[Pichenettes Ciné-club] Grands soirs et petits matins (1978)

Projection du mardi 15 mai 2018 en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

 

Mai 68. Au cœur des événements, les étudiants demandent à William Klein, artiste américain aux talents multiples et qui s’essaie depuis quelques années au cinéma, de filmer les événements auprès d’eux. Pour témoigner des grands moments, du quotidien, des idéaux et surtout des débats.

 

Fêter 68 ?

En diffusant ce film, nous souhaitons célébrer, à notre manière, le cinquantenaire de la révolte étudiante et ouvrière de 1968. Il serait trop long ici de raconter les événements, aussi bien en France que dans la plupart des pays occidentaux et même dans le bloc communiste. Toutefois, il nous parait pertinent de se demander pourquoi il faudrait se souvenir de (fêter ? commémorer ?) mai 68.

Grands soirs et petits matins apporte la réponse à cette question. Film bavard, où se croisent les grands noms du mouvement (Cohn-Bendit, Geismar…) et les inconnus sublimes (le garçon de café de l’Odéon), où l’on assiste aux espoirs et aux déceptions de cette jeunesse, symbolisés par la scène devant les grilles de l’Usine Citroën et où on assiste aux barricades comme si on y était. Bref, 1h30 de condensé de ce mois qui a, à la fois, tout et rien changé.

Car c’est bien ça, le point crucial de 68. Cela n’a pas été la révolution. Les patrons sont toujours des patrons, les partis, les syndicats et les leaders étudiants sont rentrés dans le rang et il n’est toujours pas interdit d’interdire et pourtant, plus rien ne ressemble à la société d’avant.

En diffusant ce film, c’est ce petit message que nous voulons faire passer. Ce qu’a renversé 68, c’est l’ordre établi. C’est la morale qui interdisait aux garçons et aux filles de se croiser dans les dortoirs. C’est l’autorité, absolue et injuste, du père, du professeur et du curé. C’est la société patriarcale, violente et autoritaire qui a vu sa carapace fendue.

Sauver 68

50 ans après, l’heure est à la remise en cause de 68. A droite, on explique que c’est la base de tous les maux de la société. A gauche, on critique l’embourgeoisement des soixante-huitards.  En même temps, à chaque mouvement étudiant, on rêve ou on craint un nouveau 68. A chaque assemblée générale, on appelle à renverser le capitalisme.

Pourtant, alors que la situation sociale est sensiblement plus dégradée qu’il y a 50 ans et que cheminots et étudiants parlent de convergence des luttes, le mouvement social semble encore plus limité que ses prédécesseurs.

Ce dont témoigne Grands soirs et petits matins, c’est de la sincérité de ses acteurs. Personne n’a décidé un matin de faire la révolution. Tous ceux qui ont essayé de récupérer le mouvement s’y sont cassé les dents. La colère de 68 venait de loin, du plus profond des âmes d’une jeunesse brimée et d’une société cloisonnée et a avant tout été un grand cri de liberté.

C’est cet héritage que nous voulons célébrer.

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