[Pichenettes Ciné-Club] Zéro de conduite (1933)

Projection du mercredi 21 septembre 2016, en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

Synopsis :
4bfe04503ecd47621d49daf09f0b9e49Les vacances se terminent et il est temps pour les enfants de revenir au collège, un lieu sans joie où les professeurs, des adultes obtus, leur infligent des punitions sévères et les privent de liberté et de créativité. Quatre d’entre eux, punis avec un « zéro » de conduite, décident de se rebeller, avec la complicité d’un nouveau surveillant, Huguet, plus proche de la mentalité des jeunes que de celle des autres adultes.

Fiche technique :
Réalisation : Jean Vigo
Scénario : Jean Vigo
Pays : France
Durée : 42 minutes
Distribution : Jean Dasté, Robert Le Flon, Delphin, Louis Lefèbvre, Gérard de Bédarieux…
Musique : Maurice Jaubert

Jean Vigo, alors âgé de 28 ans, termine le tournage de Zéro de conduite en 1933, petit film financé par Jacques-Louis Nounez, un Niçois cinéphile en mal de fraîcheur, lassé par l’académisme du cinéma français. Soumis à une commission de grands pontes dès sa première projection, le film est interdit car jugé « anti-français » et portant atteinte aux bonnes mœurs. Il ne recevra son visa d’exploitation qu’en 1945 à la Libération.

Premier film à avoir été interdit par la censure française, pressée par les curés furibonds de voir leur autorité ridiculisée, il deviendra par-là-même le petit film culte des ciné-clubs, apprécié pour sa poésie à la saveur libertaire et pour ses fantaisies techniques, influencées par le surréalisme.
C’est qu’on s’emportait facilement à l’époque ! Dans une scène du film, un enfant chahute, sa chemise de nuit se soulève, dévoilant son sexe d’enfant. On crie au scandale, à l’obscénité. Les caresses un peu trop appuyées d’un professeur suggérées, la bassesse d’un surveillant voyeur et voleur mise en scène, le désir de puissance rapace d’un directeur moqué, et l’on monte sur ses grands chevaux, en appelant à la censure pour « dénigrement de l’instruction publique ». À l’époque et aujourd’hui encore, les grandes instances religieuses et étatiques redoublaient d’effort et de partialité pour protéger leur autoritarisme bien en place contre toute forme de liberté ou d’expression de révolte, si infime ou symbolique soit-elle, comme l’image de cet enfant dans le film, petit anarchiste en herbe, qui brandit le drapeau noir qu’il a lui-même confectionné.

Le film de Jean Vigo n’est pas tout à fait innocent bien sûr, pas tout à fait naïf, même si les lacunes formelles et techniques lui en donnent les apparences. Sous les traits poétiques et délicats de l’enfance qui se rêve désentravée, Zéro de conduite est un petit brûlot bien senti qui ne mâche pas ses mots, pourrait-on dire : l’esprit de révolte s’incarne à travers ces enfants, grossiers, vivants, fiers déjà, mais presque innocents parce qu’enfantins. Ils s’opposent aux adultes pantomimes, figures hiératiques et coincées, contraints par leur autoritarisme au ridicule, quand ils sont confrontés à l’anticonformisme de ces jeunes diables en quête d’indépendance. Ils sont les dindons de la farce, pétris de vices et de singeries, juste bons à être renversés par le tourbillon jubilatoire de la révolte qui s’élance.
Le surveillant Huguet qui fait le poirier sur son bureau, qui imite Charlot pour amuser la galerie, est le seul à sauver la face de cet âge adulte rigide. Il propose aux spectateurs nostalgiques un personnage auquel ils peuvent s’identifier : un homme souriant qui prend le parti de l’enfance en considérant leurs bêtises innocentes comme de bien justes expériences.

Zéro de conduite est un film empreint d’un esprit de révolte certain, anarchiste et caustique, surréaliste, faits de trucages et de bouts de ficelles, pétri d’une poétique de la légèreté, comme en témoigne en apothéose la scène de la bataille de polochons : le ralenti fige les plumes et les sourires de cette procession enfantine, sublimée par la musique de Maurice Jaubert. Le temps, dilaté, est celui de l’innocence exaltée, de l’insouciance retrouvée.

Malgré sa carrière fulgurante, Jean Vigo, mort à 29 ans, aura laissé des traces : un Institut Jean Vigo à Perpignan, cinémathèque associative dédiée à la recherche sur le cinéma, un prix Jean Vigo, qui récompense depuis 1951 les films s’étant distingué pour leur indépendance d’esprit, l’originalité de leur style et la portée sociale et humaine de la réalisation, et enfin deux courts métrages, un long l’Atalante, et Zéro de conduite, premier film censuré en France, le plus longtemps (12 ans), et moyen-métrage de ciné-club devenu culte qui inspirera nombre de films de la Nouvelle Vague, comme Les 400 coups de Truffaut.

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