[Pichenettes Ciné-Club] Les Dieux du Stade (1938)

Projection du mercredi 7 février et du mercredi 20 juin 2018 (pour la deuxième partie) en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

Très impressionné par le travail et l’esthétique de la réalisatrice sur Le Triomphe de la volonté, premier grand film de propagande du régime, Hitler demande à Leni Riefenstahl de réaliser une œuvre sur les Jeux olympiques qui vont démarrer à Berlin. Cette œuvre devra permettre au monde entier de prendre la mesure de la puissance nazie et de la supériorité de la race aryenne au travers du sport. 300 techniciens, 40 cameramen, 15 jours de tournage, 18 mois de montage… Pour un budget de près de 2 millions de Reichsmarks.

 

Mais pourquoi donc un site comme le nôtre propose-t-il la diffusion d’un film de propagande nazie ?

Déjà parce qu’il s’agit d’un très grand film. A la fois prouesse technique, novateur et fondateur, au-delà des opinions politiques de ses financeurs. Un véritable chef d’œuvre artistique.

Les moyens considérables offerts par le régime nazi permettent à la réalisatrice de filmer les athlètes  pendant les épreuves, en multipliant les innovations : vue aérienne filmée depuis un ballon, caméra catapulte, rails de travelling, caisson permettant de filmer sous l’eau, trous dans les structures pour renforcer l’effet de puissance et de contre-plongée…  C’est un documentaire, c’est aussi un film puisque les athlètes rejouent certaines séquences pour masquer la fatigue ou les ratés de la prise en direct. C’est une œuvre unique en son genre.

 

Ensuite, parce que le message politique n’est pas aussi clair qu’il n’y parait. Un professeur d’Histoire qui n’avait probablement jamais vu le film avait raconté à notre classe que les scènes avec Jesse Owens, l’athlète noir américain qui a survolé les épreuves de sprint, étaient coupées pour glorifier uniquement les scènes avec les athlètes aryens. Il n’en est rien. Jesse Owens traverse le film comme il a traversé les Jeux de 36. En héros. Leni Riefenstahl a su savamment doser ses séquences pour satisfaire la censure. Mais il est injuste de ne voir ce film que sous l’angle nazi. La réalisatrice réalise un film à la gloire de l’Homme, de l’Athlète, de tous les athlètes.

 

Enfin, et surtout, voir les Dieux du Stade aujourd’hui, ce n’est pas seulement voir un document historique. Ce film est le précurseur de la diffusion moderne du sport. Les moyens inventés par Leni Riefenstahl sont désormais au service de toutes les télévisions. C’est la démonstration de la puissance de l’image et du rôle de celle-ci pour le pouvoir.

 

« Si vous êtes un idéaliste, vous y verrez de l’idéalisme ; si vous êtes un classique, vous verrez dans ses films une ode au classicisme ; si vous êtes un nazi, vous y verrez du nazisme. » Jonas Mekas

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