[les lundis ciné] La Ruée vers l’or / Goldrush de Charlie Chaplin (1925)

Projection du lundi 02 novembre en partenariat avec le Korova Bar (12 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon)

Synopsisaffiche-La-Ruee-vers-l-or-The-Gold-Rush-1925-2Lors de la ruée vers l’or, dans le Klondike, en 1898, Charlot, prospecteur solitaire, trouve d’abord refuge dans une cabane isolée, où il est bientôt rejoint par Big Jim. Après avoir chacun repris leur route, Charlot est séduit par Georgia, la fille du saloon. Elle feint de répondre à ses avances et accepte une invitation à dîner. Mais elle lui fait faux bond, et le pauvre petit homme se retrouve seul, faisant danser ses petits pains.

Fiche technique
Réalisation : Charlie Chaplin
Scénario : Charlie Chaplin
Pays : Etats-Unis
Durée : 82 min
Distribution : Charlie Chaplin, Georgia Hale, Mack Swain, Tom Murray

Vous croyez avoir déjà vu la Ruée vers l’Or. Mais êtes-vous sûr d’avoir vu la bonne version ?

En effet, il existe deux versions de la Ruée vers l’or. L’originale de 1925, muette, avec 141 cartons de texte et une version sonorisée, sortie en 1942. Dans cette dernière, Chaplin a supprimé les cartons, modifié quelques éléments de l’histoire et a rajouté un commentaire en voix off.  Par la suite, c’est cette version qui a connu la postérité, appuyé par Chaplin lui-même, qui a tout fait pour faire disparaître l’ancienne. Il est pourtant essentiel de voir ce film dans sa version originale, notamment pour le rythme que lui confèrent les cartons fixes.

A l’apparition de Georgia, trois d’entre eux viennent scander son nom, comme une respiration ou plutôt, une exclamation. Et son nom est toujours accompagné d’une rose, qui se flétrit quand l’amour s’éloigne. Cette poésie des cartons, simples et courts, est remplacée par la lourdeur du commentaire, forcément redondant dans une comédie qui joue sur l’effet de répétition  propre au film muet et à l’œuvre de Chaplin.

Les autres changements notables sur la version de 42 sont au niveau de l’histoire elle-même. Suppression de la scène où Chaplin revend son barda avec le carton « Le seul or qu’il gagna jamais grâce à sa pelle et à sa pioche », suppression de la plupart des scènes sur le passage du col par les prospecteurs et surtout la modification d’une scène clé du film. Dans la version originale, Georgia, après avoir humilié Chaplin le soir du réveillon et malgré une première scène de remords, écrit une lettre d’amour à Jack, le rival. Celui-ci en profite pour se moquer une nouvelle fois de Charlot en lui transmettant la lettre. Charlot est emmené sous les rires et les moqueries par Big Jim qui l’entraîne à la recherche de sa montagne d’or. Dans la version de 42, la lettre est écrite directement à Charlot par Georgia et le happy end final semble déjà se préparer.

Ces modifications changent le propos du film, effaçant la satire du rêve américain pour le transformer en fable universelle sur l’amour. Elles s’expliquent par le contexte. En 42, Chaplin plaide pour que les USA entre en guerre en Europe et ouvre ainsi un second front contre le nazisme. Mais, dès cette époque, il doit répondre d’accusations de communisme et de soutien à l’URSS. En ressortant son chef d’œuvre dans ce contexte, il enlève tout ce qui pourrait être taxé d’antipatriotisme.

D’un point de vue technique, la principale différence entre les deux versions réside dans l’utilisation d’une bobine différente dans la version de 1942 pour éviter les faux raccords liés à la disparition des cartons. Le film est donc légèrement décalé sur la droite, ce qui modifie certaines scènes comme la danse des petits pains, où Charlot ne regarde plus droit dans la caméra. Chaplin utilisait toujours deux caméras l’une à côté de l’autre quand il filmait (on trouve plusieurs explications à ceci, notamment le souhait d’éviter la perte d’une bobine lors du montage).

Mais la modification la plus symbolique, c’est la fin du film. Le dernier carton, après que Charlot et Georgia s’embrasse, indique « Oh! You’ve spoilt the picture », cri du cœur du photographe qui voit sa photo ratée, mais double sens évident du cinéaste circonspect sur ce happy end. Rien de tout ça dans la version de 42, puisque disparaissent et le baiser (la censure du code Hays est apparu entre temps) et le carton, remplacé par un commentaire lénifiant.

 

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