[Pichenettes Ciné-club] La Classe américaine de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette

Projection du mercredi 30 janvier 2019 en partenariat avec AOA Prod et le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

A l’origine, La Classe américaine était une idée de détournement qui devait servir d’annonces après que Canal a programmé en 1993 (le XXe siècle !) une série de films de la Warner à l’occasion des 70 ans du producteur. Hazanavicius et Mézerette se collent au boulot en créant un film entier à partir d’extraits et en engageant pour le doublage des comédiens spécialisés. Pour des raisons de copyright le film ne sortira jamais dans le commerce. Cependant, comme le copyright est un mythe qu’on raconte aux enfants le soir dans les tréfonds des forums de torrents, il se retrouve en top qualité numérique sur les internets mondiaux.

Les joueuses et joueurs de GTA IV se rappelleront de cette réplique : « On va manger des chips, t’entends ? Des chips ! ». J’étais resté cloué, hilare de découvrir dans un jeu AAA une référence obscure à un OVNI cinématographique. La renommée de Georges Abitbol, le personnage principal du film, avait-elle atteint les rives du monde entier, ou un scénariste taquin de chez Rockstar avait-il le bon goût d’être français ? A la lecture de liste des références de Wikipédia (oui chez Pichenettes l’investigation c’est notre passion), il semble qu’au minimum, tous les scénaristes de jeux vidéos soient passés par cette étape essentielle de la culture des jeunes trente-quarantenaires d’aujourd’hui.

Essentielle, oui. Dans un monde de réseaux sociaux en 240 caractères la punchline est reine et La Classe américaine fait partie du trousseau de la princesse. Entre néologisme foutraque, absurdité gratuite et grossièreté assumée l’ensemble du script peut être réutilisé à toutes les sauces pour produire les ricanements de son audience. Personne n’a encore réussi à battre « monde de merde » au panthéon de la punchline, et ceux qui ne me croient pas sont des dinosaures partouzeurs de droite.

A l’instar de Astérix et Cléopâtre ou OSS 117 (tiens, encore Hazanavicius. Coïncidence ?), sortir des répliques de Peter et Steven sur le journalisme total est un signe de reconnaissance, un marqueur social et culturel qui permet en quelques mots clefs – partouzeurs de droite, monde de merde, ouiche lorraine – de briser la glace en s’identifiant comme étant de bon goût. Le conseil tient toujours : si vous avez des amis étrangers qui hésitent à faire de l’humour en français et qui se sentent un peu perdus en soirées, faites-leur voir La Classe américaine. Les Français sont assez peignes-cul en matière culturelle, et méprisants envers ceux qui n’ont pas la référence… Mais si quelqu’un leur répond « Georges est un fasciste de merde » alors qu’ils sont en train de parler de Georges Clooney, c’est dans la poche.

Des emmerdeurs vous diront que par ailleurs le film est une ode au cinématographe et que je n’en parle pas, mais vous pouvez les ignorer et reprendre de la mousse au chocolat.

NDLR : AOA prod a l’habitude d’organiser des soirées détournements au Périscope depuis quelques années et on leur a inopinément piqué le concept en projetant ce flim. Pour éviter tout incident diplomatique, la projection sera co-présentée par AOA et précédée d’un montage retraçant l’histoire du détournement, réalisée par AOA prod. AOA nous mettra par ailleurs à disposition une version remasterisée de La Classe américaine ! Nous projetterons également Derrick contre Superman, le premier détournement d’un petit quart d’heure d’Hazanavicius et Mézerette.

Mathieu

Chef d'autogestionnés

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