Starshooter, une histoire du rock à Lyon

[Dimanche en chansons #22]

Une fois par mois, je vais vous parler de mes pérégrinations dans la scène rock lyonnaise des années 70 aux années 90. N’ayant malheureusement ni le temps ni les moyens d’un vrai travail journalistique tel que le mériterait réellement ce projet, je vais principalement rester dans le témoignage personnel et la chronique de disques. Je ne désespère pas de pouvoir un jour aller plus loin…

 

Difficile de parler du rock lyonnais sans commencer par Starshooter.  La bande de Kent est à la fois le groupe lyonnais le plus connu de cette époque, et même temps, son histoire sonne comme symbole du rendez-vous raté entre une scène incroyablement riche et le grand public.

Une histoire qui commence au lycée, comme souvent dans ce genre d’histoire, où les rencontres et l’émulation entre les personnes donnent l’impression du bon endroit au bon moment. On est au milieu des années 70 et une bande de copains s’amuse à faire du rock et des reprises débiles. On retrouve les futurs membres des trois principaux groupes de l’époque : Marie et les garçons, Electric Callas et les premiers d’entre eux, Starshooter.

En 1975, c’est à la fête du lycée qu’ils font leur premier concert et, en même temps, leur premier triomphe. La petite bande comprend alors que le succès est possible. Ils enchaînent les concerts et sortent, fin 77, leur premier 45 tours, Pine-Up Blond, dont la face B comporte l’excellent Quelle crise, Baby qui apparaît sur le premier album, dans une version réenregistrée.

 

Du punk à la radio

Il y a dans les premières chansons de Starshooter une énergie punk rare en France et on retrouve dans leurs reprises idiotes un côté adolescent qui ne respecte rien totalement jubilatoire. Le deuxième single contient une reprise des Beatles sobrement intitulée Get Baque que Pathé, pourtant détenteur des droits des Beatles en France, retire des ventes quand il se rend compte qu’aucune autorisation n’a été demandée.

Kent et ses copains s’amusent et sortent, sous un faux nom, cette reprise de la chanson du Velvet Underground, Sweet Jane, devenue Hygiène. Tout un programme…

 

Le premier album arrive en 78 et, s’il s’appelle sobrement Starshooter, il est magnifiquement sous-titré Un groupe efficace et dynamique dans une société saine. Il contient quelques jolis tubes, notamment Betsy Party qui se place très haut dans les charts et l’excellente reprise du Poinçonneur des Lilas.

On a un peu oublié aujourd’hui que ce disque a fait des lyonnais les égaux, et les rivaux, de Téléphone et que sa diffusion dans les très frileuses radios légales d’avant la FM libre constitue un évènement pour le rock en France.

 

Cette année la jeunesse sera intelligente et sexy !

Pour le deuxième album, Mode, sorti en 79, Starshooter change beaucoup de choses. La disco et la new-wave viennent chambouler le punk qui écoute le disque, même si l’esprit est toujours là. La première chanson du disque, superficielle à la première écoute mais froidement punk en live est le symbole de ce virage.

La pochette du disque, œuvre d’Etienne Robial (le fondateur de la maison d’édition Futuropolis et créateur de nombreux logos et notamment du célèbre habillage de Canal Plus dans les années 90) est une merveille de décalage et d’humour, comme la plupart des chansons du disque. On est dans un post-punk ludique qui se renforce encore avec l’album suivant.

 

Chez les autres bénéficie lui aussi d’une pochette magnifique, œuvre de Kiki Picasso, dont j’aurai très probablement l’occasion de vous reparler dans ces pages. Il contient deux tubes : Louis, Louis, Louis, dernier grand succès du groupe, sur un thème récurrent chez Starshooter et Kent, l’aviation et surtout Machine à Laver qui, comme son nom ne l’indique pas, est une vraie chanson politique. L’album en lui-même est plus orienté socialement et moins teenager. Il est aussi un échec relatif qui amène le groupe à changer de producteur et à signer chez CBS.

 

Pas fatigué ?

Le dernier album du groupe sort en 1981, soit un joli rythme d’un album par an. Produit en Angleterre par Mike Glossop, qui a travaillé avec la scène punk de l’époque (Public Image Ltd, The Ruts, The Skids…). L’album est un échec commercial : 37 000 ventes, ce n’est pas non plus ridicule, mais l’album avait bénéficié d’un gros budget et d’une campagne marketing importante.

C’est pourtant mon album préféré du groupe. Plus sombre, plus profond que ses prédécesseurs, avec des arrangements épurés où la patte anglo-saxonne apporte l’ambiance nécessaire à l’expression de paroles désormais inquiètes pour le futur.

 

Starshooter se sépare après une tournée difficile. Kent fera une jolie carrière par la suite, avec des beaux albums plus axés sur la chanson et quelques tubes efficaces, les autres continuent la musique, sauf Phil, le batteur qui est devenu réparateur de bateaux en Californie. Ils sont restés potes et n’ont jamais réglé leurs comptes dans la presse. Surtout, il ne leur ai jamais venu à l’idée de se reformer pour chanter la teenage attitude avec les cheveux gris et la soixantaine bedonnante.

Starshooter, c’est l’un des représentants de la première vague punk en France. C’est le groupe qui aurait pu devenir le plus grand groupe de rock français, mais qui a préféré prendre des risques et innover. C’est surtout le symbole de cette scène rock lyonnaise incroyablement riche et foisonnante, mais qui n’accéda jamais à la reconnaissance. Il n’est jamais trop tard…

 


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