[Les lundis ciné] Les Aventures de Sherlock Holmes/ The Adventures of Sherlock Holmes de Alfred L.Werker (1939)

Projection du lundi 19 octobre en partenariat avec le Korova Bar (12 rue Imbert Colomès, 69001 Lyon).

Synopsis :the-adventures-of-sherlock-holmes-movie-poster-1939-1020503585
Faute de preuves, le célèbre Professeur Moriarty vient d’être acquitté pour un crime qu’il a très certainement commis. Sherlock Holmes déboule au tribunal avec la preuve manquante qui pourrait le faire condamner. Mais pas de bol, il arrive quelques secondes trop tard. Mauvais timing pour le célèbre détective connu pour avoir toujours une longueur d’avance… A la sortie du tribunal, Moriarty offre à Holmes de le raccompagner chez lui – nous sommes parmi les gentlemen de l’époque victorienne, ne l’oublions pas – ce que ce dernier accepte sans rechigner, of course. La calèche qu’ils partagent devient le terrain de jeu de leur rivalité, leur conversation se rythmant à coup de mots d’esprit et de piques enrobées d’extrême politesse aristocratique. C’est là que Moriarty, se disant « fatigué du crime », lance un ultime défi à Holmes : il mènera à bien le crime du siècle sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien faire, provoquera sa chute et… prendra sa retraite pour se consacrer aux sciences abstraites ! Fort bien. Le ton est donné, l’intrigue lancée. Entre le vol des bijoux de la couronne et la menace du meurtre d’une jeune fille, Holmes saura-t-il choisir et éviter les pièges de l’inquiétant Moriarty, maître inconsolé des jeux de pistes absurdes et du trompe-l’œil ?

Fiche technique :
Réalisation : Alfred L. Werker
Scénario : Edwin Blum et William A. Drake d’après la pièce Sherlock Holmes de William Gillette.
Pays : Etats-Unis
Durée : 85 min
Distribution : Basil Rathbone, Nigel Bruce, Ida Lupino, George Zucco.

Inspirée d’une pièce de théâtre à laquelle elle n’emprunte apparemment que très peu d’éléments, cette adaptation des Aventures de Sherlock Holmes – la seconde de la Twentieth Century Fox après le succès la même année du Chien des Baskerville – met en scène l’antagonisme et la rivalité qui relient le génie du crime, le Professeur Moriarty, à son double détective et non moins génial : Sherlock Holmes.
Et ça ne démarre pas fort pour Holmes qui manque de peu, dès le début du film, de faire mettre derrière les barreaux son éternel rival. La balle se retrouve dans le camp du criminel qui, par goût du défi, la relance à Holmes pour un nouveau duel. Saura-t-il l’empêcher de perpétrer cet annoncé et mystérieux crime du siècle ? Ce sera le sujet du film et la raison de son intrigue. Qui sortira gagnant du match ? Pas beaucoup de suspense à ce niveau-là, tant le carcan sériel des Sherlock Holmes et le destin sans défaite de notre héros préfigurent les victoires du détective, celles du bien sur le mal. L’intérêt est ailleurs…

Or, pour cette adaptation, on ne retiendra pas l’excellence du scénario. Il est assez simpliste et ne flatte en rien le plaisir d’enquêteur des spectateurs. Les scénaristes n’étaient sans doute pas pourvus du même génie que celui du Moriarty de Conan Doyle pour échafauder des plans retors et ardus au possible. Ce manquement à la complexité de l’intrigue permet néanmoins la mise en valeur des jeux d’acteurs : Basil Rathbone, qui incarnera quatorze fois Holmes à l’écran, livre une interprétation plutôt classique et hiératique du détective : sérieux, nerveux, non dénué de quelque fantaisie (comme en témoigne dans le film son observation de l’effet de la gamme chromatique du violon sur la mouche commune) et pourvu de cette légendaire et agaçante dextérité de comportementaliste, seul qu’il est à savoir qui va entrer dans la pièce à sa manière de frapper à la porte.
Ida Lupino, à peine 21 ans à l’époque, donne quant à elle une enveloppe agréable à regarder à un personnage féminin qui a tout de la poule traquée hystérique. Nigel Bruce, enfin, campe un Watson débonnaire, un peu bêta, susceptible et « grand saboteur », porteur d’un caractère burlesque que l’on retrouvera tout au long du film dans plusieurs scènes et qui feront se dresser sur leur tête les cheveux des puristes.
La gémellité farfelue de Moriarty et Holmes est au centre de l’attention du film, également mise en scène sous les pleins feux du burlesque. Qu’il s’agisse de cette séquence où Moriarty et Holmes se font la causette – certes musclée – ou encore de ce parallélisme qui les présente tour à tour comme des parangons de folie et de démesure, loufoques et névrosés, l’humour a la part belle et est suffisamment rythmé, varié et inattendu pour capter l’attention et faire de ce film un bon divertissement.

Et malgré ce suspense un peu mou, on aura pour compensations quelques touches d’humour bien placées, des surprises déguisées, de l’action, des scènes de crime, des entrées fracassantes, une jolie jeune fille à sauver et une touche d’exotisme tout droit débarquée d’Amérique du sud.
Un épisode de Sherlock Holmes tout de même bien sympathique, qui passe tout seul, pour les fans du détective et les curieux de l’ambiance victorienne et du style holmésien.

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