[Les lundis ciné] La femme en vert/ The woman in green de Roy William Neill (1945)

Projection du lundi 16 novembre en partenariat avec le Korova Bar (12 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon)

SynopsisWoman_in_green
Sherlock Holmes enquête sur une série de crimes étranges s’abattant sur Londres. Le meurtrier signe chacun de ses forfaits en tranchant le pouce de sa victime. L’infâme professeur Moriarty semble être une nouvelle fois impliqué.

Fiche technique
Réalisation: Roy William Neill
Scenario: Bertram Millhauser
Pays : États-Unis
Durée : 68 min
Distribution: Basil Rathbone, Nigel Bruce, Hillary Brooke, Henry Daniell

Pour ce douzième épisode de Holmes, prenons les mêmes – le duo Basil Rathbone et Nigel Bruce avec Roy William Neill aux commandes – et recommençons, cette fois-ci avec une histoire de doigts tranchés et d’hypnose.
Le professeur Moriarty reprend ici du service sous les traits de l’acteur britannique Henry Daniell (connu notamment pour son rôle de Garbitsch dans le Dictateur de Chaplin et pour avoir joué de nombreux personnages dans les adaptations des aventures de Sherlock au cinéma) qui livre une interprétation plutôt froide et rationnelle de l’éternel rival du détective, moins fantasque que celle de George Zucco dans Les Aventures de Sherlock Holmes et par là-même plus inquiétante. Il nous fera tout de même bien rire, quoique involontairement – et voilà une raison de regarder le film jusqu’à son terme – dans ce que l’on pourrait appeler la tentative de fuite la plus ratée et la plus ridicule de Moriarty l’increvable, précipité vers la mort par une gouttière vraiment très louche…
Le rôle a son importance puisque Moriarty est ici l’instigateur du plan mais il est placé légèrement en retrait, laissant à Hillary Brooke, nouvelle figure féminine de la saga, le soin d’incarner au premier plan une figure de méchante beaucoup plus sensuelle et insidieuse. Cette jolie blonde délicate au visage lunaire, au regard doux et à la voix suave n’est autre que cette vilaine femme en vert qui place en de fâcheuses positions des hommes riches en pratiquant sur eux l’hypnose, thème largement mis en avant dans cet épisode et qui a eu une certaine importance dans les films noirs. Le traitement filmique de l’hypnose permet au film de gagner en densité et en esthétique. Il s’accompagne également d’une ambiance film noir bien maîtrisée, stylisée à souhait, filée jusqu’au bout de ces sordides doigts coupés et qui fait la part belle au mystère (un clin d’œil visuel est lancé au spectateur via le titre du disque que la femme utilise pour hypnotiser : « A Mysterious Singer »).
L’intrigue, qui se déploie et se résout en une petite heure, n’est toujours pas cette histoire complexe et retorse que le spectateur aurait pu espérer, aussi bien pour son propre plaisir d’enquêteur que pour Holmes et sa fameuse intelligence. Mais elle a le mérite ici de flirter avec l’étrangeté de l’hypnose et de proposer à nouveau un bon petit divertissement mêlant suspens mineur, crimes inexpliqués et humour toujours, grâce à ce brave Watson et, pour cette histoire en particulier, à son incrédulité mal placée.
Quant à ces crimes où de jeunes femmes se voient mutilées post mortem, on laissera à Holmes le soin de vous livrer la solution du mystère, tandis que pour finir, on s’appliquera, de notre côté, à vous en proposer un autre, tout aussi intriguant : mais pourquoi diable ce titre La femme en vert pour un film en noir et blanc où il n’est jamais fait mention ni de la couleur des yeux, ni de celle des robes de cette femme hypnotiseuse ? Est-ce une référence à la symbolique de la couleur verte que l’on prête souvent aux mondes des démons et de l’étrange, de l’au-delà et du caractère fantastique que peut revêtir l’hypnose ? Peut-être, même si le fait de caractériser la femme par la couleur pour suggérer une ambiance de film paraît tiré par les cheveux…Les affiches de l’époque, baignées pour la plupart dans une ambiance verdâtre, semblent effectivement mimer celle de certaines affiches de film d’horreur et fantastiques de l’époque. Donner ce titre à cet opus de Sherlock Holmes, c’est peut-être, par la couleur, vouloir lui donner un « genre » en plus de celui de « film noir ». Qui sait ?…

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