[Pichenettes Ciné club] Le Mécano de la General (1926)

Projection du mercredi 18 mai 2016 en partenariat avec le Périscope (13 rue Delandine, 69002 Lyon)

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Géorgie, 1861. Johnnie nourrit un amour sans borne pour la sublime Annabelle et pour sa locomotive, la General. Arrive la guerre de Sécession. Jugé plus utile en tant que mécanicien, Johnnie ne combat pas les nordistes. Annabelle et sa famille le croient lâche et le rejettent. Un an plus tard, l’armée adverse pénètre en territoire sudiste et subtilise un train, avec Annabelle à son bord et la General à sa tête. Johnnie se lance alors seul à la poursuite des espions nordistes pour porter secours à ses deux amours : Annabelle et la General…

Fiche technique
Réalisation : Buster Keaton et Clyde Bruckman
Scénario : Al Boasberg, Charles Smith, d’après B. Keaton, C. Bruckman, William Pittenger
Pays : Etats-Unis
Durée : 97 min
Distribution : Buster Keaton, Marion Mack
Musique : Joe Hisaishi (version restaurée de 2004)

Le mécano de la Général est sorti en 1926 sans bande-son, accompagné à l’époque par un piano ou un petit orchestre qui jouait directement dans la salle, suivant les instructions des producteurs. Les bandes originales que nous connaissons aujourd’hui pour les différentes versions du film ne sont venues que bien plus tard, à partir de 1987. Celle que nous projetons est la version de 2004, restaurée numériquement en haute définition, accompagnée par une bande-son inédite du compositeur Joe Hisaishi, connu pour réaliser les musiques des films de Hayao Miyazaki et Takeshi Kitano. Sa musique, taillée à la mesure du film, de ses actions et des changements de rythme, en sublime les caractères épique et burlesque.
Pour son histoire, Keaton a puisé son inspiration dans la réalité historique, proposant de relater un épisode survenu pendant la Guerre de Sécession, connu sous le nom du Raid Andrews. En 1862, des militaires nordistes, déguisés en bons citoyens, s’emparèrent d’une locomotive « La Général » et la ramenèrent vers le Nord en détruisant les voies, brûlant les ponts et coupant les lignes télégraphiques. Ils furent néanmoins rattrapés et arrêtés par deux mécaniciens sudistes peu avant d’atteindre leur but. Neuf militaires nordistes furent pendus, les autres emprisonnés.
Keaton reprend l’histoire, mais en inversant le point de vue, pour ne pas heurter la sensibilité du peuple américain. Les « gentils » seront donc les Sudistes spoliés, incarnés à travers le personnage de Johnnie Gray, petit mécano solitaire et rêveur, joué par Buster Keaton. Malgré cette délicatesse, le caractère burlesque de ce film appliqué à ce sujet encore sensible sera jugé déplacé et l’accueil du Mécano de la Général à New York sera majoritairement négatif, ne restant à l’affiche qu’une petite semaine. Alors que Keaton en était particulièrement fier, le film fut un échec, surtout financier. Il ne rapporta aux USA que 475000 dollars de recette contre 750000 dollars de budget, dont une partie allouée au tournage d’une prise de vue unique dont on dit qu’elle a été l’une des plus chères de l’histoire du cinéma : le crash de la « Texas » sur le pont de la rivière Culp Creek. Keaton fit construire, brûler et reconstruire le pont qui servi au crash, ainsi qu’un barrage pour relever le niveau des eaux. Six caméras filmèrent en même temps cette scène de quelques secondes chiffrée à l’époque à 42000 dollars (l’équivalent de 2 millions de dollars aujourd’hui). Beaucoup de bruit et d’argent pour peu de succès… Mais le film aura à raison sa revanche à partir des années 50, amorçant une redécouverte du génie de Keaton, et sera, jusqu’à aujourd’hui, jugé comme son œuvre majeure.

A l’époque, Keaton réalise effectivement un film burlesque démesuré, pour lequel le mot d’ordre aura été celui de l’authenticité : un vrai crash, de vraies courses poursuites en locomotives réalisées sans truquage et sans cascadeur – Keaton était un acrobate hors pair – et très peu de scènes tournées en studio. « La Général », prolongement burlesque et colossal de Johnnie, se présente comme une locomotive personnage, majestueuse et indomptable, aux côtés du duo burlesque formé par Johnnie et Annabelle Lee, sortes de Pierrot et Colombine rêveurs et empotés, engagés dans une lutte improbable contre les nordistes.
Dans cette course poursuite où les militaires nordistes se croient pris en chasse par une armée alors qu’ils ne le sont que par un seul homme, et pas des plus féroces, Buster Keaton déploie son art du comique dans l’espace, sa maîtrise du gag fondée sur des calculs précis et des principes mécaniques, ses talents d’acrobate et propose une peinture de l’amour bien à lui, faite de tendresse exaspérée et de gentils hématomes. Son personnage de Johnnie Gray, véritable pantomime, conserve l’attitude aérienne et naïve d’un anti-héros non concerné, inconscient du danger, maladroit à l’épée ou au canon, mais né sous la bonne étoile du burlesque qui ne saurait souffrir pour lui un destin trop tragique.

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