[Pichenettes Ciné club] Sita Sings the Blues de Nina Paley (2009)

Projection du mercredi 13 avril 2016 en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

SynopsisSita_STB_Poster (2)
Sita, déesse indienne et épouse dévouée, est répudiée par son mari, Rama. La réalisatrice Nina Paley dresse un parallèle entre sa vie et celle de Sita quand son propre mari, installé en Inde, met fin à leur mariage par e-mail… Adaptation musicale du Râmâyana, célèbre épopée de la mythologie indienne, Sita chante le blues mêle tragédie ancienne et comédie contemporaine. Singes volants, monstres et dragons, dieux et déesses, bulbes oculaires ailés sont chorégraphiés avec la musique d’Annette Hanshaw, chanteuse jazz des années 20.

Fiche technique
Réalisation : Nina Paley
Scénario : Nina Paley, d’après le Râmâyana de Valmiki
Pays : Etats-Unis
Durée : 82 min
Distribution : Annette Hanshaw (chansons), Aseem Chhabra, Bhavana Nagulapally et Manish Acharya (narrateurs ombres chinoises), Reena Shah (Sita)
Prix : Cristal du long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy, en 2008 et un Ours de cristal « mention spéciale » au Festival de Berlin 2008.

On dit qu’un film est « tombé » dans le domaine public quand son auteur est mort depuis plus de 70 ans, pour ce qui est de la législation française (50 ans au Canada). D’autres films, plus récents et dont les auteurs sont encore bien vivants sont parfois, quant à eux, « placés » dans le domaine public. Pour ces cas particuliers et plutôt rares il faut bien le dire, l’auteur a renoncé à ses droits et fait don de son œuvre au public (ce qui n’empêche pas certaines restrictions imposées par les subtilités mesquines de la législation). C’est le cas du film d’animation Sita Sings the Blues, écrit, réalisé, animé et monté par Nina Paley en 2005, et défendu comme un film libre de droits par la réalisatrice elle-même. En effet, Nina Paley, fervente protectrice de l’art et de la culture libres, a tout fait pour que son film soit vu par le plus grand nombre et par toutes les bourses (à l’origine placé sous licence libre Creative Commons CC-SA, Nina Paley l’a placé en 2013 sous licence CC-0 “Public Domain”, permettant la libre distribution, la copie et la modification de son œuvre).

Le film n’a pu être montré dans les festivals qu’en 2008 et proposé en DVD qu’à partir de 2009. La faute aux ayants droit d’Annette Hanshaw, chanteuse de jazz des années 1920 dont onze morceaux ont été intégré au scénario et à l’animation du film à tel point qu’ils en sont indissociables. Sautant sur l’occasion de se remplir les poches, ces derniers ont réclamé des sommes astronomiques à la réalisatrice, plutôt que de profiter humblement d’une publicité gratuite et de qualité sur leur poule aux œufs d’or qui était effectivement tombée non dans le domaine public mais plutôt dans l’oubli. Après trois années de négociations et une somme réunie de 50 000 dollars grâce aux nombreux dons de soutien récoltés, le film a enfin pu trouver le chemin des écrans et son public, récoltant au passage louanges et prix dans divers festivals. Nina Paley a eu le don, par son engagement pour la culture libre de cibler les absurdités d’un système juridique qui, en l’occurrence, a protégé et récompensé de stériles profiteurs plutôt que la création artistique, et qui plus est désintéressée. Voici ce qu’elle exprimait dans un communiqué daté de 2009 : « Cher public, je t’invite à distribuer, copier, partager, archiver et montrer Sita Sings the Blues. Il provient de la culture partagée, et retourne à la culture partagée ». Qu’elle en soit vivement remerciée et, nous l’espérons, appréciée à travers le film qu’elle nous offre aujourd’hui.

Sita Sings the Blues raconte l’histoire de Sita, déesse indienne et épouse du Prince Rama, tirée d’une fameuse épopée de la mythologie indienne, le Râmâyana. Nul besoin ici de résumer l’intrigue puisque le film le fait avec clarté et de plusieurs manières. Nina Paley met en effet au service de sa narration quatre techniques d’animation différentes, qui s’avèrent apporter à chaque fois un axe de vue différent sur l’histoire, de la narration simple à l’interprétation en passant par le commentaire.

La première technique consiste à retranscrire des épisodes dialogués du Râmâyana en présentant les personnages peints de profil, imitant le style de la peinture râjput du XVIIIe siècle, souvent employée pour illustrer des manuscrits d’épopées comme celui du Râmâyana. En parallèle à cet aspect formel très traditionnel, les dialogues, modernisés, sont souvent ironiques ou anachroniques créant ainsi un décalage qui ne manque pas d’humour.
Il en va de même pour la deuxième technique utilisée dans le film, celle du théâtre d’ombre traditionnel indonésien. Trois personnages commentent l’épopée de Sita, oscillant entre didactique, polémique et ironie, tandis que leurs propos sont illustrés par des compositions photographiques en arrière-plan.
La troisième technique est celle du dessin vectoriel utilisé pour les séquences de comédie musicale. Cette technique, en plus de donner du rythme à l’action, a permis à la réalisatrice de synchroniser au mieux la gestuelle des personnages avec la musique. Sita prend la voix de la chanteuse de jazz Annette Hanshaw et exprime sa propre histoire à travers ses chansons.
La dernière technique, utilisée pour narrer l’histoire personnelle de la réalisatrice, est celle d’un dessin tout juste esquissé, comme un brouillon, et animé traditionnellement selon la technique du Squigglevision, sorte d’ondulation imprimée aux contours des formes.

Ces quatre techniques permettent, via la différence formelle, de mettre en parallèle plusieurs histoires, points de vue et personnages tout en accentuant les aspects qui les distinguent. Mais les quatre niveaux de lecture finissent par se rejoindre pour tendre à l’universel, par le biais du chant, de l’expression de la mélancolie et de l’amour et ce, malgré les siècles, les cultures et les techniques d’animation qui les séparent.

Les courts-métrages de Nina Paley sont diffusés sur sa page Viméo : https://vimeo.com/user2983855
Le blog de la réalisatrice : http://blog.ninapaley.com/

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.