000 signatures.

Les plus riches d’entre vous peuvent participer à la cagnotte proposée ici (lors de la rédaction de cet article, le montant réuni s’élevait à 666 €. Coïncidence ? Nous ne croyons pas).

Le Transbordeur accueillera jeudi 28 avril le concert de Michel Cloup Duo et Matt Elliott, initialement programmé au Sonic par Les Briques du Néant, pour en faire une soirée de soutien. On y sera !

Et enfin, continuez à sortir, à aller écouter du bon son, à faire vivre les lieux que vous aimez.
Support your local scene !

Un commentaire

  1. Bonjour

    oui il y a de l’opportunisme de ma part : je saisi l’opportunité de la situation pour tenter de récupérer le sonic. Je n’ai pour ma part rien à gagner que du travail en plus. Mon pouvoir personnel n’y est pas fort mais le sonic est d’accord. Concernant la marge politique elle existe: elle est simplement bloquée pour l’instant par la compexité administrative de la législation sur les fleuves. Mais on essaye d’y arriver.

Laisser un commentaire