[les lundis ciné] Les Neiges du Kilimandjaro / The Snows of Kilimanjaro de Henri King (1952)

Projection du lundi 25 janvier 2016 en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

Synopsisles-neiges-du-kilimandjaro-affiche-50729a552105e
Un écrivain, Harry Street, et sa femme Helen sont en safari en Afrique. Victime d’un accident bénin, Harry voit sa plaie s’infecter. Harry commence à déprimer. Croyant qu’il va mourir, il se remémore son passé et ses aventures sentimentales, notamment pendant la guerre d’Espagne, et ne peut s’empêcher de se confier à sa femme…

Fiche technique
Réalisation: Henry King
Scénario : Casey Robinson d’après la nouvelle éponyme d’Ernest Hemingway
Pays : Etats-Unis
Durée : 117 min
Distribution: Gregory Peck, Susan Hayward, Ava Gardner

Henry King, réalisateur des Neiges du Kilimandjaro, était un des cinéastes de prédilection de la Twentieth Century Fox. En bon élément de la maison, il avait suivi et déployé le style hollywoodien, pendant plusieurs années, tout au long d’une carrière qui compte nombre de superproductions, de films de guerre ou d’aventure, de romances et enfin d’adaptations littéraires, tirées pour la plupart des œuvres d’Hemingway et Fitzgerald. L’esprit américain y est dépeint et exalté à travers un cinéma parfois académique et très souvent empreint du classicisme hollywoodien que nous, spectateurs modernes, pouvons apprécier aujourd’hui comme une curiosité d’époque au charme quelque peu suranné. Certains opus ont gardé, par leur qualité, une valeur cinématographique que le temps et les progrès du cinéma moderne ne pourront altérer ; d’autres, en revanche, ont mal vieilli. Les Neiges du Kilimandjaro est dans un entre deux, et mérite pour cela d’être vu.

A la différence de la nouvelle d’Hemingway à laquelle la profondeur du récit conférait une portée universelle et intemporelle, le film d’Henry King s’est vidé de toute la substance du texte pour ne devenir qu’un film du passé marqué par son époque, aussi bien socialement que cinématographiquement. Le récit d’un homme qui va mourir aux prises avec ses souvenirs et ses regrets devient le film d’une histoire d’amour déçue, auréolée d’un sexisme fidèle à son époque, avec pour toile de fond l’Afrique sauvage et coloniale où la hyène rôde et ricane, symbole ironique du sort, et où les vautours planent, attendant patiemment le trépas du héros.

Si le Kilimandjaro était porteur, chez Hemingway, de tout un mysticisme poétique parce qu’il signifiait la destination fantasmée du héros à l’agonie, il ne devient dans le film, qui contourne le texte pour opter pour une fin heureuse, qu’un élément exotique de décor. Harry Street ne fera pas ce rêve d’un avion qui l’emporte vers le sommet aux neiges éternelles ; il rentrera chez lui et sa gangrène, comme les pensées funestes et moroses qui l’auront parcouru, ne seront plus qu’un mauvais souvenir bientôt oublié.

La nouvelle d’Hemingway est très courte, violente, fiévreuse, à l’image de l’agonie de son héros. Et à sa riche femme qui veille auprès de lui, Harry n’épargne ni la haine de ses propos ni une sincérité tranchante qui en fait la coupable de son ennui, de son talent d’écrivain étouffé de paresse, qui en fait surtout celle qu’il n’a jamais aimée. Une bourse bien fournie agrémentée d’un sexe. Voilà ce qu’elle est la « riche garce ». La violence de cette relation, la méchanceté de cet homme qui tombe le masque de la bienséance au seuil de la mort pour se rendre compte qu’il s’est au final gâché tout seul, s’estompe dans le film jusqu’à la fadeur. L’intérêt est ailleurs.

En effet, on remarquera que le film est bien moins une adaptation de la nouvelle, pour ce qu’elle a d’essentiel, que la glose étirée d’un court passage du récit – une vingtaine de lignes – qui présente en souvenir la romance du héros avec celle qui a été la première et qu’il n’a jamais su oublier. Celle qui dans le film s’est vue offrir un prénom – Cynthia – et un visage : celui d’Ava Gardner.

Le film raconte l’histoire d’un homme déchiré entre sa passion pour l’écriture et les voyages et ses histoires d’amour qui l’emprisonnent dans un confort stérile, celle avec Cynthia étant la plus éclatante, la plus indélébile, qui reviendra toujours hanter ses relations futures.

Ava Gardner et Gregory Peck sont beaux, même rongé par la gangrène ou sanguinolente sur le champ de bataille de la guerre d’Espagne, et leurs personnages collent à merveille au style hollywoodien. Ils sont comme nous, passionnés et faibles, juste un peu plus glamour. De femme libre au début du film, féline et séductrice, Ava Gardner désirera enfin, aux bras de son amant, tout ce à quoi une bonne petite ménagère des années 50 aspirait : un mari, des enfants et le confort d’une maison. Bien heureusement, la diablesse finira par filer à l’anglaise avec un danseur de flamenco qui lui jouait des castagnettes. La femme a finalement elle aussi, sous les traits d’Ava Gardner, la possibilité de choisir, selon ses caprices et ses rêves brisés. Work in progress

Tous ces aspects, même s’ils déprécient le film en premier lieu, sont une des raisons pour lesquelles il est intéressant à voir. Il n’est ni un chef-d’œuvre, ni un mauvais film. Il est critiquable, surtout parce que nous, public moderne, sommes différents du public des années 50.

On citera tout de même ses points forts et ses sympathies : les acteurs agréables, les plans cocasses qui mêlent fresques africaines et prises de vue en studio, les reconstitutions et les ambiances créées, comme celle des cafés parisiens, les dialogues parfois très savoureux, et la beauté d’Ava Gardner, enfin. Les Neiges du Kilimandjaro n’a juste que très peu de choses à voir avec la brillante nouvelle d’Hemingway, hormis quelques similitudes contextuelles et décoratives et une voix off qui cite certains passages du texte. Lisez la nouvelle d’Hemingway, brève et profonde, et regardez le film, mais comme une autre histoire…

 

 

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