[les lundis ciné] L’Ange Bleu / Der Blaue Engel de Josef von Sternberg (1940)

Projection du lundi 05 octobre en partenariat avec le Korova Bar (12 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon).l-ange-bleu-a01

Synopsis : Le professeur de littérature anglais Immanuel Rath découvre que ces élèves passent leurs soirées à L’Ange Bleu, un cabaret de la ville. Il s’y rend dans l’idée de convaincre l’établissement de cesser de pervertir ces jeunes hommes. Il tombe alors sous le charme de Lola-Lola, chanteuse star de la troupe.

Fiche technique :
Réalisation : Josef von Sternberg
Scénario : Josef von Sternberg, Carl Zuckmayer, Karl Vollmöller, Robert Liebmann, Heinrich Mann, librement adapté de son roman
Pays  : Allemagne
Durée : 100 minutes
Distribution : Emil Jannings, Marlene Dietrich, Kurt Gerron

Quand on pense aux grandes actrices de l’histoire du cinéma, Marlène Dietrich fait partie du lot. Et c’est l’Ange Bleu qui fera d’elle une star, qui l’enverra à Hollywood et qui lui offrira le statut d’icône. Pourtant, ce film n’est pas écrit pour elle. En effet, Emil Jannings, qui interprète le professeur Rath, est la star. Il vient de recevoir le premier oscar du meilleur acteur de l’histoire. Et pourtant, Marlene Dietrich lui vole la vedette.

Dans toute la première partie du film, c’est Marlene Dietrich qui toent l’histoire. Elle interprète une chanteuse de cabaret, qui n’a visiblement pas froid aux yeux. Elle chante l’amour, la liberté, le charme. Quand elle entame le premier couplet de Ich bin von Kopf bis Fuss auf Liebe eingestellt (« Je suis de la tête aux pieds faite pour l’amour »), votre coeur peut s’arrêter face à tant de beauté, de forme, de sex-appeal (et oui, on est loin du filiforme de rigueur aujourd’hui). Elle séduit Emil Jannings, le pauvre professeur Rath, qui va tomber éperdument amoureux d’elle. Et éperdument est le bon terme, car il va se perdre dans cette histoire. Et, à ce moment-là, la star reprend ses droits et c’est lui qui crève l’écran en jouant avec tant de justesse un homme qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Alors que le film démarre plutôt sur l’humour et l’amour, la fin est d’une tristesse et d’une mélancolie tellement forte.

Ajoutons à cela le génie de Josef von Sternberg. Au-delà de la simple mise en scène, le réalisateur sait  jouer sur le contraste ombre et lumière pour créer des persectives et renforcer la psychologie des personnages. En effet, Lola-Lola est dans la lumière constamment, souvent habillée clairement tandis que le professeur Rath reste dans l’ombre et est vêtu de noir. De même, elle est toujours plus grande ou dans une position supérieur à lui. Josef von Sternberg réussit uniquement par un jeu de lumières et par un jeu de plans à indiquer au spectateur le rapport de force entre les deux personnages. La beauté de chaque plan, et celle de Marlene Dietrich sont également sublimé par l’expressionnisme allemand dont le réalisateur fait preuve. Les décors intérieurs comme extérieurs sont autant d’oeuvres d’art.

L’Ange bleu est un classique de par son succès mais reste d’une modernité tant par l’esthétique que par le propos. Modernité qui va devenir le classique hollywoodien des années 30-40 après l’exil de Josef von Sternberg, de Marlene Dietrich et tant d’autres réalisateurs et acteurs allemands.

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