[Pichenettes Ciné-Club] Le fond de l’air est rouge (1977)

le-fond-de-l-air-est-rougeScènes de la Troisième Guerre mondiale (1967-1977)

Projection de la première partie le mercredi 16 novembre 2016 et de la seconde le 18 janvier 2017, en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

Synopsis :
Film exclusivement constitué d’images d’archives et qui retrace l’émergence de la Nouvelle gauche et des mouvements contestataires à l’échelle du monde

Fiche technique :
Réalisation, scénario, production : Chris Marker
Pays : France
Durée : 2 x 90 minutes

« Les véritables auteurs de ce film sont les innombrables cameramen, preneurs de son, témoins et militants dont le travail s’oppose sans cesse à celui des pouvoirs, qui nous voudraient sans mémoire. »

Film documentaire réalisé exclusivement avec des images d’archives, des chutes de reportage, des extraits de films personnels, Le fond de l’air est rouge est à  la fois l’histoire des luttes politiques des années 60 et 70 et en même temps, un regard sans concession de Chris Marker sur les échecs de l’ensemble de ces combats.

« Tous ont échoué sur les terrains qu’ils avaient choisis »

Ce film est bien plus qu’un documentaire, c’est un hommage à la révolte. Celle des peuples martyrisés, celle des ouvriers, celle des étudiants, celle que l’on ressent tous en regardant la première scène du film, avec ce soldat qui décrit, avec un plaisir pervers totalement assumé, les bombardements au napalm et les mises à morts des Vietnamiens.

Ce qui frappe en premier dans ce film, c’est la violence des forces réactionnaires, c’est la brutalité policière, la haine dans les yeux de l’Autorité. Aujourd’hui, cette violence assumée serait inimaginable. Mais ce qui frappe ensuite, c’est que les souffrances des peuples, elles, n’ont pas changées. Notre société s’est débarrassée de sa violence visible pour la remplacer par le cynisme, le marketing et la communication politique.

La première partie laisse place à l’espoir, la seconde, nettement moins. Du Vietnam, qui cristallise toutes les colères du monde, jusqu’à la chute d’Allende au Chili qui symbolise la fin des espérances, Le fond de l’air est rouge nous raconte ces tentatives pour réinventer la révolution.

Dans le premier film, on s’arrête sur la beauté de l’insurrection, notamment avec une chronique fascinante du mois de mai en France, que Chris Marker interprète comme une métaphore de tout ce que cette période a porté comme espoirs et comme trahisons. Espoir d’un monde meilleur, espoir d’une convergence des luttes, espoir d’une révolution mondiale. Trahison idéologique d’un modèle socialiste déjà périmé, trahison des syndicats et des partis de gauche, trahison des élites.

Le second film raconte les deux grandes trahisons des deux grandes puissances qui détruisent les deux tentatives de renouveau démocratique. Prague 68, abattue par l’URSS et le Chili 73, assassiné par la CIA.

Prague, c’est la fin de l’espoir d’un socialisme démocratique. La compréhension que Castro n’est pas le révolutionnaire romantique espéré dans la première partie du film, mais bien un cynique qui justifie les crimes de Brejnev.

Le Chili, c’est le crime qui symbolisera à jamais  le mépris des Etats-Unis pour les peuples et la capacité de l’occident à sacrifier ses valeurs pour la défense de ses intérêts, aussi petits soient-ils.

Mais ce film n’est pas seulement l’histoire des échecs et des souffrances. Il est un manuel pour les insurrections à venir. Il est un hommage à la nouvelle gauche, celle qui se met entre les flics et le service d’ordre de la CGT en manif, celle et ceux dont « c’est quand même leur passage qui a le plus profondément transformé les données politiques de notre temps ». Les gauchistes, les anarchistes, les situationnistes, les libertaires… Tous ceux que détestent aussi bien les réactionnaires que les staliniens et qui le leur rendent bien.

Ce que nous raconte ce film, c’est que ce qui compte, ce n’est pas la réussite ou l’échec, ce qui compte c’est la lutte. Ce n’est pas le résultat de la grève, c’est toute la vie que permet celle-ci. C’est « la grande kermesse » dénoncée par la CGT.

Le Fond de l’air est rouge est aussi une réflexion sur le film documentaire, sur l’image, sur ce que l’on montre et ce que l’on filme. Une réflexion sur la forme qui a accompagné Chris Marker tout au long de sa vie, de La Jetée jusqu’à Level 5.

________________

Toutes les citations sont de Chris Marker.

Laisser un commentaire