Les 15 BD de l’année 2014

Environ 5000 titres, c’est le nombre astronomique de sorties annuelles que produit le neuvième art. Difficile dès lors d’avoir une visibilité claire sur ce qui sort, difficile pour les nouveaux lecteurs de trouver une porte d’entrée dans ce médium, et difficile pour les initiés de lire toutes les bonnes BD sorties dans l’année. Combien de tueries sorties cette année que je ne lirai jamais, la faute à leur remplacement rapide sur les rayons des librairies ? Je préfère malgré tout voir le problème autrement, 2014 a été riche en découvertes et en claques en tous genres prises au cours de mes lectures.

C’est pourquoi je propose ce top des lectures qui m’ont le plus marqué. J’ai essayé en le faisant de faire apparaître le moins possible de séries, sachant à quel point il est parfois décevant de lire que le tome X sur X+10 de telle série est bien et que pour le lire il faudra dépenser plus de cent balles et pas mal d’heures de lecture. C’est d’autant plus décevant quand, arrivé au bout du compte, on ne partage pas l’avis du posteur sur le titre… Il y a cependant bien sûr quelques séries présentées car il serait réducteur de ne citer que des histoires courtes. Les ouvrages présents appartiennent soit à la BD franco-belge, soit aux comics américains, le manga n’apparait pas étant donné mon inculture dans le domaine.

Voilà, vous aurez compris qu’en plus d’être subjectif ce top n’est pas exhaustif et a pour seule prétention de présenter mes lectures préférées de 2014, celles qui m’ont donné le plus de frissons et ont conforté ma passion pour l’art séquentiel.


15) Joe Hill & Gabriel Rodriguez – Locke & Key 6 – Alpha & Omega

2014 a été marquée par la conclusion de la série horrifique scénarisée par le fils de Stephen King. Locke & Key, c’est la série m’ayant fait le plus peur en BD, sentiment on ne peut plus difficile à faire ressentir au lecteur du neuvième art. C’est aussi l’histoire des enfants Locke qui essaient de se reconstruire suite à la disparition tragique de leur père, et un déménagement dans une maison de famille hantée. Locke and Key c’est enfin et surtout une des histoires les mieux découpées que j’ai vues, on ne peut être que béat d’admiration devant l’audace de la narration de Hill. On peut néanmoins regretter le fait que dans cette conclusion Joe Hill tente de donner une raison rationnelle à tous les phénomènes paranormaux des opus précédents, atténuant par là même la peur ressentie à leur lecture. Si cet ultime album est quelque peu attendu et décevant, il convenait de rendre hommage à cette immense série en citant sa fin dans mon top.


14) Jérémie Moreau – Max Winson

mwLe dessinateur du Singe de Hartlepool revient seul cette année avec ce fascinant dyptique en noir et blanc. Max Winson est le meilleur joueur de tennis de l’histoire, il écrase la concurrence et n’a jamais perdu un match de sa carrière. Il doit son talent à l’entraînement tyrannique qu’il a reçu de son père, et n’a jamais rien connu d’autre dans la vie qu’une raquette. Le monde du tennis est utilisé pour refléter notre société dans laquelle l’auteur regrette le règne de la compétition acharnée entre les individus, qui empêche les rapports plus humains. La métaphore entre monde du tennis et « vrai » monde est très bien filée, on ne peut que regretter le propos parfois un peu naïf. La mise en page est excellente, particulièrement lors des matchs de tennis, où le trait est parfaitement juste pour illustrer les frappes de balles. Tellement efficace, que le moins que l’on puisse dire est que Moreau a aussi bien réussit à dessiner le tennis que Vivès de l’avait fait pour la danse dans Polina.


13) Mark Millar & John Romita JR – Kick Ass 3

kaUne nouvelle série qui se conclut en 2014, et quelle série ! Kick Ass racontait les aventures d’un faux super-héros dans le vrai monde, un ado loser qui combattait son ennemi juré en pyjama, le Motherfucker, un autre ado attardé, le tout dans un comics hyper-violent et hyper vulgaire. Ce dernier tome reprend juste après le second, et revient sur les origines des protagonistes. Comme pour Locke and Key, cette conclusion n’est peut-être pas le meilleur tome de la série, mais elle méritait d’être citée. Cet album n’est pas pour autant mauvais, mais mes attentes étaient très hautes, étant donné que le second tome avait surpassé l’excellente surprise que constituait le premier.


12) Riff Reb’s – Hommes à la mer

rrAprès A Bord de l’Étoile Matutine et Le Loup des Mers, Riff Reb’s conclut sa série de one-shots d’adaptation de romans d’aventures sur la mer. Contrairement aux deux premiers albums, ici 8 histoires courtes sont adaptées, et agrémentées de commentaires de l’auteur sur l’œuvre originale ainsi que de superbes gravures. Le point commun entre ces histoires est le destin tragique des marins, soumis aux caprices de la mer. On y retrouve le dessin qui a fait le succès des précédents albums, et on apprécie l’originalité des histoires courtes.


11) Lupano & Panaccione – Un Océan d’Amour

oaS’il y a bien un auteur en vogue ces derniers temps, il s’agit de Wilfried Lupano, qui continue d’impressionner par son imagination et son intelligence après des opus comme Ma Révérence, Alim le tanneur ou encore Azimuts. Ici, un pêcheur breton pauvre se perd en mer au désespoir de sa femme qui l’attend à quai. Elle décide alors de retrouver son mari, à Cuba selon les dires d’une voyante qui sonde les crêpes. Un récit muet, servi par le dessin touchant de Panaccione.


10) Jeff Lemire – Trillium

trDeux histoires pour le prix d’une, l’une se déroule dans un futur où l’humanité a presque totalement été décimée, l’autre raconte une expédition Inca au début du XXième siècle. Une belle histoire d’amour sur fond de science-fiction, dans laquelle le livre doit être tourné et retourné pour différencier les deux différentes époques. Le dessin de Lemire est toujours aussi bon, et l’on ne peut que se réjouir de le voir travailler sur un one-shot. Les éditions Vertigo qui battaient de l’aile suite à des changements de direction éditoriale sont aujourd‘hui en train de reprendre du poil de la bête, avec cette histoire ainsi que les excellents Punk Rock Jesus (2013) et The Wake (présenté dans la suite de ce top).


09) Riad Sattouf – L’Arabe du Futur

afQue l’on se le dise tout de suite, depuis Persepolis, j’en ai marre de l’argument marketing qui consiste à comparer toute autobiographie d’un auteur ayant vécu sous une dictature avec le chef d’œuvre de Satrapi. Sauf que là, force est de constater que la comparaison parait pertinente. Si je ne me prononcerais que lors de la sortie du troisième et dernier tome de la série, ce premier opus est vraiment prometteur. Sattouf nous raconte sa petite enfance, entre la Bretagne, la Lybie et la Syrie. Le récit mêle à la perfection l’Histoire des pays, avec des pratiques parfois étonnantes (comme la décision de Khadafi d’abolir la propriété privée, qui mettra à la rue Riad et ses parents, délogés par de nouveaux occupants alors qu’il étaient partis en balade), avec l’histoire du petit Riad et de sa famille. Ce mélange subtil ne laisse qu’un regret à la fin, celui d’attendre la sortie des prochains tomes.


08) Manu Larcenet – Blast 4 : Pourvu que les Bouddhistes se trompent

blAvec ce quatrième opus, Larcenet conclut sa série sur le récit d’un clochard interrogé par la police dans le cadre du meurtre de sa copine. Hébergé par un schizophrène rencontré en hôpital psychiatrique, Polza raconte la fin de son voyage initiatique à la recherche du Blast, instant de bien-être et de légèreté ultime. Puis vient la conclusion, bouleversante. Certainement l’histoire la plus noire et dure jamais écrite par Larcenet, servie par un dessin en noir et blanc qui renforce la tragédie, tout en lui donnant le sentiment d’humanité profonde propre à l’œuvre de Larcenet.


07) Nick Dragotta & Jonathan Hickman – East Of West Tome 2

ewOutre-Atlantique, les éditions Image sont actuellement en train de créer un réel putsch, raflant la quasi-totalité des Eisner Awards 2013 et 2014, si bien qu’il n’est pas rare de voir une majorité d’ouvrages de l’éditeur dans les tops 10 annuels de comics. East of West fait partie de ces nouvelles séries stars faites par Image. On y suit le parcours de quatre cow-boys post apocalyptiques dans une Amérique futuriste. Ce second tome pose un peu plus l’univers déjanté des auteurs, dans lequel les graphismes sont à couper le souffle. A recommander chaudement à tous ceux désirant commencer une nouvelle série de comics !


06) Scott Snyder & Greg Cappulo – Batman Zero Year

zyAprès le lancement du New 52 DC en 2011, le géant américain a choisi cette année de raconter l’origine de tous les héros de sa mythologie. Et Batman n’a pas dérogé à la règle, malgré l’existence de l’excellent Year One de Miller, considéré par beaucoup comme LE début des aventures de l’homme chauve-souris. Pour tout avouer, j’étais moi-même réticent à cette idée, lassé des trop nombreuses histoires d’origine autour du héros. Sauf que là Snyder relève le défi de proposer une aventure aussi cohérente et excitante que Miller l’avait fait 25 ans auparavant. Un retour aux origines plus brutal, dans un Gotham méconnaissable et glauque comme jamais. On ne peut que saluer l’audace de cette nouvelle histoire !


05) Brian. K. Vaughan & Fiona Staples – Saga 3

saIl est toujours difficile de faire figurer une série dans un top BD, mais il serait injuste de se priver de citer cette merveille des comics contemporains. Cette œuvre de science-fiction a largement dépassé le petit cercle des lecteurs du neuvième art, et a attiré le grand public. Les numéros de cette année ont continué à poser l’univers et l’histoire imaginés par le créateur de Lost. A la fois touchantes et excitantes, les aventures des personnages de Saga sont à mettre entre toutes les mains.


04) Alex Alice – Le Château des étoiles

ceCertainement mon coup de cœur jeunesse de l’année. Alex Alice nous offre le premier tome d’un dyptique entre Jules Vernes, Miyazaki et les Mystérieuses Citées d’Or, et réussit le pari d’un nouveau style graphique en couleurs directes. L’histoire se base sur les croyances en astronomie de l’époque qui affirmaient que l’espace était plein d’éther, sorte d’énergie pure, bien évidemment prouvées fausses depuis. Mais comme le dit la page titre, « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ». Une aventure à la fois intelligente et passionnante dont le deuxième et dernier tome devrait voir le jour en 2015.


03) Brian Lee O’Malley – Seconds

secAprès le blockbuster Scott Pilgrim, O’Malley revient avec un one shot vendu dans un très bel objet. Les ingrédients qui ont fait le succès de Scott sont bien présents, on suit encore une aventure loufoque d’une post-ado qui n’a pas trop envie de grandir. L’aventure se passe au restaurant Seconds, que Katie, l’héroïne, a rendu célèbre dans toute sa ville grâce à sa cuisine. Suite à son succès, Katie est en train d’ouvrir en parallèle un nouveau restaurant et le moins que l’on puisse dire c’est que les choses ne se déroulent pas comme prévu. C’est alors qu’un esprit résidant à Seconds offre à Katie des champignons qui ont la propriété d’effacer les erreurs qu’elle aurait commise. Sauf que Katie abuse de ce nouveau pouvoir au point de ne plus rien contrôler de sa nouvelle vie. Un dessin simple mais efficace sert cette histoire étonnante.


02) Emily Carroll – Through the Woods

twUn recueil de 5 contes macabres, ayant pour lien le rapport au traumatisme des différents protagonistes. J’ai été subjugué par la profondeur et la tristesse qui émanent de cet ovni du neuvième art, servi par un dessin glauque, entre Keraskoët et Junji Ito. Plus encore, le lettrage du livre a ici toute son importance et constitue une troisième dimension, en plus du scénario et du dessin. Un livre à mettre entre toutes les mains, profondément déprimant et humain, mon coup de cœur en comics indépendants de l’année.


01) Scott Snyder & Sean Murphy – The Wake

waRécompensé aux Eisner Awards pour la meilleure série courte, The Wake n’est pas seulement une Bd d’horreur parfaitement mise en scène, au carrefour entre The Descent et Alien. Si les auteurs réussissent le pari de faire peur en bande dessinée, ils intègrent aussi à leur histoire un discours sur l’écologie et une réflexion sur notre société actuelle à la fois pertinents, et innovants. On ne peut être qu’admiratifs du dessin de Sean Murphy, à l’apogée de son art, et de l’intelligence des idées avancées par Snyder, qui pour appuyer son propos maîtrise parfaitement les théories de l’évolution, bien souvent mal comprises… Un must-have, et pour moi sans aucun doute l’album de l’année.

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