« Faut jamais rester là »

Cher Jean-François Copé, je dois l’avouer, je ne t’aime pas. Je ne peux donc pas présenter ce que j’écris comme un conseil d’ami. Mais c’est un conseil quand même. Arrête cette campagne pour la primaire de droite. Tu es pathétique. Les autres aussi, me dis-tu ? Oui, mais toi plus que les autres. Tes ficelles de politicien (au sens le plus péjoratif du terme ici) arriviste se voient tous les jours comme le nez au milieu de la figure. Toi seul ne les vois pas. Du coup, nous nous inquiétons pour ta santé mentale.

Tu ne me crois pas ? Voici trois épisodes de ton calvaire.

Ça commençait très mal. Tu as fait un teasing sur ta candidature … chez Marc-Olivier Fogiel. Tu y prenais ton air le plus grave, allongé sur un divan rouge, interrogé par un psy diplômé de l’institut Médiamétrie, pour affirmer que choisir si tu te déclarais candidat était «une décision énorme qui nécessite de la réflexion ». Tu voulais nous faire pleurer toutes les larmes de nos corps ce soir-là. Tu as fait le récit détaillé de ton calvaire depuis ta démission de la présidence de l’UMP. Tu as traversé le désert. En long, en large, en travers, des guenilles sur le dos, une fiole d’eau croupie en bandoulière1. Tu as même été contraint de boire tes propres larmes. Heureusement que tu avais beaucoup pleuré, sinon tu ne serais plus de ce monde. Député de Seine-et-Marne, maire de Meaux, président de la communauté d’agglomération du pays de Meaux, ça ne compte pas. Malgré ces trois mandats chez les peigne-culs dont tu n’as cure, tu étais désoeuvré. Heureusement, tu es intelligent. Quitte à être en retrait, autant se faire un peu de fric. Tu t’es réinscrit au barreau de Paris2. Tu avais même eu le temps, malgré ses trois mandats sans intérêt ni intéressement, de donner des cours à Science Po. Moins d’un mois après, tu t’es déclaré candidat au seul poste que tu juges digne de ton talent : la présidence de la République.

Pourquoi devrait-on voter pour toi ? Parce que tu es un cador, nous dis-tu. C’est pourquoi tu emmènes les journalistes à Meaux, où tu es maire depuis une vingtaine d’année3. La dame du peuple censée montrer que tu n’es pas raciste ne peut même pas finir sa première phrase que le drame survient4. Un verre d’eau a été lancé depuis l’un des immeubles de la cité. Pour l’homme à poigne que tu es, ça fait désordre. C’est le bordel dans ta ville, surtout quand tu es là. Pour le leader charismatique chéri des Meldois, ça fait mauvais effet de se faire canarder dès que tu mets le pied en dehors de ta mairie. Qu’à cela ne tienne, tu réagis avec brio. Tu t’indignes, monte dans les étages et attrape l’importun par le col… Enfin dans tes rêves parce qu’en fait, tu dis que « ça, ça arrive » et qu’il ne faut pas rester sur le trottoir mais foncer à l’intérieur du bâtiment. Meaux, la ville de Jean-François Copé, la ville où on ne peut pas rester sur le trottoir parce que ce sont des zones de non-droit. Meaux, la ville où le maire réagit aux incivilités par un énergique « ça, ça arrive » et court se planquer.

Quand la situation est difficile et que les sondages te donnent au coude à coude avec Jean-Frédéric Poisson pour éviter la dernière place5, il faut revenir aux fondamentaux. Ton chef-d’œuvre, c’est le vol de pain au chocolat6. Tout le monde s’en souvient, y compris un auditeur d’Europe 1, qui veut te mettre en confiance en te rappelant l’épisode glorieux et en te demandant le prix de ladite viennoiserie7. Tu commences par confier ton « plaisir » de parler du zénith de ta carrière. C’est beau et ça promet. Mais la machine s’enraye immédiatement après. « Je n’en ai aucune idée ». Un homme sage se serait arrêté là. Jean-François en campagne ne peut pas ne pas savoir. Du coup, tu oses tout : « entre 10 et 15 centimes ». Puis la grosse ficelle, je n’en ai cure de la question, mais je vais faire diversion en montrant que je sais que certains français disent « chocolatine » au lieu de « pain au chocolat ». Les journalistes te viennent en aide en te suggérant que tu t’es planté. Et là, tu sors l’argument massue : « c’est un peu calorique ». Votez Copé, un homme déconnecté des réalités, qui ne veut pas répondre aux questions mais qui fait très attention à sa ligne.

Jean-François, aie enfin des complexes s’il te plaît, arrête et vite, ça devient gênant.

 

1http://www.dailymotion.com/video/x3nu3tm_les-sanglots-de-porte-au-chevet-du-rescape-cope_news
2http://www.lepoint.fr/politique/jean-francois-cope-va-reprendre-son-metier-d-avocat-13-06-2014-1835972_20.php
31995-2002 puis démission pour exercer des fonctions ministérielles. En poste ensuite depuis le 1er décembre 2005.
4http://actu.orange.fr/politique/un-habitant-jette-un-verre-d-eau-en-direction-de-cope-en-pleine-interview-magic-CNT000000v1fBA.html
5http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/10/14/25002-20161014ARTFIG00002-debat-de-la-primaire-a-droite-cope-a-joue-son-va-tout.php
6https://www.youtube.com/watch?v=VmzoPK94ko8
7http://www.europe1.fr/politique/le-prix-dun-pain-au-chocolat-aux-alentours-de-10-ou-15-centimes-repond-cope-2880695

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