Une équipe de choc ?

L’extrême-droite française se divise aujourd’hui en deux branches étonnamment complémentaires. D’un côté, les petits maires FN sont en rang d’oignon derrière la blonde Marine, très affairés à lustrer les trottoirs de leur peu accueillante bourgade, tout en faisant exploser le budget jardinières et parterres de fleurs. De l’autre, les affreux, sales et méchants, menés par la pétaradante doublette Jean-Marie papa soit disant encombrant mais bien utile/Bobby Ménard de Béziers. Penchons-nous sur ce dernier, ou plutôt sur son entourage. Qui l’épaule, le soutient voire le conseille dans ses inaugurations ubuesques, ses comptages subtils de Mohamed, Karim et autres Ali, ses expéditions musclées contre les pauvres hères beaucoup trop basanés à son goût?

Comme tout élu, l’entourage de monsieur le maire Ménard se compose de trois cercles : les autres élus de sa liste, les conseillers politiques et les proches, famille et amis.

Le cercle le plus important est sans doute celui des colistiers, devenus adjoints au maire et conseillers municipaux. Leurs destins sont liés et ils ont le pouvoir de lui dire non, là tu déconnes, arrête. Les autres ne sont pas des personnalités publiques et sont révocables, pas eux. Et c’est surtout là que le bât blesse. Personne ne lui dit Bobby, c’est trop gros, arrête tes conneries. L’aventure Ménard, c’est avant tout une aventure personnelle, solitaire. Bobby a fait toute sa vie et sa carrière à Paris, à Reporter Sans Frontières (désolé pour eux de le rappeler). Personne n’a suivi Bobby dans son déménagement de la capitale vers la province, du militantisme associatif à la politique. Qui a-t-il donc trouvé à Béziers pour lui emboîter le pas ? Parmi ses colistiers, trois apparaissent comme des politiques : Annie Schmitt, Luc Zénon et Brice Blazy. Annie Schmitt était adjointe de l’ancien maire UMP Raymond Couderc. Rallier Ménard lui a offert la promotion : première adjointe du grand maire. A 65 ans, elle n’ira pas plus haut et ne peut pas revenir en arrière. Zénon et Blazy auraient pu être candidats éternels aux municipales, départementales et législatives pour Debout la République (Zénon) et le Rassemblement Pour la France (Blazy). Leur place était assurée pour au moins vingt ans, avec la visite annuelle de Dupont-Aignan et De Villiers comme temps fort. De quoi s’ennuyer au plus haut point. Ménard, c’était l’aventure, l’excitation, l’encanaillement. Blazy en est revenu. Fâché, il est redevenu opposant au conseil municipal et chef du cercle villieriste local. Il anime un blog, histoire de préparer l’avenir. Il reste bien à droite, même s’il critique Bobby, publie plein d’articles, mais très courts. Le groupuscule RPF n’a sans doute pas les ressources pour lui servir de nègres euh de scribe pardon, chez ces gens là, il y a des choses qui ne se font pas. Zénon lui fonce tête baissée. Debout la France lui a dit casse-toi facho (version Debout la France du casse-toi pov’con d’à côté) et il soutient son Bobby à fond. Seulement 12ème adjoint en charge des marchés publics, il ne doit pas être une lumière mais se distingue par sa chevelure teintée en roux sur le dessus.

Zenon
C’est sa marque, c’est pour cela qu’il se repère tant en première ligne de la vidéo « le grand maire Ménard va parler du pays aux migrants syriens ». Adjoint aux marchés publics, ce n’est pas son domaine mais une occasion pareille d’accompagner le grand homme, il ne pouvait pas la rater. Zénon est très actif sur Facebook, un vrai politique je vous dit. Un grand fan surtout : il partage l’article du site Internet du New York Times : « French Mayor Who Once Defended Journalists now Denounces Immigrants (ça claque trop in english dans le texte), à fond sur les crèches de Noël dans les lieux publics dès la fin octobre, le tout entre deux photos de rugbymen et mille dégueulasseries sur les musulmans, les migrants et autres métèques.

Et les autres conseillers municipaux alors ? Est-ce le petit peuple qui vote Front National ? Regardons les professions annoncées sur la liste Ménard en 2014. Tout est relatif, la tête de liste étant présentée comme un journaliste à la date de 2014.

liste

Petit peuple défendu par l’extrême-droite et qui vote pour elle

Petit peuple ou on ne sait pas trop

Responsables et cadres

Représentants de la diversité (il faut bien inclure quelques membres du grand peuple)

Exemple de professions

Préparatrice en pharmacie, assistante d’éducation

Agriculteur, commerçant

Cadre du privé, journaliste, directeur commercial

Médecin ORL, médecin cardiologue, directeur d’entreprise

Nombre de candidats

14

8

23

4

A première vue, la composition sociologique du conseil municipal de Béziers ressemble à ce que l’on trouve dans les villes comparables, avec une sur-représentation des cadres, notamment de la fonction publique. Pas de révolution ici, le petit peuple, même dans son acception la plus large (14+8), n’a pas pris le pouvoir grâce au guide Ménard. Tous les alibis sont là : l’espagnol d’origine marocaine, le pied noir et le harki, sans compter une belge.

Là où le conseil municipal de Béziers se distingue, c’est par la sur-représentation des personnalités sans aucun passé associatif et politique. Bobby a entraîné dans son sillage des novices de la vie publique. Comment en sont-ils arrivés là ? Le futur colistier Serge Polato l’explique ainsi : « Avant d’être un soutien, j’ai d’abord été un auditeur de Sud Radio. Je ne savais pas qu’il était de Béziers… Quand j’ai su qu’il voulait s’investir pour les municipales, je me suis rapproché de lui». Des contestataires invétérés ? Des grandes gueules ? Des cowboys ? Même pas. Celui qui cherchait le plus à se faire remarquer, c’est le gitan Didier Fournier, transfuge de l’ancienne équipe municipale qui avait porté plainte pour diffamation et injures publiques contre… la série Plus belle la vie pour des dialogues comprenant l’expression « bâtard de gitans ». Du lourd.

Bref, des petits, bien contents d’être là, qui se pensent faits par le grand homme et qui ne l’ont jamais ramenée et ne la ramèneront jamais. Tout juste cherchent-ils à entrer dans leur grand costume tout neuf d’édiles municipaux. Valérie Gonthier, conseillère municipale en charge des relations avec les associations est présentée comme « une psychanalyste de profession, qui s’intéresse beaucoup à l’art, notamment la peinture et qui fait aussi des objets artisanaux». Assurément, avec un tel palmarès, il fallait l’avoir dans son équipe et elle seule pouvait occuper le poste.

Et quand ils s’expriment ça déménage. Benoît d’Abbadie est le deuxième adjoint au maire, chargé du « développement économique, du commerce, des activités viticoles et des spectacles taurins ». Personne n’imagine l’importance de ces spectacles taurins dans cette ville. Bobby a même inauguré en juin dernier le nouveau musée taurin de Béziers. Et quand le sieur d’Abbadie s’exprime sur son sujet favori dans le journal local, nous comprenons tout :

tauromachie

Deux tendances toutefois se dégagent. Le penchant de Bobby pour la vieille aristocratie. Lors de la conférence de presse de présentation de sa liste de candidats aux municipales, Robert Ménard était tout fier d’annoncer avoir recruté deux descendants de « grandes familles biterroises », en l’occurrence le précité Benoît d’Abbadie et Henri Fabre-Luce, descendant du fondateur… des arènes de Béziers, grand amateur de polémiques au sujet desdites arènes. Les oreilles, la queue et la naphtaline, le sieur d’Abbadie a été président de l’association Louis XVI. Le sommet de cette carrière fut l’accueil le 9 octobre 2009 de Jean de France… petit-fils du comte de Paris et descendant de François Ier et Henri IV.

jeandefrance
D’Abbadie, signe prémonitoire, est tout à droite sur cette photo.

L’autre tendance, c’est l’accent sur la sécurité incarné par le lieutenant-colonel de gendarmerie Dominique Garcia, adjoint à la sécurité et à la police municipale et Anthony Pham, autrement appelé maître Tony Pham, enseignant d’art martial franco-vietnamien spécialisé dans les techniques de défense. Tony Pham est surtout présenté par Bobby comme « ayant fui le régime communiste dans les années 1970 ».

Dans la bande à Robert, il y a plein de profils différents, mais contrairement à ce qui était annoncé, point d’authentiques gens de gauche. Au-delà de la diversité et de la mixité, une tête ressort, monsieur le maire, et tous les autres s’écrasent.

Qu’en est-il pour les conseillers politiques ? Là encore, une petite équipe, discrète, de gens venus d’ailleurs et qui n’avaient jamais travaillé avec Bobby. M. Pacotte n’en fait plus partie. M. Pacotte appartenait à ce parti légèrement à droite appelé le bloc identitaire. C’était l’un des deux gros recrutements. Une sorte de priorité. Et puis la « confiance s’est rompue » selon Bobby et M. Pacotte a été chassé de son poste de chef de cabinet du maire. En effet, M. Pacotte avait oublié de démissionner de ses responsabilités aux identitaires. Et comme dans ce rassemblement, il faut aller très fréquemment chez le coiffeur, M. Pacotte ne devait pas être assez disponible pour le grand homme.

L’autre grosse recrue est toujours en poste : André-Yves Beck, le directeur de cabinet. André-Yves Beck a servi pendant 19 ans les Bompard à Orange et Bollène. D’aucuns disent qu’il les a inspirés même. Les Bompard ? Souvenez-vous.

Recruter Beck, c’est un gage d’indépendance vis-à-vis du Front National, assurément. Mais c’est aussi une marque incontestable d’appartenance à l’extrême-droite. Un audacieux qui, à l’âge de 24 ans, tractait à un meeting de Jean-Marie Le Pen un document intitulé « Six questions à Jean-Marie Le Pen » l’interrogeant sur ses liens avec l’entité sioniste. Puis, étonnamment, il y a eu rupture avec le FN. Il faut dire que M. Beck était ensuite occupé à construire l’Europe. Modeste, il nie être allé directement en Croatie mais il apparaît certain qu’il recrutait des combattants français pour les légions noires croates. C’est obscur, mais il s’agit de combattre le communisme et de défendre les intérêts croates face notamment à ces musulmans de bosniaques. Et puis, c’était l’occasion de montrer qu’on est un homme, un vrai, avec des bottes cloutées, un couteau à la ceinture et des couilles énormes, tel Bobby allant tancer les migrants syriens. Une construction européenne, bien chrétienne, bien efficace et radicale.

Le cabinet de départ était complété par Jeannine Lopez, histoire d’avoir une femme, et Laurent Vassallo, un ancien militant socialiste, histoire de répéter en boucle qu’on avait un mec de gauche. Ce dernier justifie sa présence dans le Midi Libre : « je crois que Robert Ménard voulait à ses côtés un Biterrois ». Faut-il ajouter quelque chose pour enfoncer M. Vassallo ?

M. Pacotte a été remplacé par Jacques-Henri de Rohan-Chabot. Ce dernier a travaillé avec Christine Boutin et Anne-Marie Escoffier avant de voir sa carrière décoller auprès d’André Santini. Nous avons affaire à un politique pur jus, formé par Santini, qui s’évertue à avoir un entourage resserré et composé de petits jeunes dynamiques bien aux ordres, qu’on appelle les Santini boy’s, un peu comme Santini aurait pu être un Pasqua Boy. Il incarne également la fascination de Bobby pour les vieilles familles, ici il faut même parler de vieille aristocratie. Le Catalogue de la noblesse française de Régis Valette, fait commencer leur filiation noble prouvée en 1347, avec Louis Ier Chabot (vers 1370-1422)1.

armoiries

Pour Bobby, avoir un chef de cabinet qui compte une flopée de ducs et pairs de France parmi ses ancêtres, c’est le top de la classe. C’est là où sa fibre populaire et de gauche s’exprime le mieux.

Que sait-on enfin de ses proches ? La figure publique, c’est sa petite fille. C’est elle qu’il a mentionnée pour justifier qu’il était en faveur de la peine de mort. C’est pour elle qu’il veut l’ordre. N’est-ce pas touchant de se servir d’une jeune enfant pour justifier toutes ses turpitudes ?

L’autre grande figure familiale invoquée, c’est maman Ménard. Roberte, 89 ans. Veuve de Louis, ancien de l’OAS. Robert a en effet passé les huit premières années de sa vie à Oran, en Algérie. Puis la fin de la guerre, l’arrivée dans l’Aveyron. Un vrai parcours de héros pour les anciens de l’OAS encore tout émoustillés par le grand œuvre de Bobby : débaptiser la rue du 19 mars 1962 (date des accords annonçant l’indépendance de l’Algérie) pour la renommer rue du commandant Hélie Denoix de Saint Marc (organisateur d’un putsch pour garder l’Algérie française).

Pour terminer, il faut mentionner l’épouse, Emmanuelle, co-signataire avec Bobby en 2011 de l’opuscule Vive le Pen ! Le raccourci est tentant : Robert fricote avec la gauche et plein de femmes jusqu’à ce qu’il rencontre et épouse Emmanuelle, catholique qui le traîne à la messe, celle grâce à qui Robert affirme « je n’ai plus honte de ce que je pense ». Femme de l’ombre, il est dur d’en dire plus sur elle, si ce n’est que c’est bien le binôme de son mari, ancienne rédactrice en chef de la revue liée à RSF Médias.

Robert Ménard n’est pas une marionnette, c’est l’inspirateur de la tragédie biterroise. Isolé, il a choisi de s’entourer d’aristocrates ayant décliné depuis bien longtemps, d’un extrémiste de droite partisan de la manière forte et d’une cohorte d’admirateurs et de personnages bien pales ou préoccupés par le contrôle des arènes de Béziers. Où vont-ils ? Ce n’est pas la révolution en faveur du peuple, ce n’est pas une nouvelle politique au-delà du clivage droite-gauche, puisque dans la galaxie de Bobby, il n’y a pas de gauche. C’est un bruit, un pataquès terrible et terrifiant, c’est une odeur aussi, nauséabonde, raciste faisant l’apologie de la force. Et c’est une fuite en avant inarrêtable et effrayante.

1Je sais 1347/1370, il y a une incohérence mais c’est wikipedia qui le dit. Article famille Chabot.

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