À lire : Le Verger de marbre d’Alex Taylor

1159-coverb-orchard-p353-574347fe6951dC’est un coin de verdure au fin fond d’un Kentucky rural paumé et vide, étouffé sous les arbres, sans lumière, troué de pierres tombales. Ce verger de marbre, enveloppé de noir, est un cimetière. C’est là que vont les hommes du pays, rompus par une vie de misère. Et c’est là qu’ira sans doute bien trop tôt Beam Sheetmire, dix-sept ans, parce que, pour ne pas se faire dévaliser, il a tué un homme. Pas le bon, on dirait, puisque le père de cet homme, Loat Duncan, fait régner sa loi dans le comté : celle du sang versé.

Ainsi commence cette chasse à l’homme, cette cavale désespérée d’un jeune gars presque innocent parce que coupable d’avoir défendu sa croute, confronté à la cruauté bête et méchante d’un homme qui va vouloir venger son fils, accompagné de sa horde de dobermans, de son homme de main et d’un étrange routier en costume, personnage incongru aux motivations mystérieuses, dont le sourire et l’apparente sympathie ne sont que les masques déguisés de sa férocité.

Dans ce coin-là du Kentucky, inhospitalier et désargenté, il ne fait pas très bon vivre, et il ne fait surtout pas bon titiller Loat Duncan et sa meute. Quand il vous aime, il vous cogne. Quand il vous hait, mieux vaut faire comme le shérif : tenter au mieux de sauver sa peau.

À travers une écriture très travaillée qui sublime par sa qualité la noirceur de cette tragédie rurale, Alex Taylor livre un polar sombre et poétique, à l’univers proche de certains films des frères Coen (Fargo, No country for old men), où une jeunesse terne, sans joie et sans avenir, voit le peu de vie qu’il lui reste confisqué par des adultes brutaux et sanguinaires.

Le grand verger de marbre est un coin sombre et froid, plein de misère humaine, où tournent dans le ciel des nuées de vautours et d’oiseaux de malheur.

Le Verger de marbre, d’Alex Taylor aux Éditions Gallmeister

 

Laisser un commentaire