[Pichenettes Ciné-Club] Le Sel de la Terre (1954)

Projection du mardi 25 octobre, en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

Synopsis :salt-of-the-earth-1954-film-images-7134ac4a-7e0c-40b3-ba62-d11e81080e3
Des mineurs mexicano-américains luttent pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Lorsque les ouvriers se voient interdire, par un tribunal, de continuer la grève, leurs épouses et leurs filles décident de tenir les piquets de grève à leur place.

Fiche technique :
Réalisation : Herbert J. Biberman
Scénario : Michael Wilson
Produit par : Paul Jarrico
Pays : États-Unis
Durée : 92 minutes
Distribution : Rosaura Revueltas, Juan Chacon

Les trois compères Biberman, Wilson et Jarrico furent, en 1950, parmi les artistes hollywoodiens à être inscrits sur la liste noire de la Commission des activités anti-américaines et Biberman fera même partie des « Dix d’Hollywood » à être emprisonnés pour communisme. En plein maccarthysme, il ne fait pas bon montrer ses opinions politiques à l’écran. Pourtant, en 1954, le trio récidive et réalise Le Sel de la Terre, un film racontant le quotidien de mineurs latino-américains, à des années-lumière de ce que produit habituellement Hollywood.

Le film commence par l’histoire d’une grève, celle de Mexicains devenus Américains suite à l’annexion de leur territoire par les USA. La grève est provoquée par un terrible accident dans la mine mais est rapidement jugée illégale. C’est alors que le film prend tout son intérêt et son originalité. Puisque les hommes ne peuvent plus manifester, ce sont leurs femmes qui tiendront le piquet, donnant lieu à une véritable crise de virilité de la part des maris, impuissants, devenus hommes au foyer. De film social, Le Sel de la terre devient film féministe. A noter par ailleurs que Rosaura Revueltas, l’héroïne, est l’une des seules professionnelles au casting, les autres protagonistes latinos étant des amateurs, qui sont vraiment mineurs dans la vraie vie. Là encore, on ne s’attendait pas à ça pour un film hollywoodien des années 50, où le héros « révolutionnaire » est normalement blanc, chemise ouverte, tétons dorés au vent et ressemblant le plus possible à Kirk Douglas.

Esthétiquement, Le Sel de la Terre est à rapprocher du néo-réalisme italien. Que ce soit lors des réunions de grévistes, ou quand il s’attarde sur le paysage désertique du Nouveau-Mexique, Biberman privilégie les plans larges et l’éclairage naturel : c’est beau, c’est pas (tout le temps) du studio et Le Sel n’a définitivement rien du film hollywoodien.

On s’en doutait, le film a été boycotté par les salles américaines et n’est finalement sorti qu’en 1965 aux États-Unis. Mais en dix ans, Le Sel de la Terre a eu le temps de traverser l’océan atlantique et même le rideau de fer. Un film sublime.

Frrnt

Dessinateur, permis B, nul aux échecs!

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