La Dialectique peut-elle casser des briques ?

dialectiqueLa Dialectique peut-elle casser des briques ?
René Viénet / Tu Kuang-chi, 1973

Vaste question, n’est-ce pas ? La Dialectique peut-elle casser des briques ? est un film de René Viénet, sorti le 8 mars 1973. Il se base sur un film d’arts martiaux du réalisateur chinois Tu Kuang-chi sorti à Hong Kong l’année précédente, appelé Crush en anglais.

Ancré dans le mouvement situationniste, dans la lignée de Guy Debord, le film présente un post-doublage des dialogues d’un film de kung-fu au scénario pour le moins classique : des professionnels du taekwondo coréen sont aux prises avec des oppresseurs japonais. Les dialogues initiaux sont remplacés par René Viénet, permettant une narration nouvelle : la lutte des classes, personnifiée par des prolétaires s’opposant à des bureaucrates sans scrupule. Leurs armes ? Dialectique et subjectivité radicale. Rien de moins.

Vaste fourre-tout référentiel, le film aborde questions sociales et politiques dans une France post-68 marquée par les idées de la gauche et les doctrines révolutionnaires. Le réalisateur René Viénet a été membre de l’Internationale situationniste aux côtés de Guy Debord de 1963 à 1971. Sinologue, il ne choisit pas innocemment un film chinois pour son projet ; il est l’un des premiers à dénoncer excès maoïstes et totalitarisme chinois. Il propose cette farce potache pour rire, certes, mais aussi afin de dénoncer avec humour les dérives doctrinaires des tenants de la pensée révolutionnaire de l’époque. Car si la dialectique peut être une arme, il arrive un moment où la violence des personnages prend le pas sur le dialogue.

L’année suivante, il applique le même procédé à un film érotique intitulé Les Filles de Ka-ma-ré (poétiquement sous-titré Une petite culotte pour l’été).

Parmi les doubleurs de La Dialectique…, on retrouve Patrick Dewaere au faîte de sa gloire (La Dialectique… sort l’année avant Les Valseuses). On peut aussi noter la présence de Dominique Collignon-Maurin, son frère. C’est l’un des doubleurs les plus sollicités en France : Nicolas Cage, Kevin Kline, Willem Dafoe, mais aussi certaines des voix de John Travolta ou encore Gary Oldman… et celle du personnage de Luke Skywalker pour la version française de la première saga Star Wars ! Jacques Thébault, aussi au casting, était pour sa part la voix française de Clint Eastwood.

Si 1973 a été une année prolifique pour des films doucement foutraques (L’An 01 de Doillon, Gébé, Aain Resnais et Jean Rouch sort cette même année), le détournement reste aujourd’hui un exercice réjouissant : on peut penser aux films cultes que sont devenus La Classe américaine ou encore Derrick contre Superman de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, qui 20 ans après La Dialectique… ont brillamment repris le flambeau.

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