Mode d’emploi #2 : Star Wars

Cette année, Noël tombe un 16 décembre. Peu importe que le monde s’effondre, peu importe les élections, peu importe les fous furieux, la foule intergénérationnelle, intersexuelle et intergalactique des fans de Star Wars ira dans les salles de cinéma prendre sa dose de tôle froissée d’un X-Wing crashé dans un marais, d’odeur de viande grillée au blaster et de sable de Tatooine coincé dans les rouages d’un droïde. Tant qu’il restera de la lumière, on pourra faire passer devant 24 feuilles par seconde et ça nous donnera peut-être un peu de répit.394

Ce mode d’emploi s’adresse aux plus primitifs d’entre vous qui ignorent tout de ce que représente Star Wars, ou pour les plus sophistiqués qui se croient intelligents en cherchant des prétextes politico-culturels pour le rejeter dans les méandres de la beaufitude. Star Wars, c’est un rêve d’enfant, mais qui continue à bercer les nuits des adultes. C’est une mine de références culturelles, une passerelle vers les œuvres du passé et de l’avenir. Et comme tout objet de culte, il est jalousement gardé par des fous furieux qui n’hésiteront pas à débattre avec vous pendant des heures du bien-fondé de leur position. Comment donc éviter de se faire arracher les bras par un fan enragé beuglant un cri d’ours brun mâtiné de sons de morses, de lions et de blaireaux ? Comment survivre à une séance de cinéma entouré d’adultes couinant à l’apparition d’un vaisseau spatial ? Pichenettes ne vous félicite pas de votre manque de culture mais va vous donner des clefs pour sauver votre peau.


Le film de Schrödinger

Tant que le film n’a pas été visionné, il est à la fois bon ET mauvais. Toute tentative d’imposer un point de vue avant est nulle et non avenue. Peu importe qu’il soit mauvais. C’est un Star Wars, il a donc les éléments fondamentaux pour transformer la plus sombre merde en un objet de culte. Des sabres laser putain. Vos remarques sur Episode 1 ont déjà toutes été faites par votre interlocuteur, et en pire, parce qu’il l’a vu quinze fois. Il sait donc mieux que vous ce qui est merdique dedans. Mais ça ne l’empêchera en rien de le revoir, ne serait-ce que pour la course de pods. Star Wars, c’est quantique. En revanche, ma main dans ta gueule, c’est du Newton.


Trek en pays alpin

Si vous n’avez absolument aucune notion de ce qu’est un débat saignant, vous avez deux solutions pour le découvrir. Soit vous allez dans une réunion EELV avec un T-shirt de Jean-Vincent Placé, soit vous évoquez à haute voix que J.J. Abrams a réalisé des Star Treks. Les trekkies, c’est le Mal. Je conçois qu’on puisse aimer Star Trek mais il est absurde de s’en revendiquer depuis 1979, année de la ringardisation définitive de Cosmos 1999.


Empire d’urgence

Attention les amis, c’est l’état d’urgence et les salles de cinéma sont dangereuses. Rien à voir avec le vote des pleins pouvoirs au Chancelier Palpatine, qui réduisait les pouvoirs du Sénat de la République galactique pour lutter contre la menace séparatiste. Si vous croisez un stormtrooper (les armures blanches), ne l’approchez pas seul. Il dissimule un fan enragé qui vous menacera avec un blaster si vous faites un pas de trop. Laissez la police faire son travail (même déguisement, mais en noir avec écrit « Police » dessus). Voici des exemples de scènes que vous risquez de voir:hC070E5F5

  • Quoi ? Comment ça j’ai pas le droit de rentrer avec mon sabre laser ? Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ? Et mon droïde aussi je dois le laisser à l’entrée ? Fasciste impérial ! Laquais de Palpatine ! Va sucer des Hutts espèce de chair à Bantha !

Le Spoil de la Morttpl_moms_image_luke_no

Le fait que rien ne filtre avant la sortie n’est pas qu’une stratégie commerciale. C’est un respect religieux et médical. Religieux, parce qu’on ne déconne pas avec la sainte Église Jedi (véridique). Médical, parce que vous pouvez y perdre un bras et envoyer quelqu’un au Vinatier. Spoiler du Star Wars, c’est comme révéler à un enfant de quatre ans que le Père Noël n’existe pas. C’est de l’ordre de la violence symbolique. C’est du terrorisme mental ou du vote Front National, ça ne se fait pas. Ce point Godwin vous est offert par la 501e légion impériale.


Darth-Vader-I-FIND-YOUR-LACK-OF-FAITH-DISTURBINGT’as pas réparé l’hyperespace ?

La plus conne des réflexions vient des plus intellos et concerne la science-fiction en général: « Star Wars est irréaliste ». THANKS CAPTAIN OBVIOUS. Exemple: un laser, c’est un faisceau de lumière, qui par définition ne peut pas s’interrompre dans le vide. Oui. Une seule réponse est valable : retournez visionner vos films réalistes finlandais qui détaillent avec violence et profondeur la vie quotidienne des éleveurs de rennes autochtones dans leur lutte permanente contre les forces implacables de la Nature. Certes, c’est irréaliste. Comme la Bible. Vous y croyez, vous, à la blague du mec qui guéri par imposition des mains? Au buisson qui brûle sans vraiment brûler? Ou comme Zola. Vous y croyez, vous, qu’un type s’est fait chier à décrire pendant dix pages l’herbe qui bouge au gré du vent? C’est pas crédible, et pourtant des gens aiment ça. Étonnant, non?


Régionales galactiques

Si vous vous retrouvez dans un débat politique entre deux Waries, adoptez la technique bien connue dite de « la fuite ». Un mot de trop au court d’une discussion sur l’aspect monacal rétrograde de l’Ordre Jedi face au modernisme violent des Sith ou une question posée lors d’une conférence débat sur « L’Empire Galactique de Palpatine, un État fasciste ou stalinien? » pourrait aboutir à de violents maux de tête consécutifs à l’avalanche d’arguments qui vous seraient alors déversés sur la gueule. De la même manière, seuls des professionnels sont en effet capable d’analyser en profondeur le fonctionnement de la Rébellion en se basant uniquement sur la scène du briefing de Mon Mothma en gardant leur sérieux et leur santé mentale. Ne vous risquez pas à ce genre de cascades avant d’avoir vu l’intégralité des films, séries et jeux vidéos et compulsé au moins la moitié de l’Univers étendu aux éditions La Pléïade.

Bon c’est pas tout ça mais plus que 24 heures. À jeudi.


BONUS : Quelques éléments à connaître pour pécho au ciné mercredi prochain

3263827 : C’est le numéro du compacteur d’ordure de la première Étoile Noire.

Greedo : C’est bien Han Solo qui a tiré le premier. Peu importe que vous compreniez ou pas, c’est la réponse.

Ewoks : Non. Non et non. Les Ewoks ne sont pas des petits Wookies. Et ils ne sont pas mignons. La preuve: Le Vaisseau spécial (7/12) : la menace ewok (Frank Bellocq).

Traduction : On dit Faucon Millenium et pas Millenium Condor. Et Chewie ne répond pas quand on l’appelle Chico. Vador n’est pas Dark. Il est Darth. Et en plus c’est Vader. Non mais sans déconner, regardez les VO quoi. Écoutez le Pop & Co de lundi pour comprendre.

Clones : Un Stormtrooper n’est pas un clone. Eh ouais.

Remasterisation : Vous voulez voir Han Solo marcher pépouze sur la queue du lézard le plus puissant de la bordure extérieure et tirer en second ? La réponse est non. Donc regardez les premiers épisodes en version originale.

Premiers : Les premiers épisodes sont ceux sortis avant. Mais qui parlent d’une histoire survenue après les derniers épisodes sortis. Le nouvel épisode est le premier de la suite de l’histoire sortie la première mais qui est après la seconde trilogie. Vous suivez?

Extended Universe: La vraie suite qui pète, quel que soit le résultat de ce film, c’est la Croisade Noire du Jedi Fou, de Timothy Zahn. Avec un méchant qui pète, l’Amiral Thrawn, un stratège de génie prêt à tout pour restaurer l’empire. C’est pas comme cette brutasse insipide et peinturlurée de Darth Maul, qui n’a d’intérêt que dans un seul épisode de Clone Wars. Je vous ai dit que c’est l’univers de Star Wars qui en fait tout son intérêt ?

I’ve got a bad feeling about this…

Mathieu

Chef d'autogestionnés

2 commentaires

  1. Oh mon dieu cet article est formidable chef.

  2. Ping :La reprise des lundis ciné – Pichenettes

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