Mark Z. Danielewski – La Maison Des Feuilles

[Chroniques littéraires aléatoires]

Bon, salut à tous,

Il y a quelques mois, je me suis plus ou moins engagé auprès de mon cher rédac-chef-chef à intégrer l’équipe de Pichenettes, après avoir fait partie de la première mouture (de ses débuts à sa mort).

A l’époque nous étions jeunes, naïfs et pleins d’entrain. Les années ont passé, l’alcool et la drogue ont fatigué nos cerveaux, certains dont je fais partie ont cessé d’être étudiants, et où donc me mène cette phrase ? Ah oui, j’ai le cerveau en compote, je ne me sens pas du tout l’étoffe du tribun que j’étais (enfin tribun c’est vite dit). Donc que puis-je t’apporter, lecteur ?

Justement, lecteur j’étais, lecteur je suis resté, donc j’avais eu l’idée merveilleuse de chroniquer chaque livre que je termine (ou que j’abandonne d’ailleurs, il y a forcément une raison même si elle se résume à « ça m’emmerde »).

Donc voilà, je vais vous parler de romans, en bien ou en mal ou en bof.

Attention, cette rubrique ne contiendra ni actualités littéraires ni livres obscurs, que peu d’auteurs vivants et pas de périodicité.

Pouf pouf, commençons :

Mark Z. Danielewski – La Maison Des Feuilles

Mark Z. Danielewski - La Maison des Feuilles

Mark Z. Danielewski – La Maison des Feuilles

On commence avec un bouquin plutôt récent (2000) et assez obscur d’un mec encore vivant, histoire de bien se contredire dès le début, j’y peux rien c’est le dernier que j’ai lu. Enfin le dernier que j’aie lu et qui m’ait fortement marqué. Enfin non plus mais j’avais envie de commencer par ça. Il faut bien résumer le bouquin, mais c’est ici une tâche ardue donc ça va être un peu long.

Le livre se présente comme le manuscrit inachevé d’un certain Zampanò, mis en forme, introduit et annoté par un certain Johnny Errand, augmenté d’annexes lors de la seconde édition. Johnny explique dans l’introduction qu’il est venu en possession d’une malle contenant un manuscrit, un fouillis de fragments de texte, suite au décès étrange du voisin d’un de ses potes. Zampanò était un vieil aveugle un peu timbré qui dictait ces fragments aux jeunes filles qu’il employait pour lui faire la lecture. Le manuscrit est l’étude académique d’un film, le Navidson Record. Point de départ relativement peu excitant, certes.

Il y a de quoi être intrigué dès le début. Le mot maison est toujours écrit en bleu et on trouve 4 couches de notes de bas de page, chacune avec sa typographie : celles de Zampanò, celles de Johnny, celles des éditeurs (en fait de Danielewski) et celles du traducteur. Comme forcément on feuillette un livre la première fois qu’on le prend en main, on tombe sur nombre de pages du type de celle qui illustre cet article (piquée sur internet et tirée de l’édition américaine, mais en français c’est la même) ce qui donne envie de comprendre le pourquoi, en tout cas pour moi.

– Début du léger spoil –

Le Navidson Record est donc l’étude d’un film, fictif pour nous mais aussi pour Johnny. Le film y est longuement détaillé plan par plan, analysé en profondeur, jusqu’à l’obsession. Il s’agit d’un home movie réalisé par un photoreporter qui décide de chroniquer son installation dans une nouvelle maison. Un jour il se rend compte que sa maison est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur, puis une nouvelle pièce apparaît sans raison, puis un étrange couloir qui mène à des enfilades de pièces obscures et sans fin, à la géométrie variable. Certains passages du texte sont manquants (pages trouées), d’autres raturés, d’autres illisibles. Les différents chapitres présentent de nombreuses contradictions. Zampanò échaffaude de nombreuses théories, fait de nombreux liens avec différents mythes, analyse fastidieusement l’état psychologique des personnages sans jamais donner de réelle explication.

En parallèle, Johnny raconte sa vie de looser dans les notes de bas de page, ses histoire de meufs, ses histoires de cuites, ses histoires de drogue. Deux choses s’y produisent progressivement : les notes prennent de plus en plus de place, jusqu’à occuper plusieurs pages de suite de ses histoires de crétin inculte, et Johnny commence à devenir fou. C’est vrai qu’avec une mère qui s’est suicidée dans un hôpital psychiatrique, il a du passif.

– Fin du léger spoil –

Disons-le tout de suite : c’est chiant à lire. Chiant comme dans difficile, exigeant et fatigant. Il y a des énumérations sans queue ni tête ni fin, on passe pas mal de temps à tourner des pages pour trouver la note de qui correspond au chiffre qu’on vient de voir et qui n’est pas toujours présente, sans compter les renvois aux annexes qui nous emmènent sur tout autre chose. Et pourtant.

Il y a un attrait indéniable dans ce livre, des passerelles subtiles entre les récits, la forme labyrinthique qui rappelle le labyrinthe de la maison, l’attente d’une explication à ces événements étranges. L’obsession de Johnny pour le manuscrit s’avère contagieuse, et malgré la difficulté de lecture j’ai eu bien souvent du mal à le reposer avant de m’endormir d’épuisement en l’utilisant comme oreiller.

On trouve de nombreux sites de fans qui recensent les passerelles et les références et multiplient les théories, je trouve pas ça très intéressant mais chacun son truc. Le livre se suffit à lui-même avec ses incohérences et ses zones d’ombres, fortement recommandé en tout cas.

 

Idée musique d’accompagnement : Pauline Oliveros, Stuart Dempster, Panaiotis – Deep Listening

De la musique jouée dans de très vastes espaces, où l’on entend plus les réverbérations que ce qui est joué. Fort à propos.

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