Tous mes vœux pour 2018

Cher électeur du Front national,

Par le présent article, je te présente tous mes vœux pour l’année 2017… euh, 2018. Je suis un peu paresseux je te l’avoue. 2017, primo, je l’avais déjà écrit, deuzio, c’était plus facile d’imaginer que tu passerais une bonne année. Là, franchement, tout comme toi, j’ai du mal à imaginer 2018 comme une année mirifique pour ton parti et tous tes amis. 2019, c’est plus simple, des élections européennes sont au programme. Les européennes, c’est du pain béni pour le Front national, presque trop facile. Les marcheurs seront en bout de course, les autres toujours groggy et toi, ton discours europhobe tapera en plein dans le mille. Tu cartonnes à tous les coups, forte abstention prévisible en prime.

Revenons à 2018. Rien de réjouissant à l’horizon pour toi. Déjà, tu as bien serré les fesses à la fin de 2017. Jean d’Ormesson mardi, Johnny mercredi, tu as mobilisé tes références et jamais deux sans trois tu t’es dit que ton Jean-Marie ne passerait pas le jeudi. Tu étais soulagé le jeudi à 23h59 mais tu as remobilisé une autre trilogie qui fait référence : le bon, Jean d’O., forcément, le truand, Johnny de Gstaad et de Saint-Barth, la brute… ton Jean-Marie évidemment. Mais le patriarche a tenu, papouillé par ses dobermans et accroché à sa gégène. Il n’allait pas mourir avant Bouteflika quand même, question d’honneur. 2018 donc, tu auras toujours cette lancinante inquiétude pour ton héraut-héros fondateur.

En 2018, tu vas être perturbé. Certes, le petit Philippot, tu le détestais au plus haut point. Mais tu y étais aussi habitué, avec ses dix interviews quotidiennes. Il t’horripilait mais te ravigotait à chaque fois. Là, c’est fini. Marine lui a gentiment demandé et il est gentiment parti. Du temps de Jean-Marie, les choses auraient été plus affriolantes. Calembours, insultes, gros bras, ça aurait eu une autre allure que bon ben si c’est ça, je m’en vais. Tous des fiottes décidément, surtout les hétéros. Et tu devras attendre 2019 pour te marrer quand Philippot fera un dixième du score de Mégret. Même le perspicace Christophe Barbier n’osera plus parler de lui tellement il sera insignifiant. Mais en 2018, tu ne vas pas trop pouvoir te marrer avec le petit.

Heureusement, tu vas garder quelques repères. Le remplacement de la titulature « Front national » par quelque chose du style « gentils organisateurs d’extrême droite mais très propres sur eux » ne pointe plus à l’horizon, il n’aurait manqué plus que ça. Tu le sais toi que l’association Front national/Le Pen (avec éventuellement Maréchal en bonus, parce que ça fleure bon la grande France aussi), c’est votre principal atout. En 2018, la xénophobie ne pourra plus se suffire à elle-même. Le créneau n’aura jamais été aussi encombré. Le petit mais aussi Wauquiez 1er, roi des Républicains vont eux aussi copieusement labourer votre sillon. La critique du système, c’est trop risqué. Le petit Macron a réussi à se faire élire avec cette étiquette. L’énorme blague. Mais ce qui fait votre force, c’est que voter Front national/Le Pen permet de se distinguer et de s’encanailler. Et ça, dans le monde d’aujourd’hui, ça n’a pas de prix. Niveau canaille, Fillon est venu vous titiller en 2017. 2018, je crois pouvoir te dire que le danger Fillon est écart(el)é. RPR, UMP, Républicains, En Marche, le bourgeois a tout tenté, tout l’a déçu. Il s’est laissé tenter en 2017 par un ministre de François Hollande, c’est dire s’il est désormais prêt à tout. Et vous êtes les seuls à proposer ce petit goût de souffre, ce petit fumet incomparable de provocation qui fait la marque de fabrique du patriarche depuis ses débuts.

Rêve un peu l’orée de 2018. Brigitte n’en peut plus. La veillée funèbre à Marne-la-Coquette, c’était déjà beaucoup pour elle. Les vacances à Berck-Plage pour faire proche des gens suivies des cinq heures d’enregistrement du Plus grand cabaret du monde à la table d’honneur de Patrick Sébastien, elle craque et occit son Manu avec un vieux croc de boucher qui traînait à l’Élysée depuis un moment déjà. Présidentielles anticipées dans les quarante jours. Enivré par son intérim, Gérard Larcher maintient sa candidature coûte que coûte. Fillon tente l’ultime retour, en annonçant sa candidature depuis le bureau de son entreprise de lobbying, en déclarant que de toute façon, si ça ne marche pas, il gardera son job et sera toujours mieux payé que l’immense majorité de ces gros cons de Français. Wauquiez s’en sort bien et ne fait face qu’à trois dissidents. Quatre ministres marcheurs se présentent. Après le retrait de Lionel Jospin, il n’y a plus que six candidats issus du Parti socialiste. Mélenchon est bloqué par les émeutes au Venezuela et ne peut pas rentrer à temps en France. Ta Marine fait 40 % au premier tour et franchit l’obstacle du second avec 51 %. Tu es aux anges. Tu oublies tous les étrangers pour filer avec ta barre de fer à la prison de la Santé pour libérer Brigitte et lui claquer la bise. Finalement, 2018 ne se sera pas si mal passée pour toi.

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