KSP : Jouez avec l’orbite

[Jeu ? vidéo] Vous vouliez être astronaute. Ou au moins astrophysicien. Ne le niez pas putain, c’est foutrement rationnel, contrairement à ce que pourra dire votre mère. Manque de bol, vous êtes une feignasse et vous vous êtes rabattus sur une douillette situation aux intérêts purement terrestre, qui ne prépare en rien la conquête de l’espace par une bande de singes dégénérés qu’on a l’audace d’appeler l’humanité. Comme vous n’êtes pas tout seul à avoir des rêves, des gens se sont dit qu’ils allaient élaborer une drogue de synthèse puissante, à même de compenser vos rêves perdus. Ou presque.

Deux avertissements pour commencer. Le fait de lire cet article va invariablement faire passer son auteur pour un névropathe, et devrait sembler absolument abscons pour ceux qui n’ont pas eu un pincement au cœur quand Tom Hanks regarde la Lune passer par le hublot et réalise qu’il n’y posera jamais les pieds. Je module mon propos pour les deux crétins du fond : la plupart des gens vont penser que c’est un jeu chiant et je les emmerde, et Apollo 13 est un film globalement merdique mais ça parle de conquête spatiale donc on s’en fout.http://www.quickmeme.com/meme/362g44

« That’s no moon! »

Maintenant que vous êtes chat-bite, vous êtes prêts à découvrir un peuple qui a des similitudes physiques avec les Lapins Crétins© mais qui dispose de scientifiques et d’ingénieurs, ce qui est quand même pratique. Les Kerbals habitent la planète Kerbin, qui gravite autour d’une étoile appelée Kersol. Je crois que vous avez compris le principe. Vous vous retrouvez à la tête du programme spatial local et votre but n’a pas besoin d’être affiché pour qu’il soit évident : envoyer des kerbonautes dans l’espace.

Le mode Carrière de Kerbal Space Program vous permet de gérer tous les aspects de la gestion de l’agence : réputation, finances, ingénierie, recherche, missions. Le début de partie consiste principalement à gagner de l’argent et de la reconnaissance en faisant péter des records de vitesse et d’altitude. Pour y arriver, vous disposez de quelques éléments à assembler dans votre hangar : de petits propulseurs à carburant solide, un module de commandement simple, un parachute. La construction d’une fusée est un moment délicat, où il vous faut penser à la fois au coût de la mission, de ce qu’elle pourra vous rapporter en remplissant des contrats, à l’avantage que vous pourrez tirer des observations scientifiques que vous pourrez faire en vol, et aux éléments techniques de poussée, de masse, d’aérodynamisme. Trop de poussée pour une charge utile trop légère ? Si votre vitesse est trop importante alors que vous êtes encore dans l’atmosphère, vous allez cramer. Vous n’avez pas équilibré la poussée et le centre de gravité de votre appareil ? Attendez-vous à vous retrouver à tourner dans tous les sens comme un lapin débile.

Sachez que le périgée n’est pas une partie du corps

Vous vous retrouvez assez vite dans l’espace ; le temps de faire quelques relevés « scientifiques » (« c’est très rond, vu d’ici »), vous gagnez des points de science, que vous vous empressez de dépenser en technologie qui vous permettra d’aller plus haut, plus vite, plus loin. La première mise en orbite est une petite victoire. Réaliser qu’il ne reste plus de carburant pour faire revenir votre kerbonaute est une sacrée défaite. Etapes après étapes, on découvre les possibilités énormes que les concepteurs mexicains de chez Squad[1] nous ont laissées. Satellites, sondes, rovers, bases planétaires ou orbitales… Les possibilités d’élaboration de fusées les plus complexement absurdes sont presque infinies. Sans compter la communauté de gros malades qui est inhérente à ce type de jeux bacs à sable, qui produit du mod à la tonne depuis les premières étapes de développement du jeu.

L’aspect « simulation » est agréablement enrobé d’une énorme dose d’humour, qui permet d’avaler la relative austérité du principe du jeu. Pour vous donner une idée, les candidats kerbonautes disposent de deux caractéristiques comportementales : courage et stupidité. Ça n’a pas grand effet sur leurs compétences, mais ça évalue leurs réactions face à des situations dangereuses. Un personnage stupide ne réalisera qu’il est sur le point de crever qu’au tout dernier moment… Ou encore, les notices accompagnant les éléments qui composent les fusées, s’amusant des raisons improbables pour lesquelles des ingénieurs auraient eu l’idée de concevoir un moteur aussi nul, le fait que ce tuyau à carburant n’est qu’un tuyau simple qu’on a peint en jaune et qu’on fait payer plus cher, ou la définition remarquable de ce « dispositif d’amélioration de la mobilité » communément appelé « échelle » par les spécialistes. Évidemment, ça foisonne de blagues de scientifiques et de références culturelles.

A qui s’adresse ce jeu ? A des grandes personnes qui gardent en tête le mot de Tsiolkovski, « La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau », mais aussi à des gosses qui veulent apprendre à quoi peuvent servir les maths et la physique. Une sorte de serious game avec l’ivresse de l’apesanteur. Autant il y a des possibilités réelles de découvrir et de comprendre des tas de choses sur l’aérodynamisme, les calculs de masse, la gravitation et les phénomènes stellaires, autant il y a des risques de ne pas pouvoir penser à autre chose. Je n’ai pas encore fait l’expérience sur quelqu’un de « normal », mais je crains que ce jeu ne soit l’archétype de la transformation d’un humain en zombie à boutons. Vous pouvez passer des heures à trouver des solutions pour poser un module sur la Mune[2] avec des ressources et une technologie limitée.

Le terme de drogue de synthèse n’est vraiment pas choisi au hasard.

 

Bonus:

 

[1] Leur logo est coolissime. Je ne peux décemment pas parler de concepteurs d’un jeu vidéo spatial mexicain sans vous rappeler l’existence d’un programme spatial mexicain (à partir de 15:07).

[2] Ce à quoi on peut répondre transfert de Hohmann et construction en asperge. Comprenne qui voudra.

Mathieu

Chef d'autogestionnés

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