Bilqiss de Saphia Azzedine

[Chronique littéraire]

9782234077966-XIl y  a peu m’est venue à l’idée de me réinscrire à la bibliothèque, la pression d’avoir trois semaines (euh six parce que je prolonge) pour lire un livre m’aide beaucoup. Et puis, il y a eu ce coup de téléphone de la personne chez qui je prends la plupart de mes conseils littéraires, à savoir belle-maman, qui me dit qu’il faut absolument que je lise Bilqiss. J’en profite donc et je le réserve à la bibliothèque. Un dimanche, je me pose sur mon canapé et j’ouvre ce livre. Et là, je dois le reconnaître, cela faisait extrêmement longtemps que je n’avais pas été aussi absorbée par un roman.

L’histoire : dans un pays musulman occupé par les Américains et dans lequel la charia est appliquée, une femme, Bilqiss, attend d’être jugée par son village et condamnée à la lapidation.

Saphia Azzedine nous fait suivre dans ce roman plusieurs personnages : Bilqiss tout d’abord, femme insoumise dans un pays qui la veut plus que soumise ; le juge, qui aime, déteste, admire et torture cette femme ; et une journaliste américaine, qui vient pour voir et interviewer la future condamnée.

Et c’est la somme de ces trois points de vue qui fait de ce livre un plaidoyer magnifique pour la liberté des femmes. À travers chaque dialogue, chaque scène, chaque histoire, chaque souvenir évoqué, l’auteure interroge. Elle interroge l’Islam, elle interroge la charia, elle interroge la place, ou plutôt la non-place des femmes, mais elle interroge également l’Occident, elle interroge l’intervention de la communauté mondiale, elle interroge le regard qu’une femme non voilée peut porter sur une femme voilée.

Et c’est là que ce livre devient impossible à poser. Ce conte moderne interroge aussi le lecteur, cherche à savoir jusqu’où nous sommes chacun prêt à aller et à quel moment nous détournerons le regard pour ne plus voir l’horreur et les atrocités faites aux femmes.

Il fait trop chaud pour se couvrir, Dieu est juste, Il ne peut pas nous infliger cela. La température est la même pour tout le monde, alors si tu as chaud en bras de chemise, imagine ce que je ressens sous ma burqa, espèce d’enflure.
– C’est pour vous protéger, vous, les femmes, que nous faisons cela, protestai-je dans un ultime espoir de la raisonner.
– Protéger de quoi ? hurla-t-elle, les yeux révulsés. Protéger de qui ? De vous, les hommes ? Vous admettez donc que vous êtes dangereux ? Que vous êtes le problème ? Ai-je demandé à être protégée, moi ? Si vous êtes dangereux, c’est vous que l’on doit tuer, pas nous que vous devez sacrifier…

 

Bilquiss, Stock, 2015, 216 p.

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